La froideur de l’absence

En bref…

François et sa fille Bahia sont emportés au large par une vague scélérate qui les cueille alors qu’ils marchaient sur le rivage. François avait 47 ans, sa fille, 10. Un appel nocturne apprend la terrible nouvelle à l’auteur, Michaël Ferrier. François et Michaël avaient noué dès l’adolescence une amitié profonde dont ni le temps ni l’éloignement n’avait eu raison. Michaël Ferrier tente par l’écriture de François, portrait d’un absent de garder vivante la mémoire de son ami.

Impression

J’avais vibré très fort à la lecture d’un autre livre portant sur le même sujet : Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie. L’auteure voulait, par la littérature, éviter que son frère disparu sombre dans l’oubli. Le présent essai aurait, a priori, dû me plaire. Cette œuvre qu’on a qualifiée de bouleversante m’a curieusement laissée de glace, ou presque. Pourquoi ? Le style trop littéraire ? Les nombreuses digressions qui nous parlent davantage des lieux que de l’ami ? Reste que Ferrier écrit très bien.

Extrait

Je suis revenu dans la rue Sambre-et-Meuse. La nostalgie possède un charme redoutable, mais c’est autre chose que je suis venue chercher ici. Tout d’un coup, les événements paraissent reculer de manière prodigieuse. Et alors que je ne pensais trouver que la tristesse, le regret, la mélancolie qui s’attache si souvent aux fantômes du passé, je suis happé par les bruits du printemps, l’odeur des lilas, les rayons du soleil qui jouent sur ma main et suffisent à refermer le frigidaire de la nostalgie, à la repousser au loin. La mémoire est nomade, elle suit les chemins qu’elle veut.

Enfin…

Si vous carburez aux réflexions méditatives, aux envolées littéraires, aux descriptions déjantées, vous aimerez ce livre. Quelques liens pour vous permettre d’en savoir davantage sur cette œuvre qui a été couronné du prix Décembre.

http://www.lacauselitteraire.fr/francois-portrait-d-un-absent-michael-ferrier

L’auteur parle de son livre

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Francois-portrait-dun-absent-Michael-Ferrier-2018-08-23-1200963407

Michaël Ferrier, François, portrait d’un absent, Gallimard, 2018, 236 pages

L’amitié comme ange gardien

Il s’est vendu à près de 2 millions d’exemplaires et pourtant, je n’ai aucun extrait à citer. Aucune phrase sur laquelle je me serais arrêtée, impressionnée. Qu’est-ce qui fait donc courir les lecteurs chez le libraire pour se procurer ce bouquin?

Ce phénomène, Les quatre Grâces, est l’œuvre d’une auteure américaine, Patricia Gaffney, laquelle compte une vingtaine de publications à son actif.

Quatre femmes, amies depuis une dizaine d’années, se racontent à tour de rôle. Des expériences douloureuses, comme il y en a autour de nous : cancer du sein pour l’une, dépendance affective pour l’autre, amour impossible pour la troisième et désir d’enfant inassouvi pour la dernière. Mais c’est aussi et surtout l’amitié qui se tisse au jour le jour à travers les liens particuliers qui les unissent, leur proximité et ce qui lui fait parfois obstacle, leur soutien indéfectible dans les coups durs. Cette amitié est si importante qu’elle constitue comme une sorte de cinquième personnage, un genre d’ange gardien qui veillerait sur elles.

Sans être d’une grande originalité, ce récit choral n’est pourtant pas sans charme. On se pique au jeu de découvrir comment chacune composera avec les épreuves de la vie qui les confrontent simultanément à l’étape charnière de la quarantaine. Mon intérêt a également été soutenu par ma propre expérience, puisque je fais partie d’un quatuor, les Dames de cœur, dont l’histoire remonte maintenant à plus de 30 ans.

Il m’a tout de même fallu un moment pour me sentir accrochée par cette œuvre. Tout au long de ma lecture, j’ai dû vérifier, en début de chapitre, l’identité de la Grâce qui me faisait son récit, et encore les démêler, même après avoir repéré le nom de la narratrice. Cette difficulté m’a poursuivie jusqu’à la fin alors qu’un effort m’était encore nécessaire pour me souvenir des principales caractéristiques de chacune. Quant au style, son contraste avec ma plus récente lecture, celle de Monique Proulx, était si prononcé, qu’il a aussi constitué un frein à mon enthousiasme. Une écriture efficace, mais sans surprises.

En définitive, Les quatre Grâces m’ont offert un bon moment de lecture, agréable sans être exigeant, tant sur le plan du contenu que du style, et qui, tout compte fait, a peu de chances de marquer ma mémoire à long terme. C’est peut-être ça le secret de sa fortune littéraire?

Patricia Gaffney, Les quatre Grâces, Guy Saint-Jean, Laval, 2013, 470 pages