Affaires privées

dans les strates sombres de l’humanité où grouille la vermine

Mais pourquoi donc Vicky Barbeau, de l’escouade des cold cases, autrement dit des crimes non résolus, a-t-elle accepté de se mêler de ces suicides qui ne sont pas de son ressort ? Elle acceptera pourtant de se rendre à Québec et d’entreprendre une enquête officieuse sur le suicide d’une élève d’une prestigieuse école privée de la Capitale. Et tout ça, pour rendre service à son patron toujours épris de la mère de la jeune fille. Car la mère ne peut accepter le verdict du suicide. Vicky se penchera sur les circonstances du drame, espérant aider la mère éplorée à se résigner à la triste vérité. Or, les choses ne se passeront pas comme prévu. Ses investigations se ramifieront et des liens se tisseront entre ce suicide et un autre, celui d’une jeune fille de 12 ans ayant sauté du toit de l’école deux ans plus tôt. De plus, certains éléments non résolus du passé de Vicky referont surface et menaceront son objectivité et son efficacité. 

Il y a longtemps, depuis la trilogie Le goût du bonheur, que je n’avais pas eu autant de plaisir à lire Marie Laberge. Cette troisième enquête, Affaires privées, mettant en vedette Vicky et Patrice, son complice français, me semble plus aboutie que la précédente dont je n’ai pas fait écho dans mon blogue. Ici, l’auteure démontre qu’elle a du souffle, qu’elle sait jongler avec la complexité des êtres. Son héroïne avance à coups de présomptions et d’hypothèses que chaque nouvel indice réorganise pour cerner les coupables et éclairer leurs mobiles.

L’écriture de Marie Laberge est simple, claire et efficace. Pas d’envolées lyriques ni d’images étonnantes. Le ton me semble juste, sa sobriété cohérente avec le sujet et le genre.

Affaires privées est un bon roman policier qui éclaire les strates sombres de l’humanité où grouille la vermine. Un univers dont on peine à imaginer et à accepter la trop réelle existence.

Voyez ce qu’en dit Manon Demain dans le Devoir ouValérie Lessard dans la Presse

Marie Laberge, Affaires privées, 2017, Québec Amérique, 527 pages

Avec toutes mes sympathies

Elle avait lu des milliers de livres, elle n’en avait jamais écrit aucun avant cet événement fatidique : le suicide de son frère. Cette nouvelle auteure, c’est Olivia de Lamberterie, journaliste à Elle, chroniqueuse littéraire à la télévision française et correspondante pour Radio-Canada, qui nous offre une œuvre remarquable.

sympathiesMe tordant les méninges depuis un bon moment pour trouver l’angle d’attaque de mon propos et n’avançant à rien, je vais me contenter de vous dire que c’est un livre bouleversant, lumineux et sombre, lumineux surtout, admirablement construit, superbement écrit.

Olivia chemine à pas feutrés, prudents, craintifs parfois, sur la trace de ce frère adoré, en faisant des boucles, des allers-retours, au gré des souvenirs, vers cette fin inadmissible. Et pourquoi ce livre ?

Je ne veux pas faire comme s’il n’avait jamais existé. Cette négation me donne envie de hurler dans ce monde de voix douces et d’yeux rouges.

Alex, je ne veux pas voir mourir sa mort. Je veux en éprouver toutes les particules, la revendiquer, y puiser des ressources insoupçonnées, explorer cet inconnu, porter un brassard noir, hurler au scandale, scruter les cieux, comprendre.

Elle s’en explique également avec éloquence à François Busnel, à la Grande Librairie, que vous pouvez visionner en ligne.

Lire aussi, « Avec toutes mes sympathies » : vivre en bonne compagnie avec les morts dans Le Devoir.

Pas surprenant que le livre ait remporté le prix Renaudot essai 2018.

Olivia de Lamberterie, Avec toutes mes sympathies, Stock, 2018, 254 pages