Le bruit des images (suite)

Dans mon billet du 26 septembre dernier, j’exprimais mon malaise croissant par rapport à l’envahissement de notre quotidien par l’image, mais surtout, le malaise de me sentir ainsi manipulée, désinformée et même dépossédée. Dans le Devoir d’aujourd’hui, je trouve un article très intéressant sur ce thème. L’auteur, Pierre Mouterde, professeur de philosophie au collège Limoilou, prend prétexte du traitement médiatique de la libération des 33 mineurs chiliens pour nous sensibiliser à la réflexion de Guy Debord, penseur et cinéaste français disparu en 1994 et auteur, en 1967, d’un opuscule explosif: La Société du spectacle, ainsi qu’aux thèses qu’il a développées. Voici un extrait de cet article que je vous incite à lire au long en suivant ce lien:  «Car pour lui, s’il devient aujourd’hui si commun de se projeter dans des représentations médiatiques, s’il devient si fréquent de confondre les événements avec leurs images, c’est que nous vivons désormais dans une société qui non seulement se présente, ainsi que l’avait déjà indiqué Marx, comme une “immense accumulation de marchandises”, mais s’annonce aussi — c’est là le nouveau — comme «une immense accumulation de spectacles”. Ce qui fait que, pour Debord, l’univers médiatique d’aujourd’hui est beaucoup plus qu’un ensemble de technologies (radio, télé, Internet, cellulaires, etc.) qu’on aurait inséré entre nous et le monde. Il est beaucoup plus qu’une suite d’images chaque fois plus envahissantes: il est d’abord et avant tout une idéologie et “un rapport social entre des personnes médiatisé par des images”, un rapport qui implique la séparation irrémédiable du spectateur avec ce qu’il contemple et amène ce dernier à voir son vécu “s’éloigner dans une représentation”, de telle sorte qu’elle lui devient totalement étrangère. “Plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir”, conclut Debord, signifiant par là que la société du spectacle se caractérise par un formidable renversement qui conduit à vivre chaque fois plus par procuration, à prendre l’image pour la chose, la représentation pour la réalité, en somme à enfermer la vie réelle des individus et à la capter dans des apparences et des représentations. “La critique qui atteint la vérité du spectacle, écrit-il, le découvre comme la négation visible de la vie; comme une négation de la vie qui est devenue visible”. D’où ces phénomènes de solitude et de séparation d’avec autrui qui sont si caractéristiques de nos sociétés contemporaines. D’où aussi cette interruption de l’échange social que le spectacle ne cesse de renouveler, remplaçant la communication authentique entre individus par le monologue, dissolvant au passage la communauté et le sens critique qui l’accompagne.»

3 réflexions sur « Le bruit des images (suite) »

  1. Je suis d’avis, moi aussi, que l’image est trop souvent agressante et envahissante. Elle colonise notre cerveau sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. Je fuis maintenant les nouvelles télévisées comme la peste. Je me contente de la radio, qui informe avec des mots qu’il est possible d’analyser et de soupeser. De même, je ne peux plus supporter les publicités télévisuelles. Quelle manipulation hors de notre contrôle!

  2. Société-spectacle et quête du sens.

    Télé-spectacle ou société spectacle par ceux qui l’organisent. Pour les uns dans le but de divertir, informer ou éduquer. Pour d’autres pour influencer les masses agissantes vers des profils: de comportement, de consommation, de moralité aussi. Pour forger une économie mais stimuler la pensée aussi.

    Sept milliards d’humains sur terre à occuper. À occuper sa vie et son temps. Alors, y a ceux qui bougent et ceux qui font bouger. Y a ceux qui suivent et y a ceux qui influencent. Y a ceux qui décident et y a ceux qui se laissent diriger. Y a ceux qui font la passe et y a ceux qui crachent la misère. Y a ceux qui réfléchissent et ceux qui suivent le courant. Ya les collectifs et les individuels, les solitaires et les sociaux, et aussi les sociaux-solitaires et les solitaires-sociaux, etc..

    Société-spectacle et quête du sens.

    Y a eu tout ce développement des moyens et des voies de communication. Cette explosion de la circulation des informations et des humains sur la planète, des développements technologiques. Alors, l’humain joue avec tous ses nouveaux joujoux et comme souvent, il en fait trop.
    Il devient envahissant. Trop… partout…

    Mais on a toujours le choix. De ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas lire, de détourner la tête. De choisir ce qu’on regarde, ce qu’on écoute ou ce qu’on lira avec tant de bonheur.

    Société spectacle et quête du sens.

    J’ai écouté le sauvetage des mineurs chiliens. J’ai eu grand plaisir à sentir et à admirer les résultats de ce formidable travail d’équipe, de cette persévérance et de ce courage dans l’effort, de cette solidarité à travers les hauts et les bas traversés. J’ai par la suite résisté à chercher des nouvelles d’eux, trop fréquentes, pour ne pas alimenter la fièvre des journalistes qui, face à la demande du public, auraient pu être stimulés à assaillir ces gens et les traumatiser encore plus. C’est le public qui achète (principe de la demande) et qui alimentera l’explosion de l’offre. Chacun, chacune est individuellement responsable de son agir face à ce qu’il voit et à ce qu’il entend, dans la mesure où sa liberté le lui permet, bien sûre, et à la mesure de son audace et de sa conscience!

    Société spectacle donc. Joujou des masses. Objet de réflexion et de dissection pour les uns. Objet de frénésie pour les autres qui iront s’y perdre et continueront d’alimenter la machine, jusqu’à ce qu’un beau matin, une rivière déborde dans sa vie et remette les pendules à l’heure.

    Merci Cartmen pour ce blogue!!!

    1. « Mais on a toujours le choix. De ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas lire, de détourner la tête. De choisir ce qu’on regarde, ce qu’on écoute ou ce qu’on lira avec tant de bonheur.[…]Chacun, chacune est individuellement responsable de son agir face à ce qu’il voit et à ce qu’il entend, dans la mesure où sa liberté le lui permet, bien sûre, et à la mesure de son audace et de sa conscience! »

      La deuxième phrase nuance la première. Parce que chacun n’a pas toujours le choix. Le choix est une question complexe… La liberté aussi… Elle consiste le plus souvent à accepter d’être ce que l’on est sans chercher à se changer. Et cette liberté là est peut-être la plus inaccessible. La liberté de protester ouvertement et publiquement en est une autre. Dénoncer est important. La liberté s’exerce dans la conscience individuelle, bien sûr, mais elle doit aussi être l’objet d’un combat collectif. Parce que l’humain est fondamentalement interdépendant.

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