Frère d’âme

Première guerre mondiale. La grande boucherie. Des millions de morts. Dont des jeunes venus des colonies. Dont des tirailleurs sénégalais.

David Diop a cherché, dans Frère d’âme, à faire parler ceux dont la voix s’est éteinte à 20 ans, héritiers d’une tradition orale ayant laissé peu d’écrits.

Argument

Alfa Ndiaye et Mademba Diop se connaissent depuis l’enfance. Au coup de sifflet, ils bondissent de la tranchée. Mademba tombe, le ventre ouvert, les viscères répandus. Alfa se couche près de lui, lui tient la main, l’accompagne dans son agonie, refusant de l’achever, de mettre fin à ses souffrances. Mademba meurt. Alfa le ramène dans la tranchée au risque de sa vie. Il est un héros. Décoré. Mais en lui, quelque chose s’est détraquée. Sa vengeance sera terrible, mais elle n’est rien à comparer à la guerre elle-même, au sacrifice insensé de millions de jeunes hommes.

Impressions

Frère d’âme est un petit roman singulier, petit par sa longueur – 175 pages, aérées -au ton incantatoire. L’auteur semble avoir voulu traduire dans l’écrit l’âme de la langue parlée, le wolof ou le peul. Il rend compte des horreurs de la guerre et de la folie avec poésie, de la même poésie avec laquelle il parle de l’amour.

Extrait

Fary n’était pas la plus belle fille de ma classe d’âge, mais c’était celle dont le sourire me remuait le coeur. Fary était très émouvante. Fary avait la voix douce comme le clapotis du fleuve sillonné par les pirogues les matins de pêche silencieuse. Le sourire de Fary était une aurore, ses fesses aussi rebondies que les dunes du désert de Lompoul. Fary avait des yeux de biche et de lion à la fois. Tantôt tornade de terre, tantôt océan de tranquillité.

Et pourtant…

Et pourtant, je n’ai pas été conquise par ce récit original, lauréat du Prix Goncourt des lycéens. Allez donc savoir pourquoi certains livres nous prennent aux tripes, nous touchent au coeur, et d’autres moins…

Je vous suggère d’écouter David Diop en parler dans cet extrait de la Grande Librairie

David Diop, Frère d’âme, Seuil, 2018, 175 pages

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