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Archive for the ‘réflexion’ Category

En faisant une marche, sur les Plaine d’Abraham, ce matin, j’ai croisé un promeneur tenant son chien en laisse. Pas un de ces molosses qui monopolisent l’actualité par les temps qui courent. Non. Un grand toutou, du type caniche haut sur pattes. Le genre de chien qui a plus à voir avec le monde des peluches qu’avec celui du règne animal. N’empêche, j’ai rasé le côté opposé du sentier. Au risque d’offenser le brave homme. Le  propriétaire m’assurait que la pauvre bête était sans aucune malice, dans le dialogue mental que j’ai d’entrepris avec lui pour justifier mon comportement un peu risible. Mais que voulez-vous, j’ai toujours eu peur des chiens.

En fait, ma peur des chiens remonte au moment précis de mon enfance (j’avais 5 ou 6 ans) où le nôtre a mordu une petite fille du village venue chercher une pinte de lait sur notre ferme. Ce souvenir est très clair dans ma mémoire. Elle avait tourné les talons pour s’en retourner chez elle. Le chien s’était alors élancé vers elle, la tête basse, la queue entre les jambes, l’air sournois, et avait planté ses crocs dans la chair tendre de son mollet. Il y avait eu un cri strident, du sang, beaucoup d’agitation. Puis, la correction féroce de mon père sur le dos de la bête. Papa aurait pu tuer l’animal, que ça n’aurait rien changé. Le mal était fait. Si le chien que j’avais toujours connu et dont je ne m’étais jamais méfié pouvait faire ça…

Mais ce matin, une autre dimension de ce petit drame m’est apparue, à laquelle je n’avais jamais songé. Le chien n’avait-il pas simplement adopté le caractère peu accueillant de mon père à l’égard des enfants du village?

Il faut savoir que la présence, sur la ferme, d’un enfant étranger à la famille était chose rare. À part la tralée de cousins et cousines qui vivaient de l’autre côté de la rivière, les amis n’étaient pas bienvenus chez nous, tout comme nous n’étions pas autorisés à aller jouer chez eux. Était-ce par souci de sécurité, les dangers étant multiples sur une ferme? Je ne le crois pas. Mon père n’a jamais péché par excès de prudence et nous, les enfants, tout comme nos cousins et cousines, nous livrions souvent, sans contrainte, à des jeux hasardeux.

En fait, je ne m’explique pas très bien cet interdit. Il me semble faire partie de quelque chose de plus large, d’une ourserie atavique, transmise de père en fils et en fille, comme une quelconque tare génétique. Travers que le chien aura peut-être attrapé par mimétisme. De coupable, il est soudain devenu, dans mon esprit, une autre victime des dommages collatéraux du huis clos de notre enfance.

 

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Aujourd’hui, j’ai 65 ans. Chaque anniversaire marque un trait sur le calendrier. Celui-ci a quelque chose de particulier. Comme s’il était tracé au crayon gras, ou surligné de jaune. «Attention, le temps fuit!»

Quand j’étais plus jeune, 65 ans, c’était vieux. C’est parce que j’étais jeune. Mais aussi parce que c’était un peu plus vieux que maintenant. Les gens se croyaient vieux, se disaient vieux. L’espérance de vie ne les contredisait pas. Le corps grinçait. Mais l’esprit surtout, à cause de cette petite voix qui leur serinait peut-être qu’il était trop tard. Trop tard pour les rêves irréalisés.

Aujourd’hui, à 65 ans, j’ai l’air plus jeune que maman au même âge. J’ai eu moins d’enfant qu’elle. De meilleurs soins. Mon corps est moins marqué. Mais je crois que je suis surtout plus jeune dans ma tête, en début d’une carrière d’écrivain que j’espère longue et fructueuse. Avec, si je n’ai pas de malchance, de longues années de lucidité devant moi pour réaliser mes multiples projets.

Voilà comment j’accueille le chèque de pension de la sécurité de la vieillesse. Elle me rattrapera bien un jour, la vieillesse, mais quand? Et qu’importe, si je me sens encore vivante malgré l’inévitable ralentissement du corps!

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On se laisse parfois distancer par la réalité. Puis d’un seul coup, celle-ci nous rattrape et nous laisse savoir qu’on en a perdu un bout. Ça m’est arrivé aujourd’hui.

Je demeure dans la partie de la ville de Québec qu’on appelle La Cité, autrement dit, la Haute-ville. Et autrement dit aussi, dans le quartier le plus aisé de la ville. Naturellement, les nouveaux venus de tous les coins de la planète ne s’y installent pas d’emblée. À l’exception de la communauté française. J’en ai déjà parlé. De là à radoter que Québec est blanche mur à mur par opposition à Montréal… Blanche et conservatrice à outrance. 

Ce matin, j’écoulais mes surplus de livres et de gadgets électroniques au Marché aux puces de l’arrondissement de Sainte-Foy. J’ai déjà vécu dans ce coin de la ville mais je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner souvent depuis une quinzaine d’année. Et ce fut la révélation. Je n’en croyais pas mes yeux. Ça y parlait Chinois, arabe, russe, espagnol et quoi encore. Ou un français fortement accentué. Et ça me faisait plaisir. Ma petite ville bourgeoise n’était peut-être pas aussi repliée sur elle-même qu’on le dit. Je sais qu’il y a aussi une importante communauté tibétaine qui grossit en Basse-ville. Ça me donne espoir dans notre capacité de participer à l’essentielle solidarité humaine, au partage d’une terre de paix et d’espoir.

De mon grand pays solitaire / Je crie avant que de ma taire / À tous les hommes de la terre / Ma maison c’est votre maison / Entre mes quatre murs de glace / Je mets mon temps et mon espace / À préparer le feu, la place / Pour les humains de l’horizon / Et les humains sont de ma race, chantait Vigneault. 

Ce que j’ai vu aujourd’hui, c’est plein de couleurs dans notre maison.

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Chute de nuage

Ce matin, mon mari et moi contemplons d’un oeil morne le ciel chargé de nuages si bas qu’ils semblent rejoindre le sol du côté de la rive-sud. À droite de la raffinerie, je fais remarquer à Maurice une colonne de fumée inhabituelle et dont la tête se perd dans le ciel du même gris foncé. Un incendie? Non, une chute de nuage, qu’il dit.

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C’est une belle histoire. Il y a de cela plus de trente ans, un couple d’amis très proches, parents de deux fillettes, se séparait. Le papa partait vivre avec un autre homme qui était lui-même déjà papa. Bang. Ça cogne une annonce comme ça. Surtout à cette époque. J’avoue que je me demandais comment les filles vivraient dans cette famille atypique. Quelques temps plus tard, notre ami était venu me présenter son nouveau conjoint que j’avais trouvé très sympathique.

Récemment, le conjoint en question est décédé d’une maladie pulmonaire. Et la plus jeune fille de mon ami a écrit ce message sur Facebook:

Chaque petite fille dit «mon père c’est le meilleur et le plus fort». Moi j’ai eu la chance d’en avoir deux plutôt qu’un pendant 30 ans! Dans l’attente de ses poumons de remplacement et avec beaucoup de courage, mon papa #2 s’est éteint hier soir entouré de son amoureux et de ses filles. Je me rends compte maintenant encore plus qu’avant à quel point je l’aimais vraiment comme un père…

Merci à tous les pères, dont à celui de mes enfants, à mon conjoint qui en cette fête des pères donne un coup de main à sa grande dans l’entretien de la maison, à tous les autres que je connais et que je ne connais pas, pour le don d’eux-mêmes que nécessite la paternité assumée.

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Comment mettre son bien-être à l’abri des services de santé? Pourquoi ne devrions-nous consulter qu’en cas de problème de santé aigu ou d’urgence? Ces questions ne sont pas le fait de quelque gourou, adepte de science occulte au service d’un nirvana corporel, mais d’un très sérieux médecin, Nortin M. Hadler, diplômé de Yale et de Harvard, praticien et enseignant de la médecine occidentale traditionnelle telle que nous la connaissons, traduit par le docteur Fernand Turcotte, lui-même professeur de médecine à l’Université Laval et praticien retraité. Deux scientifiques qui brassent vigoureusement la robuste cage de nos croyances aveugles dans le pouvoir de la médecine moderne.

Si vous êtes prêts à vous laisser désarçonner par la chasse aux illusions à laquelle s’adonne le Dr Hadler, par sa réfutation de l’utilité des interventions et des remèdes préventifs, par sa dénonciation des intérêts pécuniaires derrière notre consommation effrénée de services médicaux et de médicaments, si la responsabilisation personnelle à l’égard de votre santé est un concept qui vous parle, vous êtes mûrs pour lire Le dernier des bien portants.

Pour comprendre et apprécier à leur juste valeur les prises de position du Dr Hadler, il faut prendre acte des fondements de son point de vue :

  •  À moins d’être accidentés, confrontés à une urgence médicale ou affligés d’une maladie grave mettant notre vie en jeux, nous pouvons nous considérer comme des bien portants et devrions éviter de consulter un professionnel de la santé.
  • Être bien portant ne signifie pas être à l’abri de la maladie, mais suppose que nous sommes capables d’y faire face sans médication importante et consultation médicale.
  • Toute intervention médicale ou toute prescription devrait s’appuyer sur des preuves scientifiques solides démontrant que les avantages associés à l’intervention ou au médicament sont plus grands que les inévitables risques.
  • L’être humain est bâti pour vivre environ 85 ans. La question de la cause de son décès est accessoire. Les différences de longévité sont davantage liées au niveau socio-économique qu’aux bénéfices des différents programmes de prévention.

Ce sont ces bases qui amènent le savant à dénoncer un certain nombre d’interventions ou de médications comportant des risques supérieurs aux bénéfices démontrés par des recherches rigoureuses. C’est ainsi qu’il met en doute certaines pratiques cardiologiques préventives telles que les pontages, la prise préventive de médicaments pour combattre le cholestérol ou l’hypertension modérée, les examens de dépistages systématiques des cancers du sein ou de la prostate. Dans tous ces cas, le Dr Hadler affirme, recherches à l’appui, que les risques et les effets secondaires dépassent les bénéfices qu’on peut escompter de telles pratiques. Au mieux, elles sont inutiles et coûteuses, au pire, le remède est pire que la maladie. À peu près tout ce qui s’apparente aux médecines douces passe également à la trappe, toujours sur la base du manque de preuves scientifiques de résultats significatifs.th

Cette attitude de réfutation, à contrepied du discours officiel, est bien sûr dérangeante et nous laisse avec la désagréable impression qu’il n’y a plus rien ni personne à qui on peut se fier en matière de santé. Néanmoins, les voix discutant les pratiques de l’institution médicale et des pharmaceutiques multinationales se font de plus en plus nombreuses et méritent que nous leur prêtions oreille. Nul doute que ces groupes d’intérêts veulent notre bien, mais pas toujours celui auquel on pense.

Même si les positions du Dr Hadler n’emportent pas toujours notre adhésion, il faut saluer le courage d’un médecin s’attaquant à sa toute puissante corporation pour dénoncer une institution de la médecine qu’il juge éthiquement en faillite. « La mise en veilleuse du jugement » des professionnels de la santé, « le triturage des données » de la recherche afin de faire sonner le tiroir-caisse et « la promotion commerciale zélée » des fabricants de médicaments et d’équipement médical ont engendrés les maux de la médicalisation, celle de la vieillesse, de la tristesse, de l’insatisfaction au travail ou de l’inattention des enfants.

Pour ceux que le sujet intéresse, je joins ci-dessous la référence d’un site français, forum de quelques spécialistes poursuivant le même objectif : éveiller notre esprit critique face aux dictats d’une institution médicale dont les membres manquent parfois eux-mêmes d’esprit critique et peuvent, tout comme nous, être manipulés par les intérêts obscurs à qui profitent l’ignorance et la naïveté.

Le dernier des bien portants est un livre coup de poing. Une nécessaire réflexion. On en ressort moins rassurés face aux services qui nous sont proposés, mais peut-être plus confiants en notre propre capacité d’affronter les malaises qui ponctuent toute vie de bien portants.

Santé Nature Innovation

Entrevue exclusive avec le Dr Fernand Turcotte

 

Nortin M. Hadler, Le dernier des bien portants. Comment mettre son bien-être à l’abri des services de santé, PUL, 2008, 335 p.

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Quelques réactions à ma lecture du Devoir de ce matin. La première concerne la position du bien-aimé parti conservateur quant à la participation canadienne au contingent des casques bleus qui sera déployé en République centrafriquaine en septembre prochain. Le ministre des Affaires étrangères ramène l’enjeu à des considérations de nature comptable. Faut-il rappeler que ce pays d’Afrique est à risque d’un génocide de l’ampleur de celui qu’a connu le Rwanda il y a une vingtaine d’années. Interrogé par Manon Cordelier, le général Dallaire s’est dit révolté par la position canadienne, contraire à la tradition du pays en matière d’aide internationale et de maintien de la paix. Je partage sa révolte. Quelle conception du monde pointe sous ces arguments comptables? Sous le règne des conservateurs, le Canada est en voie de devenir un «petit» pays, obtus et mesquin.

Dans un autre ordre d’idée, c’est la chronique de Francine Pelletier qui m’a fait sourciller. Elle porte sur le sujet de l’heure, soit l’annonce qu’une femme a accepté de jouer les mères porteuses des futurs enfants de la famille Legendre. En gros, Francine Pelletier ne s’offusque pas du désir d’enfant du couple gai, mais plutôt du recul que l’engagement de la mère porteuse fait vivre aux femmes. Ce qui m’a fait tiquer, c’est son argumentation pour démontrer son point de vue. Pour ce faire, elle fait un parallèle entre prostitution et mère porteuse. Je la cite: «La « marchandisation du corps » des femmes est, évidemment, en cause. Les femmes marchandent leur corps en se prostituant, me direz-vous, sans créer un haut-le-coeur collectif pour autant. Bien qu’il y ait un parallèle à faire entre louer ses parties intimes pour une heure et prêter ses parties viscérales pour neuf mois, il y a des considérations beaucoup plus profonde en ce qui a trait aux mères porteuses.» L’argument me semble fallacieux, réducteur. Comme si la prostitution n’engageait pas tout l’être. Et ces considérations plus profondes, quelles sont-elles? Elle n’en dit rien. Elles ne me sautent pas aux yeux. Les deux phénomènes me semblent profondément engager l’être de celles qui s’y prêtent. Cette question des mères porteuses est évidemment très importante. Comme société, nous devrons en discuter, prendre position et agir en conséquence. Il importera que ces discussions d’une très grande complexité soient empreintes d’honnêteté intellectuelle. Et qu’on évite, pour convaincre, de prendre de périlleux raccourcis comme il me semble en lire sous la plume de Madame Pelletier.

Enfin, les instances du parti québécois s’apprêtent à laver leur linge sale en famille. C’est désolant de constater que l’enjeu de leur débat semble vouloir se limiter à l’identification des coupables du dérapage de la campagne. La bonne vieille stratégie de trouver un coupable pour occulter les problèmes de fond. Dont le premier, à mon sens, est leur difficulté à porter le projet d’un pays du Québec qui constitue pourtant l’assise même de l’existence de ce parti.

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