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John Le Carré, c’est notoire, est un écrivain très doué. Du souffle, du style, des personnages peu banals, des sujets fouillés. Comme un collégien ne fait pas exception à la règle. Mais ses œuvres ne sont pas du genre facile. Ce roman, le deuxième au cœur de La trilogie de Karla m’est apparu particulièrement ardu à suivre. Et ce, malgré les quelques notes que je prends sur les nombreux personnages qui peuplent le monde sinistre décrit par l’auteur. Celui de l’espionnage, du crime international, de tout ce qu’il y a de répugnant et qui grouille dans les bas-fonds de l’humanité.

UnknownDerrière les trois livres, un être obscur tire les ficelles. Il s’appelle Karla et travaille à la solde de l’URSS. On n’en sait pas beaucoup plus sur lui. Dans La taupe, Karla avait installé son homme, la taupe, à l’intérieur même du Cirque, le siège du renseignement britannique. Dans ce second tome, son homme de paille, Drake Ko, est chinois et rêve d’inonder le continent communiste d’opium. Sur presque 700 pages, on suit les efforts de George Smiley, aux commendes du Cirque depuis la chute de la taupe, et de ses hommes sur le terrain, dont l’ingouvernable Jerry Westerby, pour coincer ces criminels. Or Drake Ko a une maîtresse dont Jerry tombe amoureux. Et quand l’amour s’en mêle! De plus, la quête pour piéger Ko, laborieuse, dangereuse, se mène sur fond de guerre de pouvoir entre les services de renseignements anglais et américains et au cœur même du Cirque. Plusieurs rêvent d’écarter le vieux Georges Smiley et de prendre possession du trône.

L’écriture de John Le Carré est toujours éblouissante, précise, imagée, inventive. À titre d’exemple cette description :

Sa fille était avec eux; trente à quarante ans, blonde, avec une jupe jaune, de la poudre, mais pas de rouge aux lèvres. On avait l’impression que depuis son adolescence rien n’était arrivé à son visage, à part une constante érosion de ses espoirs. Elle rougissait lorsqu’elle parlait, mais parlait rarement. Elle avait fait de la pâtisserie, des sandwiches minces comme des mouchoirs et du gâteau à l’anis posé sur un petit napperon. Pour préparer le thé, elle utilisait une mousseline alourdie par des perles cousues autour du bord. Du plafond pendait un abat-jour en parchemin découpé en forme d’étoile. Un piano droit était disposé contre un mur avec la partition du Montre-nous la lumière, Seigneur ouverte sur le pupitre. Le poème de Kipling, If, en tapisserie, était accroché au-dessus de la cheminée vide, et les rideaux de velours de chaque côté de la grande baie vitrée étaient si lourds qu’ils auraient pu être là pour masquer une partie inutilisée de la vie. Il n’y avait pas un livre, même pas une bible. Mais il y avait un très grand poste de télévision couleur et une longue ligne de cartes de Noël accrochées à un fil, comme des oiseaux abattus à mi-chemin du sol.

L’art de créer une atmosphère!

Quoique touffu, parfois ardu à comprendre en raison du style imagé de l’auteur et des événements historiques qui servent de toile de fond à l’aventure, Comme un collégien est sans contredit un roman fascinant, et tout, sauf un jeu d’enfant.

John Le Carré, Comme un collégien, Éditions du Seuil, coll. Points, 1977, 677 pages

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