De mots comme des oiseaux

Des oiseaux, il y en avait partout hier, sur le parcours déambulatoire Volatil. Des mots aussi. Et comme les mots semblaient avoir des ailes, mots et oiseaux, c’était pas mal du pareil au même.

Tout ça commençait par la prestation de Paule-Andrée Cassidy qui interprétait des extraits de chansons françaises et québécoises, concluant par une chanson de Vigneault, peut-être sa plus belle, un hymne à vrai dire, Les gens de mon pays, pendant que de drôles de volatiles passaient dans les fenêtres de l’Hôtel de ville. Pour découvrir la merveilleuse artiste qu’est Paule-Andrée Cassidy, écoutez cette performance

J’ai ensuite entrepris le parcours qui célébrait les six autres formes d’expression littéraire : le roman, les textes pour enfants, la poésie, la BD, le scénario et l’essai. Magique, féérique. Moins par la nature des textes que par la simple existence des mots, par leur envolée dans la nuit, se chevauchant d’une station à l’autre. Et par la beauté des décors sculptés par la lumière et les couleurs. Les oiseaux partout, la Maison de la littérature toute illuminée, les projections de textes et de mots sur les murs, les très beaux costumes des danseurs. Et moi qui avais oublié ma caméra! À la fin du parcours, ne me résignant pas à partir, je l’ai refais à rebours de la foule.

Pour un aperçu de l’événement, voyez le reportage de Radio-Canada

La parole a sa maison à Québec

Émouvante visite, ce matin, de la Maison de la littérature dans les locaux de l’ancien Temple Wesley qui logeait L’institut Canadien depuis les années 40. Épuré, lumineux, le décor suscite un sentiment de paix et d’élévation, de sérénité et de recueillement. On fait porte ouverte aujourd’hui et demain. Profitez-en pour y faire un petit saut si vous en avez le temps.

 

Grande salle de la bibliothèque

  

Cabinet d’écriture

 

Écrire sur un nuage 

Bien calée dans une Adirondack, les pieds nus dans l’herbe fraîche, caressée par le vent chaud de l’été qui daigne enfin faire un crochet par ici, le regard perdu sur le fleuve si large que l’autre rive semble être un pays étranger, ou dans mes mots qui me font voyager dans un univers plus vaste que moi, j’écris. Je suis à Saint-Jean-Port-Joli depuis dimanche pour un camp littéraire avec sept autres chanceuses (incluant un chanceux), de belles personnes. Deux anges gardiens veillent sur nous: une écrivaine professionnelle qui nous guide et nous accompagne dans les dédales tortueux du langage et la directrice générale du camp qui veille à tout et aplanit les obstacles pour que nous n’ayons à penser qu’aux mots qui font la fête. Nous logeons à l’Auberge du Faubourg ou chaque repas est un petit festin. La journée de travail commence par un atelier, suivi de plusieurs heures d’écriture et se termine par la lecture des textes de chacun et chacune, un festin encore plus nourrissant que celui de la table. Je suis comblée, gavée, heureuse. 

La vue depuis ma chambre

Le 12 août, j’achète un livre d’un auteur québécois

Vous avez envie de participer à cette belle initiative de Patrice Cazeault, qui récidive demain, encouragé par le succès extraordinaire de l’an dernier. En appui à cet élan et inspirée par ma récente participation aux Correspondances d’Eastman, voici quelques suggestions de livre d’auteurs et d’auteures d’ici :

  • Robert Lalonde, C’est le cœur qui meurt en dernier« Robert Lalonde évoque de façon bouleversante celle qui fut sa mère, femme piégée par le destin et qui d’outre-tombe continue d’entretenir avec son fils un rapport de tendresse et de bataille. » Boréal
  • Andrée A. Michaud, Bondrée, « Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canuck dont le lointain souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Zaza Mulligan et Sissy Morgan dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure dans l’odeur des barbecues. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage. » Québec-Amérique
  • Marie-Josée Martin, Un jour, ils entendront mes silences, « Corinne est une fillette lourdement handicapée. Elle ne peut ni bouger — ou si peu — ni parler. À travers ses yeux, néanmoins très lucides, nous sommes témoins de ses petites victoires, mais aussi des exigences, des soucis et des déchirures que son état finit par entraîner dans sa famille. Son désir le plus cher : vivre malgré les différences. » Renaud Bray
  • Sarah Rocheville, Go West, Gloria, « Go West, Gloria est un roman à deux voix : celle de Gloria, une jeune thanatologue ayant brusquement quitté le Québec pour Winnipeg, et celle, posthume, de son père. L’un fait le bilan de sa vie, l’autre se demande comment vivre libérée d’un tel héritage; l’un veut tout contrôler, l’autre tout perdre. Au fil des pages, où s’entremêlent les observations chirurgicales de la fille et le lyrisme exalté du père, les motifs de la fuite de Gloria et les circonstances qui ont provoqué la mort de son père s’éclairent peu à peu. À mille lieues du cynisme, ce roman est la quête réelle de deux êtres, séparés par une même folie, qui essaient trop tard de se rejoindre. Exploration des grands espaces dans lesquels on se découvre, expérience du temps retrouvé au seuil de la mort, Go West, Gloria conjugue le meilleur des traditions romanesques nord-américaine et française. »
  • Serge Bouchard, C’était au temps des mammouths laineux, « Avec sa manière inimitable, sur le ton de la confidence, Serge Bouchard jette un regard sensible et nostalgique sur le chemin parcouru. Son enfance, son métier d’anthropologue, sa fascination pour les cultures autochtones, pour celle des truckers, son amour de l’écriture. » Boréal
  • Perrine Leblanc, Malabourg, « Trois jeunes femmes ont disparu à Malabourg. Les amours cachées, les conditions matérielles délicates et la rumeur s’imposent alors entre les gens comme des obstacles et des fantômes.
    L’hiver suivant, Alexis et Mina quittent le village. Lui s’exile en France pour apprendre à composer des parfums. Elle s’installe à des centaines de kilomètres de la mer pour tout oublier. Ils se retrouveront quelques années plus tard à Montréal.
  • Malabourg se déploie en Amérique, dans la partie nord du continent; entre les Appalaches et la mer, à la lisière de la forêt boréale, sur les routes québécoises et les rives du fleuve Saint-Laurent, dans les rues de Montréal dont se sont emparés les étudiants en grève, sur l’Interstate 87 et à New York, l’étalon états-unien des grandes villes américaines. » Gallimard
  • Patrick Nicol, La nageuse au milieu du lac « La mère va disparaître. Elle a déjà perdu ses mots, ses souvenirs s’effacent un à un, bientôt tout son corps l’abandonnera. D’ici là, ses paroles désordonnées font surgir en vous la mémoire d’époques oubliées. L’enfant que vous étiez, le quartier tel que vous l’avez connu et d’autres jeunesses aussi, la sienne, celle de ses parents. La mère est devenue votre enfant : il faut la mener à ses rendez-vous, la soigner, la déménager, signer les papiers qui accélèrent ou retardent sa perte. L’accompagner sur le seuil et continuer d’avancer. Il ne s’agit pas ici de témoigner, mais de sublimer : transformer l’expérience en objet de beauté. Ne pas chercher à tout dire, ne rien expliquer; montrer. Les visages changeants, les oiseaux par la fenêtre, les ongles trop longs, la crise, et vos élèves qui attendent des réponses alors que le monde vous échappe. » Le Quartanier
  • Michael Delisle, Le feu de mon père, « Dans ce poignant récit, le poète se remémore son père, le bandit devenu chrétien charismatique, l’homme violent qui ne parlait plus que de Jésus, l’homme détesté qu’on ne peut faire autrement qu’aimer, en dépit de tout. » Boréal

Enfin, une suggestion additionnelle : si ça vous est possible, favorisez une librairie de quartier plutôt qu’une grande chaîne ou une grande surface. Les librairies indépendantes ont bien besoin de nos encouragements.

Les Correspondances : conclusion

Grande rencontre ce matin sur la scène de la Terrasse Québecor! Sur le thème de L’enfance, au risque de la mémoire, Michael Delisle et Herménégilde Chiasson ont rivé l’auditoire à leur propos orchestré de main de maitre par Marie-Andrée Lamontagne, écrivaine, éditrice, journaliste et traductrice.

Les deux auteurs ont en commun le fait d’avoir connu une enfance qu’on pourrait qualifier de tout, sauf d’ydillique. Milieu défavorisé, parents désunis, violence familiale, etc. Ils ne sont pas les seuls, bien sûr. Mais ils font partie de ceux qui arrivent  à en tirer une oeuvre de haute volée. Delisle, dans Le feu de mon père, et Chiasson dans Autoportrait, une oeuvre multiformes et multi publications réunies dans un même coffret.

Après un début assez théorique portant sur la forme des oeuvres en question et sur l’influence réciproque de la forme et du fond, le propos se resserre autour du thème : le rique de la mémoire. Ce risque est celui de l’aveu. Mettre à nu, sur la place publique, ses origines indigentes. Ce n’est pas rien. Le risque, c’est encore, me semble-t-il, que le lecteur reste accroché à l’aspect anecdotique de l’oeuvre et oublie la démarche esthétique qui la porte et dont c’est le but premier. Michael Delisle explique bien comment ses relations parentales sont liées au fait qu’il soit devenu écrivain, comment aussi l’histoire familiale fonde l’être et comment enfin le travail de relecture de ce passé singulier concoure à la maturation de l’identité, au processus sans fin du devenir de l’être humain. Les deux poètes ont également expliqué en quoi l’indigence originelle de leur enfance pouvait devenir le moteur de leur processus de création

Les lectures d’extraits étaient éclairantes et touchantes, particulièrement celle émue et émouvante de Chiasson relatant le jour ou il a commencé à lire.

Un grand moment vraiment!

À l’heure du lunch, nous nous sommes régalés d’un croque-monsieur à l’effiloché de canard sur la terrasse de la Bicoque après une attente, il faut cependant le dire, exagérément longue. 

Maurice sur la terrasse du restaurant La Bicoque

Puis nous avons regagné la Terrasse Québecor en vitesse pour ne pas rater la rencontre avec le seul Immortel que compte le Québec, Dany Laferrière. Rencontre qui m’a cependant laissée sur mon appétit. Pour avoir assisté, l’an dernier, à sa classe de maître, j’avais des attentes assez élevées. Le thème de la nostalgie de l’enfance me tenait beaucoup à coeur. Or tant l’animateur que son invité semblait d’humeur à folâtrer. Mis à part quelques envolées sur l’embrigadement des enfants et l’excessive surveillance qui briment leur créativité, j’ai assisté plutôt dépitée au show de l’illustre écrivain, racheté en partie cependant par la magnifique lecture qu’a fait Marie-Thérèse Fortin de son oeuvre. 

Dany Laferrière

Et voilà! C’est fini! Nous avons repris le chemin du nid, tous deux remplis de paroles à méditer, à prolonger de nos propres mots, dans nos propres écrits. J’en étais à mes quatrième Correspondances. Je crois qu’ils ont gagné un fidèle de plus dans la personne de mon homme qui a adoré l’expérience.

 

Les Correspondances : la journée parfaite!

La brume matinale nous l’annonçait : le soleil serait de la fête. Le ciel cessait de bouder. La chaleur du soleil sur la peau, les bras nus, le lunch sur une terrasse, vous vous souvenez? 

Et il semble même avoir projeté ses rayons jusque sur la scène de la Terrasse Québecor. Trois femmes resplendissantes et en verve nous ont comblés de leurs réflexions, pensées, émotions. Hélène Dorion, Kim Thuy et la lumineuse Sarah Rocheville. Leur thème : L’enfance ailleurs. Revenant sur les lieux de leur enfance, ces écrivaines me convainquent plus que jamais que l’enfance est un pays dont chacun est exilé et dont on demeure à jamais nostalgique. Parmi ces nombreuses considérations, je retiens aussi qu’il est un héritage (pas toujours facile) à accepter. L’enfance n’existe comme période de vie qu’une fois qu’elle est terminée et que l’adulte se retourne pour la considérer, pour la recréer.

Après un lunch délicieux sur la terrasse du Cabaret d’Eastman, nous sommes de retour sous le chapiteau pour écouter, que dis-je, pour nous repaître des propos à la fois truculents, profonds et sages de Serge Bouchard, lequel defendra enfin la légitimité du sentiment de nostalgie, «ce regard sur la temporalité». Comme dirait mon homme, on en aurait pris toute une demi-journée de réflexions de cet homme.

N’empêche qu’il devra tout de même céder la place aux panellistes du dernier café littéraire, lequel, sur le thème de Encore le roman familial, réunira Patrick Nicol, Nicolas Lévesque et Perrine Leblanc qui me laisseront avec quelques questions: Est-ce que l’enfant trouve que le monde des adultes est mystérieux? L’écriture sur fond familial est-il un rituel de séparation ou une manière de se rapprocher de ce qui nous fait défaut?  

 C’est avec ces questions en tête que nous avons pris le chemin de la chambre d’écriture La Petite Autriche, hier désertée, aujourd’hui peuplée de correspondants heureux et recueillis. Nous y avons passé un moment à écrire avant de rentrer chez ma fille, à Sherbrooke

Je compose ce billet depuis la jolie terrasse de ma fille pendant que Maurice écrit près de moi. Oui, une journée parfaite!

Le temps gris, mais ce qu’on s’en fiche quand…

…Robert Lalonde partage avec nous ses réflexions sur le métier d’écrivain. Le petit groupe entassé dans la salle du Spa d’Eastman n’avait aucune pensée pour le ciel couvert et le temps trop frais pour la saison. Chacune (y avait-il un homme dans le local? peut-être…) écoutait avec la plus grande attention ce grand homme au visage griffé, à la mèche rebelle et à l’oeil Mohawk nous prodiguer les fruits de plus de 40 ans de métier comme écrivain. Sa verve et sa voix d’homme de théâtre servaient bien sa passion pour l’écriture.

Ah! les innombrables défis de ce métier solitaire! Désapprendre à écrire joliment pour écrire vrai, se surprendre soi-même pour surprendre les autres, montrer plutôt que dire, témoigner de l’expérience humaine sans être en mesure de l’expliquer, instaurer une discipline de travail qui convienne à chacun et trouver le temps d’écrire. Et tout ça en doutant constamment de la valeur de son travail. Beau programme! Malgré tout irrésistible.

Après le repas du midi, nous avons visité une jolie chambre d’écriture appelée La petite Autriche, malheusement désertée en raison du temps chagrin. Nous y reviendrons peut-être dimanche pour terminer une lettre. 

Chambre d’écriture la Petite Autriche, sur le lac d’Argent

 

Les Correspondances d’Eastman : le bonheur de l’écriture

Un lapin brun, quelques oiseaux, une cascade, des sièges disséminés dans un cocon de verdure et de fleurs. Nous sommes dans la Chambre des poètes, une des onze chambres d’écriture (comprenez jardins) éparpillées dans le village d’Eastman dont le coeur battra, durant quatre jours, au rythme de la plume. Celle des correspondants, bien sûr, mais aussi celle des écrivains y convergeant pour parler écriture. Comme ce fut le cas dans  le cadre de ce premier café-littéraire ayant pour thème Apprivoiser l’effroi de vivre, rien de moins!

 

Chambre des poètes, jardin du Gîte La Cassetta

 
 Sous le chapiteau, trois jeunes femmes ont pris place sur l’estrade. Claire Legendre, avec son regard d’écorchée, Geneniève Pettersen (la Madame Chose de la Presse), avec son air frondeur, Caroline Allard (la mère indigne) avec sa vivacité rieuse. Tristan Malavoy, pose une première question et c’est parti! Toutes trois ont envie de partager leur besoin d’écrire, leurs plaisirs et leurs angoisses d’écrivaine. Une sorte de bonheur s’installe, celui des mots, de la parole partagée, des livres écrits ou lus. Quelque chose en moi se dilate. Je respire mieux, j’existe davantage. 

De quoi ont-elles causé? De ce qui les pousse à mettre en livre leur propre histoire (toutes trois écrivent à partir d’un matériau autobiographique), de la transformer pour donner un sens à ce qui n’en a peut-être pas suffisamment, pour l’illusion éphémère de mettre de l’ordre dans ce qui, par essence, est pur désorde, pour sentir que sa vie correspond à ce qu’elle doit être, pour combler un vide, conjurer des peurs. Des choses graves traitées avec sérieux et humour. Avec profondeur aussi. Et derrière les facades, pointe la fragilité de chacune. 

À la suite de ce café littéraire donnant envie d’entendre les mots qui murmurent en soi, de les écrire, quoi de mieux que de se retrouver dans une chambre d’écriture. On nous remet du papier et une enveloppe. Pour écrire une lettre que les Correspondances se chargeront d’oblitérer et de poster, n’importe où dans le monde! Bien callé dans sa chaise Addirondak, mon homme réfléchit, prend des notes. Quand on envoie une lettre à quelqu’un, on n’écrit pas n’importe quoi, quand même! Moi je pense à ce que je vous écrirai pour vous faire partager mon bonheur. Je prends quelques photos pour l’illustrer.   

Un correspondant en action

 Et ce n’est qu’un début. Encore trois jours d’émotions, de réflexion, de rêverie. Trois jours de rencontres et d’échanges. Trois jours à planer.

Programme de lecture floridienne

image

Le 24 février dernier, j’ajoutais cette photo sur mon site avec la légende Mon programme de lecture floridienne, sans préciser. Plus tôt, je vous indiquais qu’une boite de livres offerte par Maurice à Noël venait passer l’hiver au chaud avec moi. Peut-être aimeriez-vous en savoir davantage. Voici donc la liste des 11 livres couronnés d’un prix en 2013 et qui font partie du lot. En premier lieu, ceux que j’ai lu ou dont j’ai déjà rendu compte sur ce blogue:

Me reste à lire:

  • Leonora Miano, La saison de l’ombre, Prix fémina
  • Yann Moix, Naissance, Prix Renaudot

Se sont ajoutés, parce que offerts par des amies de passage en Floride:

  • Donna Tartt, Le chardonneret
  • Marie Laberge, Mauvaise foi

Ce livre commandé pour Maurice:

  • Philip Kerr, Prague fatale

J’avais moi-même déposé sur le dessus de la boite C’est le coeur qui meurt en dernier de Robert Lalonde, Prix toutes catégories de mon coeur.

Enfin, je poursuis à petits pas et à petites doses la passionnante Histoire des américains de Daniel Boorstin.

À bientôt pour un autre compte rendu.

Au Jardin du temps qui passe

Bonjour toi,

Au Jardin du temps qui passe (si lentement!), des musiciens jouent de leurs divers instruments (flûte, picolo, hautbois) des airs cristallins à rendre jaloux le chardonneret s’il avait l’idée saugrenue de se comparer. J’ai enlevé mes chaussures et posé mes pieds dans l’herbe fraîche. Et il m’est venu le goût de t’écrire. Une lettre, c’est si délicieusement démodé!

Tu l’as peut-être compris : je suis à Eastman. Oui, aux Correspondances. C’est mon initiation avec ce que ça comporte de confort et d’inconfort. La difficulté découle de ce que je suis seule et quelque peu embarrassée de ma solitude. Moins qu’hier, cependant. Je m’apprivoise à moi-même, à moi, seule parmi des inconnus, à moi, seule avec moi-même ailleurs que chez moi. Quant au reste, je n’y trouve que du plaisir et je te le recommande.

Mais encore, me diras-tu, que s’y passe-t-il qui mériterait le déplacement? Mille choses, mille mots. Des cafés littéraires avec des auteurs à découvrir ou à redécouvrir, des entrevues, avec des écrivains célèbres ou débutants, sans impératif de sensationnalisme, sans publicité, des sentiers ombragés, des jardins sereins ou écrire, lire, rêver, des spectacles dont le personnage

Dans le sentier le Portage des mots

principal est la parole, les mots, avec leur profondeur et leur musicalité. Oui, mille mots qui papillonnent, se posent, s’envolent, si légers et si forts à la fois qu’ils nous saisissent et nous élèvent avec eux. Par exemple, ce matin, Naïm Kattan a dit : « La mémoire, c’est le temps qui vit en nous. » Ne crois-tu pas qu’il y a matière à fermer les yeux de bonheur et à ressentir en soi la vie qui bruit de tous nos âges sédimentés?

D’accord, je me calme, je reviens sur terre, c’est-à-dire à mon jardin brodé de musique où il règne une atmosphère d’église sans bondieuserie. Juste le recueillement, espèce en voie d’extinction, s’il en est une.

Bon, je te laisse, car la pluie menace. Les mots font des miracles, mais ils n’ont pas encore réussi à conjurer le mauvais temps. Et penses-y, l’an prochain, tu pourrais peut-être m’accompagner…