Une brillante machination

John Grisham n’a pas fini de me captiver. Le maître du polar juridique signait en 1997 avec L’Associé un roman complexe et palpitant de la première à la dernière ligne. 

Le propos

L’Associé, c’est Patrick Lanigan, avocat nouvellement engagé par une firme spécialisée dans les causes douteuses. Lorsqu’il découvre que ses collègues sont sur une affaire juteuse qui va rapporter quelque 90 millions, 60 pour leur client et 30 pour eux, et qu’ils ont prévu se débarrasser de lui afin de ne pas partager leur butin, Patrick machine un coup fourré qui lui permettra de mettre la main sur le magot en entier après avoir mis en scène sa mort tragique dans un accident de voiture. La coïncidence des deux événements éveille rapidement les soupçons. Ses associés engagent une firme spécialisée dans la recherche des disparus et dans l’art de leur délier la langue une fois qu’elle les a coincés. Le roman s’ouvre sur la capture de Patrick, sur la torture qu’on lui fait subir pour savoir où il cache l’argent et sur son retour en terre d’Amérique sous l’autorité du FBI qui a repris la main dans l’affaire. Commence alors une enquête dont, ironiquement, l’accusé tire les ficelles et qui nous révèle petit à petit l’intelligence du stratagème monté par le fugitif. Sa complexité n’a d’égale que l’imagination de cet auteur prolifique. 

Extrait

La nouvelle du retour de Patrick s’était répandue comme une traînée de poudre le long de la côte du Mexique. Les gens de robe sont friands de cancans : ils sont même enclins à les enjoliver et prompts à les colporter. Des rumeurs couraient, inventées de toutes pièces. Il pèse soixante kilos et parle cinq langues. L’argent a été retrouvé ; l’argent a disparu pour de bon. Il vivait dans l’indigence ; il habitait un hôtel particulier. Il vivait seul ; il avait refait sa vie et avait trois enfants. On sait où se trouve l’argent ; personne n’en a la moindre idée.

Pour amateur d’enquêtes et de suspense

Bien que le protagoniste soit effectivement coupable du détournement de fonds et qu’il soit accusé (sans preuve) d’homicide, on s’attache au personnage taciturne et peu bavard qui tente de se sortir des griffes de la justice. On est touché par son désir de repartir de zéro, par son espoir de gommer une enfance peu heureuse, un mariage catastrophique et un emploi ennuyeux. Même si c’est une illusion.

Grisham continue de séduire avec des histoires bien construites, livrées dans une langue claire, élégante, efficace et sans effets de manche. Il peaufine son portrait de l’univers de la justice américaine, des conflits entre juridictions locales et nationales, de l’acharnement et de l’éthique variable de la presse couvrant ces affaires, des avocats véreux, parfois obnubilés par leur quête de réélection ou de gloire, et des avocats honnêtes pour qui la justice veut encore dire quelque chose.

Les amateurs de suspense et d’enquête en ont pour leur argent !

John Grisham, Le Client, L’Associé, La revanche, 1997, 717 pages

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