Vaticanum

En bref

Un pape qui n’est pas nommé (mais on ne peut s’empêcher de penser à François) est enlevé par une cellule de la République islamique. Il n’en faut pas plus pour que beaucoup prêtent foi aux prophéties selon lesquelles le pape actuel serait le dernier. Il se trouve que l’historien et cryptanalyste, Tomás Noronha, bien connu des lecteurs de J. R. Dos Santos, venait tout juste de se voir confier par le Saint-Père une enquête informelle sur un vol de documents dans les locaux du Vatican. Tomas se plonge aussitôt, tête baissée, dans la recherche du pape, recherche ponctuée d’obstacles et de découvertes surprenantes sur la marche des affaires à la Banque du Vatican.

Haletant

Vaticanum, du prolifique Dos Santos, nous entraîne dans une course contre la montre véritablement haletante. Mais qui connaît cet auteur sait que son premier but est pédagogique. Mêlant fiction et réalité, il tente, dans ses romans, de faire le tour d’un dossier, ici les pratiques criminelles de certains grands argentiers de l’Église. La masse d’information que Dos Santos veut livrer à ses lecteurs a parfois pour effet de ralentir la cadence du récit et même de provoquer des invraisemblances, notamment sur le plan temporel. Ceci étant dit, j’ai dévoré cette histoire malgré les changements de rythme et quelques tics d’écriture un peu agaçants à la longue.

Extrait

Nous sommes devant une absence absolue de contrôle des dépenses, bon nombre desquelles n’ont d’ailleurs aucun sens pour une institution qui a vocation à aider les pauvres. Les cardinaux de la curie, par exemple, vivent confortablement dans des logements luxueux de quatre cents à six cents mètres carrés, dans les quartiers les plus chers de Rome. Leurs appartements ont des salles d’attente, des antichambres, des salles de réception, des salons de thé, des salles de prières, des bureaux, des bibliothèques…

Mise en garde

Le tableau que dresse Dos Santos de la gestion des finances du Vatican, tableau rigoureusement appuyé par une documentation exhaustive, achève de miner la crédibilité d’une Église dont les méfaits sexuels ne cessent de remonter à la surface. Avis aux lecteurs réticents à remettre en question leur estime de cette antique institution.

J. R. Dos Santos, Vaticanum, HC Éditions, coll. Pocket, 2017 pour l’édition en langue française, 740 pages

Vertige au coeur de l’infiniment grand

La théorie de la relativité, L’Alpha et l’Omega, le Big Bang et le Big Crunch, ça vous émoustille et vous donne le goût de plonger dans un livre qui aborde ces quelques théories et bien davantage? Pas certain en ce qui me concerne. Et n’était l’enthousiasme de quelqu’un qui m’est très cher, je n’aurais peut-être jamais affronté cette brique de 717 pages, titrée La formule de Dieu. Je ne l’ai pourtant pas regretté.

DieuMais comment résumer ce thriller scientifique hors norme? En quelques mots, l’auteur, J. R. Dos Santos, imagine un dernier manuscrit écrit par Einstein juste avant sa mort, un manuscrit qui fait la démonstration d’une découverte absolument extraordinaire et explosive, si explosive que le vieux savant décide de mettre un verrou sur le document, le temps que ses deux jeunes assistants poursuivent les recherches et en prouvent hors de tout doute la véracité. Plusieurs (notamment la CIA et l’Iran) sont convaincus que le document consigne la recette d’une bombe atomique facile à réaliser. D’où l’intérêt des deux protagonistes déjà mentionnés, l’Iran pour développer l’arme en secret, la CIA pour bien entendu l’en empêcher. L’Iran dérobe le précieux manuscrit à un savant portugais, l’un des deux jeunes collaborateurs d’autrefois. Puis, on engage un autre professeur portugais, Tomás Noronha, cryptologue, pour découvrir l’énigme qui ouvre à la compréhension des obscures formules écrites de la main d’Einstein. S’enclenche alors pour Tomás une aventure qui le mènera des sombres prisons iraniennes au lointain Tibet, de l’indifférence à l’amour, mais surtout de l’ignorance à la connaissance et à la réflexion sur les grandes questions qui occupent les astrophysiciens.

Que nous révèle l’étude de l’infiniment grand? Ou plutôt, quelles hypothèses les savants, magnétisés par les mystères des confins de l’univers, échafaudent-ils? Dos Santos nous en expose quelques unes avec beaucoup de clarté malgré la difficulté inhérente aux théories de la physique. La quête de Tomás pour décrypter la clé du manuscrit d’Einstein l’amène à rencontrer quelques experts qui, chacun leur tout, tentent de l’instruire (et nous par la même occasion).

Tout est cause de tout et provoque des conséquences qui deviennent les causes d’autres conséquences, dans un éternel effet domino, où tout est déterminé mais reste indéterminable.

Et plus loin…

En regardant tout ce qui nous entoure, on constate qu’il existe une grande intelligence dans la conception des choses. Mais cette intelligence est-elle fortuite ou existe-t-il une intention derrière tout cela? Et s’il y en a une, quelle est-elle?

Si le style du livre prend souvent un ton quelque peu didactique, nuisant au naturel des dialogues, le résultat en est cependant tout à fait intéressant et captivant. Si vous êtes le moindrement enclins à flirter avec les secrets de l’atome et avec les questions métaphysiques qui en découlent, vous découvrirez sous la plume de Dos Santos une habile vulgarisation des grandes théories actuelles et matière à réflexion sur l’avenir de l’amas de carbone qu’est le corps humain. Car l’auteur risque une audacieuse hypothèse qui peut susciter de l’espoir ou donner froid dans le dos, c’est selon.

J. R. Dos Santos, La formule de Dieu, HC Éditions, collection Pocket, 2012 pour la version française, 717 pages