Violette au jardin des allongés

Le « merveilleux des choses simples ». Voilà bien une expression (trouvée en quatrième de couverture) qui traduit tout ce qui fait le charme de Changer l’eau des fleurs. Charme également bien reflété par le titre du roman de Valérie Perrin. Mais ne vous y trompez pas. À ces choses simples se mêlent des drames, mais évoqués avec une sorte de douceur. 

Violette Toussaint est garde-cimetière. Cette orpheline élevée dans des familles d’accueil est une femme pleine de tendresse et de sollicitude. Mariée toute jeune à Philippe Toussaint, coureur invétéré, elle est négligée par son mari et méprisée par sa belle-famille. Une petite fille naît bientôt, comblant en partie l’immense capacité d’aimer de la maman. Violette supporte stoïquement les écarts de son mari, refusant d’envisager la séparation malgré la froideur qui s’est installée dans le couple au fil des ans. Sa famille est bancale, mais c’est une famille, ce qu’elle n’a jamais eu. Pourtant un drame frappe Violette, réduisant à néant sa joie de vivre. Sa fille de 7 ans partie en colonie de vacances meurt dans un incendie qui sera jugé accidentel. S’en suivront des années noires et le naufrage du couple. Enfin, des rencontres lui seront salutaires, celles d’un ami, d’un jardin, d’un cimetière…

Changer l’eau des fleurs illustre la résilience portée par Violette, son souci des autres, son écoute sans jugement, sa compréhension. C’est un grand roman de tendresse. Ça parle aussi de l’incommunicabilité des êtres qui ne se sont pas choisis pour les bonnes raisons, qui ont hérité des carences d’éducateurs incompétents. Et puis, c’est un roman qui fait sourire, notamment lorsque le regard singulier de la narratrice se pose sur le comportement souvent cocasse des visiteurs du cimetière dont elle a la garde.

À propos des choses simples :

En avril, je mets des larves de coccinelles sur mes rosiers et ceux des défunts pour lutter contre les pucerons. C’est moi qui dépose les coccinelles avec un petit pinceau une à une sur les plantes. C’est comme si je repeignais mon cimetière au printemps. Comme si je plantais des escaliers entre la terre et le ciel. Je ne crois ni aux fantômes ni aux revenants, mais je crois aux coccinelles. P. 185)

À propos de l’humour :

Gaston est encore tombé dans la fausse. Je ne compte plus le nombre de fois où cela arrive. Il y a deux ans, au cours d’une exhumation, il est tombé à quatre pattes dans le cercueil et s’est retrouvé à plat ventre dans les ossements. Combien de fois, pendant les enterrements, s’est-il pris les pieds dans des cordes imaginaires ? (p. 91)

Malgré la cruauté du destin de Violette, Changer l’eau des fleurs est paradoxalement un roman apaisant et remarquablement bien construit, par des allers-retours entre le présent et le passé. Chacun des 94 courts chapitres s’ouvre sur un florilège d’épitaphes. Très à propos.

J’ai adoré.

Pour d’autres points de vue, tous deux positifs, la critique des journaux Libération et La Croix.

Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs, Livre de poche, 2018, 666 pages

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