Il y en a pourtant qui ont aimé ce livre

Je renonce. J’avais attaqué avec détermination mais un brin d’appréhension la grosse brique intitulée Le Dossier M, Livre 1. Le livre s’ouvre sur un prologue racontant une histoire d’amour mettant en scène Picasso, son ami Carlos et deux femmes, Odette et Germaine. Les couples se font et se défont. Carlos se suicide. Picasso continue de peindre. Et puis… Je n’ai pas compris à quoi rimait ce prologue, ce qui est bien normal, le prologue ne s’éclairant qu’au fil de l’histoire qui occupe le reste du livre. Pas de panique.

Quelle histoire veut donc nous raconter Grégoire Bouillier? Ça commence à la page 19. Julien, un ami du narrateur, se suicide en se pendant à la poignée de sa fenêtre avec sa ceinture. Le narrateur décide, un soir de déprime, de tenter de comprendre comment on peut arriver à se suicider de cette manière. La chose n’est pas aisée, mais il finit par réussir son installation. Or, l’expérience risque de tourner à la tragédie car il n’arrive plus à se déprendre de sa situation précaire. Page 41, il nous confirme ce que nous savons déjà puisqu’il nous le raconte : il a enfin pu desserrer son garrot. Quoi d’autres durant ces 22 pages? Des considérations diverses et décousues, de très longues explications sur les difficulté de l’entreprise, un verbiage brillant qui m’a fait sourire à de nombreuses reprises sans que je comprenne où me menait ma monture.

J’ai donc fermé le livre et consulté internet. Je suis tombée sur un article très élogieux de Culture box expliquant qu’il s’agit du reportage d’un amour raté, un amour passionné pour M, femme mystérieuse dont il ne sera cependant pas question avant la page 300!!! Voilà, j’ai ma réponse. Ce livre n’est pas pour moi. Un petit échantillon quand même…

Peut-être ne suis-je pas doué. C’est possible. Peut-être ne disposais-je pas de bons outils. Mais se pendre avec sa propre ceinture demande un minimum de technique, contrairement à d’autres manières de se suicider où il s’agit d’appuyer sur une gâchette ou d’avaler un tube de comprimés et advienne ensuite ce qui doit advenir. Dans ces cas-là, il ne faut pas avoir inventé l’eau chaude avant de passer à l’acte. Aucune difficulté technique à l’horizon. Rien qui demande un temps de réflexion sophistiquée. Rien qui, n’importe le bout par lequel on prend la chose, requiert des compétences particulières. Dans ces cas-là, la motivation apparaît non seulement nécessaire mais suffisante, même si je n’en sais rien et parle ici sans savoir, comme tant de gens parlent sans savoir, partout, tout le temps et ce n’est pas une excuse mais je retire ce que je viens de faire. Merci d’en tenir compte.

Bien sûr, mon abandon n’enlève rien au fait que ce livre a convaincu le jury du Prix Décembre, une lecture grisante qui attend le lecteur appelé à voyager dans la tête de l’auteur, nous dit l’auteur non identifié de l’article déjà cité. Et encore ceci, cette fois dans Libération, signé Virginie Bloch-Lainé: Dans un premier tome cruel et cathartique, Georges Bouillier, habitué des autofictions, relate avec un humour ravageur une rupture et un fiasco amoureux.

À vous de voir…

Grégoire Bouillier, Le Dossier M, Livre 1, Flammarion, 2017, 873 pages