Passionnantes Lumières

Quel objet singulier que ce grand œuvre d’Élisabeth Badinter, Les passions intellectuelles, jolie brique de plus de 1200 pages, parue dans la collection Bouquins, chez Robert Laffont. Singulier par son volume et par son sujet.

Une somme de recherche effarante (48 pages de sources) a permis à cet éminent membre de l’Académie française de faire un portrait fouillé des passions qui animent savants et philosophes au siècle des Lumières, et, plus particulièrement entre les années 1730 et 1778. Trois académies regroupent les gens de la République des lettres à cette époque : l’Académie française fondée par Richelieu en 1634, dont la mission est de rédiger le Dictionnaire de la langue française, l’Académie des inscriptions et des belles-lettres, fondée par Colbert en 1663, qui s’occupe de travaux historiques et archéologiques, et enfin et non la moindre, l’Académie royale des sciences, également fondée par Colbert en 1666 et qui regroupe chercheurs et savants de toutes disciplines. 

Malgré les intentions de collégialité qui ont présidé à leurs créations, et l’humain étant ce qu’il est, on assiste au 18e siècle au spectacle du déchaînement des passions de fortes personnalités en quête de reconnaissance, d’influence et de gloire, tant auprès des pairs que des princes régnants. On est aussi témoins de la naissance d’une force qui fait encore la pluie et le beau temps de nos jours : l’opinion publique.

Cette vaste fresque grouille de noms souvent inconnus (index de 58 pages !), mais aussi et surtout de noms célèbres tels que ceux de Rousseau, Voltaire, D’Alembert ou Diderot. C’est finalement une grande page de la vie intellectuelle française qu’écrit l’auteure, et qui a des échos dans la vie intellectuelle contemporaine. 

J’avoue que je n’ai pas dévoré ce bouquin comme on le fait d’un bon roman policier, mais mon intérêt a été soutenu par la découverte des personnes derrière ces grands noms. En effet, le parti pris de l’auteur est de nous faire découvrir les passions qui ont animé ces intellectuels marquants plutôt que leurs découvertes et leur apport à leur domaine de recherche. À raison de quelques pages tous les soirs, avant d’éteindre, j’ai réussi, en deux mois, à passer à travers de cette intéressante lecture.

Élisabeth Badinter, Les passions intellectuelles, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 2018, 2106 pages