Quand le temps nous manque…

…pour rendre compte, et non pour lire 😉 Boulot, voyage, et quoi encore ne m’ont pas laissĂ© le temps de vous parler de mes derniĂšres lectures.

L’irrĂ©vĂ©rence

Avant de partir en voyage, j’ai lu rapidement un petit bouquin prĂȘtĂ© par une amie, Soif, d’AmĂ©lie Nothomb, qui m’a bien plu. L’auteure investit les pensĂ©es de JĂ©sus au moment de la Passion. Ce texte irrĂ©vĂ©rencieux envers la doctrine nous offre un JĂ©sus terriblement incarnĂ©, aux sens exacerbĂ©s, amoureux de Marie-Madeleine, un homme qui savait que son destin le destinait Ă  la mort mais qui se rĂ©volte Ă  l’annonce de la crucifixion tant cette peine lui semble en porte Ă  faux avec le message d’amour et de pardon qu’il a Ă©tĂ© chargĂ© de propager.

Trop court Ă  mon goĂ»t, ce texte bien Ă©crit m’a fait passer un bon moment.

Amélie Nothomb, Soif, Albin Michel, 2019, 162 pages

La fragilité

Pour le voyage, j’ai empruntĂ© des livres Ă  la bibliothĂšque dont Comment tout a commencĂ© de Pete Fromm, auteur amĂ©ricain que venait de me faire dĂ©couvrir François Busnel, animateur de La grande librairie. Rencontre avec un maĂźtre!

L’histoire est celle d’une famille du Montana. Abilene, la fille aĂźnĂ©e, est un as du lancer, mais repoussĂ©e par l’Ă©quipe de base-ball de son collĂšge en raison de son sexe, est-on portĂ© Ă  croire. La suite nous apprendra que d’autres raisons pouvaient expliquer l’attitude de ses coĂ©quipiers et de l’entraĂźneur. Cette jeune femme pour le moins instable entreprend de former son jeune frĂšre, Austin, pour en faire le champion de tous les temps. Tout le livre tourne autour de leurs pratiques extrĂȘmes sur la base d’un aĂ©roport militaire dĂ©saffectĂ©. Dans un dĂ©cor de fin du monde oĂč il ne pleut jamais, se croisent la maladie mentale, l’amour fraternel, les efforts des parents pour aplanir les difficultĂ©s de la vie. La sĂ©cheresse du dĂ©cor s’oppose Ă  l’intensitĂ© des sentiments.

Fromm a le don de nous faire sentir et voir sans nommer directement les émotions. Elles émergent du décor, des faits et gestes, des dialogues malaisés de personnages souffrants et aimants. Un trÚs trÚs beau roman.

Pete Fromm, Comment tout a commencé, Gallmeister, 2013 pour la traduction française, 336 pages

Du mordant

Comme d’habitude, un livre n’a pas Ă©tĂ© suffisant pour combler mes besoins de lecture en voyage. J’ai trouvĂ© dans la maison qui nous hĂ©berge un roman de Douglas Kennedy, La symphonie du hasard, Livre 1. Que j’ai dĂ©vorĂ©.

Alice est la fille d’un couple hargneux et la sƓur de deux frĂšres aussi diffĂ©rents que possible. À l’ouverture de l’ouvrage, Alice visite son frĂšre Adam en prison. On ne saura rien des raisons de cette enfermement dans ce premier tome car l’auteur nous ramĂšne en arriĂšre, aux annĂ©es de collĂšge et d’universitĂ© d’Alice, au dĂ©but des annĂ©es 70. Et c’est parti pour un portrait assez fĂ©roce des familles, des mƓurs institutionnelles des maisons d’enseignement soumises au bon vouloir de leurs gĂ©nĂ©reux commanditaires et mĂ©cĂšnes, de la vie politique sous la domination des RĂ©publicains dirigĂ©s par Nixon, du Watergate qui le mĂšnera Ă  la dĂ©mission. C’est encore un portrait des classes sociales amĂ©ricaines, de leur relative Ă©tanchĂ©itĂ©, des mouvement hippies qui se traduisent pas une libĂ©ration sexuelle et la banalisation des drogues douces. Un magistral portrait d’un pays contrastĂ©, violent, religieux, nĂ©vrosĂ©, dans lequel la jeunesse essaie de se tailler une place et d’ĂȘtre heureux.

Je brûle de lire les deux autres volumes.

Douglas Kennedy, La symphonie du hasard, livre 1, Pocket, 2017, 404 pages

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