L’horreur d’un passé qui perdure

Les Filles tombées. À l’heure de la dénonciation publique des abus sexuels, des #MoiAussi et #MeToo, ce roman historique de Micheline Lachance nous ramène à l’autre bout du spectre, celui où les femmes étaient les coupables absolues. Même victimes de viol ou d’inceste, la grossesse qui en résultait mettait en lumière la faute originelle inscrite dans son essence de femme. Dans la fable du paradis terrestre, Ève et le serpent ne faisaient qu’un. De même dans le Québec du 19e siècle que l’historienne-écrivaine nous restitue avec talent.

les-filles-tombees-tome-1Rose, née dans une maison créée par Rosalie Jetté (personnage ayant existé) pour accueillir les filles enceintes soumises au total opprobre d’une société puritaine, a été élevée à l’orphelinat. Au seuil de sa vie d’adulte, Rose, obsédée par ses origines, entreprend avec naïveté et courage, voire témérité, la recherche de l’identité de sa mère. Quatre pénitentessont susceptibles de lui avoir donné naissance. Or il se trouve que son arrivée coïncide avec le meurtre d’un médecin ivre qui a accouché (ou charcuté) une femme qui mourra des suites de ses mauvais traitements. Il ne fait pas de doute que le praticien a été trucidé par une des quatre jeunes femmes qui assistaient, impuissantes et révoltées, à cet acte de barbarie. Qui est l’empoisonneuse ? Pourrait-elle être la mère de Rose ? Sa quête nous fait découvrir l’histoire singulière de chacune d’elles et divers éléments du contexte qui conditionnent son sort.

L’intrigue est bien ficelée et nous tient en haleine du début à la fin. Bien qu’on pense avoir élucidé le mystère, l’auteure réussit quand même à nous surprendre. Mais l’intérêt du roman réside aussi et surtout dans cette fresque d’une époque pas si lointaine qui ne peut aujourd’hui que nous faire horreur et qui est encore la réalité de tant de femmes dans le monde.

Micheline Lachance, Les Filles tombées, Québec Amérique, 2008, 439 pages

De cape, d’épée et de suspense

Qu’on évoque Walter Scott et la plupart d’entre nous sera dans le noir, mais qu’on évoque Ivanhoé, ah ! nous voilà en terrain connu. Bien sûr, je m’adresse particulièrement ici à ceux de ma génération dont l’enfance a été enchantée par les aventures du preux chevalier. J’ai encore en mémoire la mélodie martiale et enlevante rythmant la cavalcade des hommes en armure dont les capes claquaient au vent de la gloire.

Ce n’est pourtant pas Ivanhoé qui m’a ramenée à Walter Scott, mais des recherches en lien avec un prochain projet d’écriture sur fond d’Écosse. Je ne vous en dis pas plus pour le moment, mais vous aurez sans doute l’occasion de lire d’autres comptes rendus de romans ayant pour fond les décors venteux des Highlands.

Pour le moment, un mot sur le livre dont je viens de terminer la lecture avec uIMG_0011n plaisir inattendu: Kenilworth. L’action se passe dans l’Angleterre élisabéthaine, soit vers la fin du 16e siècle et nous entraîne dans un suspense intense. Un comte puissant et ambitieux est déchiré entre l’amour de sa femme et son rêve d’accéder au plus haut rang en épousant la puissante reine Élisabeth. À cette fin, il cache à tous son mariage et séquestre son épouse qui s’impatiente, incapable de comprendre les raisons mystérieuses et inavouables de tout ce secret. À mesure que l’histoire se déroule, les mensonges s’accumulent, deviennent inextricables. Les événements s’emballent. Le drame frappe. Haletant ! C’est tout le drame de l’amour et de la conscience en butte à la soif de pouvoir.

Le livre, libre de droits, est gratuitement accessible sur le site de Gallica et consultable à l’écran ou sur une liseuse en mode pdf.

scottWalter Scott est un auteur important du 19e siècle et un héros aux yeux des Écossais. D’ailleurs, une imposante statue honore sa mémoire à Édimbourg. Il fut pour beaucoup dans le retour en grâce des marqueurs de la culture écossaise que sont le kilt, le tartan et la cornemuse dont les Écossais s’étaient vus interdire l’usage à la suite de leur soulèvement contre la couronne d’Angleterre, en 1745-1746.

Walter Scott, Kenilworth, Paris, 1888,256 pages