Du bonheur en feuilles

Me voilà de retour après un mois et demi de silence «blogois», mais néanmoins agité de mille et une activités, notamment les nombreux repas amicaux et familiaux succédant au retour de chasse de l’Homme, puis ceux prenant pour prétexte l’incontournable temps des Fêtes, et enfin, les préparatifs et le voyage vers le Grand Sud où j’ai eu l’insigne bonheur de festoyer avec mes enfants et ma belle-fille.

Voyage en Chine

Une lecture m’a accompagnée tout au long de cette période, un livre remarquable et remarqué, puisque traduit en 28 langues et vendu à plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde. Publié en 1991, il était toujours interdit en Chine en 2006, date de la réédition que j’ai eue en main dans la collection Pocket de Gallimard. Il s’agit de Les cygnes sauvages de Jung Chang, le récit d’une saga familiale passionnante.

Le premier cygne sauvage, c’est la mère de l’auteur, Bao Qin, celle par qui survient la fracture dans cette famille chinoise écartelée entre tradition et communisme, entre un monde étroitement régulé et un monde nouveau, à créer.

Le récit débute à l’aube du 20e siècle. La grand-mère de Jung Chang, Yu Fang, sera la dernière de la famille à connaître le statut de concubine, la dernière aussi à endurer le supplice des pieds bandés. Déjà sa jeune sœur en sera exemptée. Nous assistons à la mort d’un monde millénaire. Les vieux carcans craquent. Les Chinois n’en peuvent plus d’être dominés, tantôt par les seigneurs de guerre, tantôt par les Japonais, tantôt par les Russes. La révolte gronde. La révolution est en marche.

La mère de l’auteur a quinze ans lorsqu’elle s’engage dans le mouvement communiste qui promet l’émergence d’un monde meilleur, plus égalitaire. Qu’ont-ils à perdre, les Chinois? Et les Chinoises, ces moins que rien dominées par des hommes eux-mêmes écrasés sous le joug des envahisseurs.

L’auteur a le même âge lorsque s’amorce la révolution culturelle qui durera dix ans. Dix ans de campagnes sauvages visant essentiellement à créer le chaos et à rétablir le pouvoir chancelant de Mao. Dix ans de dénonciations, de dépossession, de schizophrénie érigée en système. Et de désillusion des fervents des premiers temps qui avaient cru aux promesses de la révolution.

Les cygnes sauvages est une grande leçon d’histoire de la Chine moderne vue par la lorgnette des femmes. C’est l’histoire de la résilience d’un peuple qui redresse lentement l’échine pour prendre sa place dans le concert des nations, comme on dit. Un récit qui se lit comme un roman.

Un verre de champagne avec ça?

Au sortir de cette douloureuse saga, j’ai enchaîné avec la lecture de Oui, mais quelle est la question?, le prétendu roman de Bernard Pivot qui se prend comme une coupe de champagne. C’est pétillant, brillant, léger. Prétendu, car on sent bien qu’au-delà de l’anecdote, la questionnite concerne l’auteur.Unknown

Le personnage principal est intervieweur de métier. (Tiens! Tiens!). Il est même devenu une star dans son métier et anime une émission de télé au cours de laquelle il interroge divers personnages connus ou même célèbres.

Son talent à bombarder ses invités des questions les plus imprévisibles, confondantes, voire impertinentes, constitue son talon d’Achille dans sa vie privée. Aucune femme n’y résiste. Le pauvre se retrouve bientôt seul à se torturer l’esprit avec la question qui restera le plus souvent sans réponse : « Pourquoi m’a-t-elle laissé? »

Tant de bonheur en perspective!

Un bon intermède avant d’aborder mon programme de lecture floridienne constituée des livres que Maurice m’a offert en cadeau de Noël et dont voici la liste :

1. Patrick Modiano, Romans, Prix Nobel de littérature,
2. Catherine Leroux, Le mur mitoyen, Prix France-Québec
3. Frédéric Verger, Arden, Prix Goncourt du premier roman
4. Lydie Salvayre, Pas pleurer, Prix Goncourt
5. Antoine Volodine, Terminus radieux, Prix Médicis
6. Zeruya Shalev, Ce qui reste de nos vies, Prix Fémina étranger
7. David Roenkinos, Charlotte, Prix Renaudot
8. Yanick Lahens, Bain de lune, Prix Fémina
9. Adrien Bosc, Constellation, Grand prix du roman de l’Académie française
10. Mathias Menegoz, Karpathia, Prix interallié
11. Benjamin Wood, Le Complexe d’Eden Bellwether, Prix du roman FNAC
12. Andrée A. Michaud, Bondrée, Prix du gouverneur général
13. Hélène Dorion, Recommencements, Pris du Conseil des Arts et des lettres du Québec
14. Martin Clavet, Ma belle blessure, Prix Robert-Cliche
15. Michael Delisle, Le feu de mon père, Grand Prix du livre de Montréal

(Deux d’entre eux, Recommencements et Le feu de mon père, ont été lus avant qu’ils ne soient couronnés. J’en ai déjà fait mention dans mon blogue.)

Jung Chang, Les cygnes sauvages, Pocket, Gallimard, 2006, 635 pages

Bernard Pivot, Oui, mais quelle est la question?, Nil, 2012, 271 pages