Lecture de voyage (fin)

Grisham, encore. L’héritage de la haine (titre original : Le couloir de la mort), paru presque 20 ans avant L’ombre de Gray Mountain, partage cependant avec celui-ci quelques points communs. Un jeune juriste, Adam Hall, et une jeune avocate, Samantha Kofer, peu expérimentés, mais brillants et idéalistes, quittent pour des raisons différentes leur prestigieux employeur, dans un cas de New York, dans l’autre de Chicago, pour adopter une cause en rupture avec leur plan de carrière.  Alors que Samantha est happée par la dure réalité des victimes de l’industrie du charbonnage, Adam s’engage volontairement dans la défense d’un condamné à mort.

Le propos

Adam Hall quitte donc Chicago pour prendre en charge la défense de Sam Cayhall, ancien membre du Ku Klux Klan, reconnu coupable d’avoir fait sauter le bureau d’un avocat juif travaillant à la défense des Noirs et tuant du coup ses deux petits garçons. Le lecteur sait d’entrée de jeu que Cayhall n’était que l’assistant de l’artificier et que l’explosion devait se produire en pleine nuit. Dans les sales opérations racistes auxquelles il avait participé, aucune vie ne devait être mise en danger. Il s’agissait de menacer, d’intimider, non de tuer. Cependant, l’artificier avait un autre plan en tête et avait installé un retardateur sur la charge de dynamite. Étrangement, peut-être en raison d’un serment de loyauté, Sam Cayhall refusera toujours d’incriminer son complice et portera seul l’accusation qui lui vaudra une condamnation à mort. 

Ce qu’on apprend assez rapidement, c’est que Adam Hall s’appelait plutôt Alan Cayhall à la naissance, que Sam est son grand-père. À l’annonce du verdict, Eddie Cayhall, le père d’Adam, se suicide. Les funérailles sont l’occasion pour Lee, la sœur d’Eddie, de révéler la vérité à son neveu sur son identité. 

Extrait

Tante Lee, assise avec Adam au bout de la jetée, regardant le soleil s’enfoncer dans le Pacifique, finit par lui parler de son grand-père, Sam Cayhall. Comme les vagues déferlaient doucement en contrebas, Lee expliqua à Adam que, bébé, il avait vécu un certain temps dans une petite ville du Mississippi. Elle lui tenait la main et de temps en temps lui caressait le genou tandis qu’elle lui révélait la triste histoire de leur famille. Elle fit un rapide résumé des activités de Sam en tant que membre du KKK, de l’attentat du cabinet Kramer et des procès qui devaient envoyer son propre père dans le quartier des condamnés à mort. Son récit était loin d’être exhaustif, mais elle exposa les points forts avec énormément de délicatesse.

Toujours fidèle à lui-même et bien documenté, Grisham s’attaque à des questions épineuses de la société américaine : la peine de mort, le racisme militant à la fin des années 60, les progrès réalisés au début des années 80 à ce chapitre, les dérives dans la pratique du droit. Ce roman, c’est aussi la quête de l’identité d’un jeune homme qui a grandi dans l’ignorance de ses origines et le traumatisme des terribles révélations que lui feront sa tante et son grand-père. C’est enfin un roman sur le pardon. 

Cette histoire a été portée à l’écran, mais la bande-annonce me laisse l’impression de profondes modifications pour faire un film d’action hollywoodien alors que le récit de Grisham est tout en retenue.

John Grisham, L’Héritage de la haine, Robbert Laffont, 1995 pour la traduction française, 444 pages

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