Captivante Atwood

Un rendez-vous manqué

Les festivités de fin d’année terminées, les livres reprennent leur plein droit. Ce début de janvier m’a permis de finir la lecture d’un bouquin commencée je ne sais plus quand et mise en veilleuse pour je ne sais plus quoi. Faut dire qu’il s’agit de Légendes d’automne, de Jim Harrison, comptant trois longues nouvelles dont Vengeance, L’homme qui renonça à son nom et Légendes d’automnes. Pour certains, Jim Harrison brille au firmament des plus grands et pour eux, il faut ABSOLUMENT avoir lu Légendes d’automne. Personnellement, si j’ai apprécié chacun de ces récits, ils ne me laisseront pas de souvenirs impérissables. Question de chimie, je suppose. 

Captive

Je m’empresse donc de vous parler de Captivede Margaret Atwood. Ce livre, je l’ai acheté à la va-vite, à l’aéroport, parce que je sentais que j’allais manquer de drogue pour supporter les quelque douze heures de transit entre Québec et Fort Lauderdale. La longueur du périple résultait de vols annulés en raison d’une tempête hivernale et d’un nouveau trajet comptant deux escales. Je vous assure que la durée du voyage s’en est trouvée considérablement réduite !

Les faits

Atwood s’est inspirée d’un fait divers du milieu du 19esiècle pour imaginer cette histoire passionnante, nous permettant de nous immerger dans les mœurs de l’époque avec un réalisme qui m’a paru sans failles. Véritable œuvre de fiction, Captive ne s’appuie pas moins sur une recherche exhaustive de la couverture du drame évoqué, la fouille des archives, la lecture de nombreux livres portant notamment sur l’état de la psychiatrie au milieu du 19e. La section des remerciements est à ce point de vue très impressionnante. Mais venons-en à ce fait divers.

Le 23 novembre 1943, à la nouvelle prison de Toronto, James McDermott était pendu haut et court pour le meurtre d’un gentilhomme et de sa femme de charge et néanmoins maîtresse, Nancy Montgomery. Grace Marks était pour sa part condamnée à perpétuité pour complicité. Or l’opinion publique était divisée sur la culpabilité de cette dernière. Certains étaient convaincus de son innocence, arguant des problèmes de santé mentale ou pas, et ont milité durant de nombreuses années pour obtenir sa libération. Voilà, en gros, pour les faits.

La fiction

Simon Jordan, aspirant psychiatre, décide de tenter d’élucider la question de la supposée démence de Grace. Il entreprend donc une série de rencontres qui amèneront Grace à raconter son histoire comme elle ne l’a jamais fait à ce jour. C’est tout l’univers des immigrants irlandais qui nous est offert ici, leur implantation au Canada ou aux États-Unis dont les frontières étaient à l’époque beaucoup plus poreuses qu’aujourd’hui. C’est celui des riches propriétaires terriens et industriels contre ceux qui dépendent d’eux, dont les nombreux domestiques à leur service. C’est aussi tout domaine de la psychiatrie de l’époque, des théories et approches qui se développent. Enfin, c’est le monde de l’incarcération (ici la prison de Kingston, en Ontario) qu’Atwood nous dépeint, un monde d’une extrême dureté censée faire payer chèrement aux criminels leurs fautes jugées avec plus ou moins d’impartialité.

Atwood nous guide avec grand art dans cette riche histoire de mœurs, réussissant à créer du suspense alors même que l’on connaît le dénouement du drame. 

Extrait

C’est un petit bonhomme taillé en poire — épaules étroites, petit ventre confortable pointant sous le gilet de tartan — avec un nez en forme de tubéreuse et grêlé et, derrière ses lunettes cerclées d’argent, deux yeux petits mais vigilants.

J’ai toujours beaucoup d’admiration pour ces écrivains qui savent, en quelques traits de plume, tirer le portrait de leurs personnages.

Captive m’a captivée ! Et je ne suis pas la seule, car le roman est adapté en série TV par Netflix.

Margaret Atwood, Captive, Robert Laffont, coll. 10-18, 1996, 623 pages