L’ignorance

Je ne sais plus d’où me vient ce petit livre de Kundera, L’ignorance. On me l’a sans doute donné… Pas certain que je l’aurais acheté, n’étant pas particulièrement entichée de cet auteur par ailleurs adulé par tant de lecteurs. Je me souviens d’avoir lu L’insoutenable légèreté de l’être sans pour autant avoir été conquise. La sensibilité des écrivains et des lecteurs n’est pas toujours compatible. Et c’est tant mieux ! 

En bref

Ceci étant dit, j’ai bien aimé L’ignorance, petit roman sur l’exil, sur la mémoire. Après la chute du communisme en Tchécoslovaquie, deux expatriés reviennent visiter leur famille et leurs amis, voyage qui les confronte à leur départ et au possible retour. Le récit est surtout le fait des réflexions intimes de l’un et de l’autre, de leur ambivalence, de leur compréhension des années d’exil revues à la lumière du présent. Il en résulte un texte d’une simplicité et d’une complexité extrêmes, tout ensemble concis et foisonnant, réduit à l’essentiel et cependant fourmillant de significations, de suggestions, de surprises et de digressions de toutes sortes […] écrit François Ricard, dans la postface.

Extrait

Depuis son séjour à l’hôpital de montagne, la viande lui rappelle que son corps peut être découpé et mangé aussi bien que le corps d’un veau. Bien sûr, les gens ne mangent pas de chair humaine, cela les effraierait. Mais cet effroi ne fait que confirmer qu’un homme peut être mangé, mastiqué, avalé, transmué en excréments. Et Milada sait que l’effroi d’être mangé n’est que la conséquence d’un autre effroi plus général et qui est au tréfonds de toute la vie : l’effroi d’être corps, d’exister sous la forme d’un corps.

L’expérience du lecteur

De la postface de Ricard, je retiens aussi cette réflexion qui a jeté une lumière bienvenue sur ma propre expérience de lectrice.

Ce tour de force formel que constituent les romans français de Kundera n’est pas seulement une grande innovation sur le plan esthétique. C’est aussi la solution nouvelle qu’apporte un artiste chevronné à ce qui constitue l’un des problèmes séculaires du roman : la mémoire limitée et défaillante du lecteur. Lire un roman, en effet, c’est toujours plus ou moins le « dévorer », c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, oublier ce qu’on lit à mesure qu’on le lit, négliger le détail des phrases, des scènes et des pensées, si frappantes qu’elles nous paraissent sur le coup, pour n’en retenir qu’un pâle résumé permettant la poursuite de notre lecture. De sorte que, malgré la meilleure volonté du monde, nous sommes fatalement des lecteurs myopes et distraits. Et nous le sommes d’autant plus que le temps de notre lecture s’allonge et que le contenu du roman que nous lisons est riche et varié.

Kundera, L’ignorance, Gallimard, coll. Folio, 2003 pour l’édition française, 237 pages

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