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Posts Tagged ‘John le Carré’

Le diction populaire dit : Quand le travail nuit aux loisirs… Je vous laisse conclure. Mais le fait est que j’ai pris du retard dans le compte rendu de mes lectures. D’où le petit survol des trois dernières.

hommeUn homme très recherché de John le Carré. L’espionnage toujours, mais à une époque plus contemporaine. À New York les tours sont tombées. Le nouvel ennemi, c’est celui de confession musulmane. Il ne fait pas bon être un Tchétchène en fuite. Issa, musulman, a été sévèrement torturé en Russie. Après s’être enfui, via la Suède, il est maintenant en Allemagne où, Annabel, jeune avocate idéaliste tente de lui permettre de réaliser son rêve : devenir médecin pour aller soigner ses frères Tchétchènes. Pour cela, il doit obtenir un statut de réfugié et financer ses études à même la fortune, l’argent maffieux, que son père a autrefois mis à l’abri dans une banque de Hambourg. Sous l’histoire de ces protagonistes se livre une guerre des forces obscures du secret, celles des Anglais, des Allemands et des Américains. Pour eux, les humains, même innocents, même en quête de paix et de bonheur, ne sont que des pions. Dans un tel cas, la conclusion ne peut qu’être déprimante.

bleuL’après-midi bleu de William Boyd. J’ai mis un peu de temps à me laisser happer par l’histoire, mais est venu le moment où je n’arrivais plus à lire tous les mots, sautant de ligne en ligne, le cœur battant. Un homme étrange interpelle une jeune femme, Kay Fisher, architecte à Hollywood, pour lui révéler qu’il est son père. Malgré son incrédulité, Kay finira par se laisser entraîner par Carriscant dans un curieux voyage au Portugal, à la recherche de la femme qu’il a aimée dans sa jeunesse. Le périple sera l’occasion pour l’ancien médecin de raconter son histoire à sa fille et de la convaincre de la véracité de leur parenté. Boyd nous propulse dans le monde médical du début du 20e siècle avec un réalisme fascinant. Sans être le plus mémorable de ses romans, on embarque dans l’aventure avec beaucoup de plaisir.

otageOtages intimes de Jeanne Benameur. Là, on change d’univers, de style. Étienne, photographe de guerre, est libéré après des mois de captivité comme otage. À son retour, il retrouve sa mère aimante et ses amis de toujours, Enzo et Jofranka. Enzo, le sédentaire, fait des meubles d’artisan dans son village natal. Jofranka est avocate et travaille à la cour internationale. Elle prépare les femmes qui ont subi des sévices à témoigner contre leurs bourreaux. Le retour d’Étienne, c’est comme un petit tremblement de terre. Chacun est secoué, confronté à ses limites, à ses désirs, à sa difficulté de vivre. Un livre méditatif, au style intimiste, porté par une langue à la fois simple et poétique.

Dans la cuisine, ils sont là. Aucune arme ne protège de la peine du monde. Irène n’essaie aucun mot de consolation. Il n’y en a pas. Peu à peu la désolation cédera la place, c’est à cela qu’elle s’arrime. Parce qu’il y a les oiseaux qui prennent toutes les souffrances sous leurs ailes. Parce qu’il y a les arbres qui mènent la peine des hommes jusqu’au bout de leur feuillage. Parce qu’il y a des petits torrents qui roulent des pierres de l’eau limpide et qui laissent joyeux les corps des enfants. Elle essaie de toutes ses forces d’y croire.

Un très beau livre

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Après m’être délectée d’un certain nombre de livres de John le Carré, j’ai satisfait ma curiosité à propos de son bouquin le plus autobiographique, Un pur espion.

Un pur espion reste le préféré de tous mes romans, celui sur lequel j’ai sué sang et eau et donc, au bout du compte, le plus gratifiant, nous dit l’auteur en Avant-propos, et pour ma part, le plus réussi de ses romans d’espionnage. Certains chefs-d’œuvre de la littérature ne sont-ils pas souvent basés sur l’expérience personnelle de leur auteur, comme À la recherche du temps perdu de Proust ou toute l’œuvre du prix Nobel de littérature, Patrick Modiano?

Le récit commence au moment où traqué, Magnus Pym s’enfuit pour écrire un livre, l’histoire de sa vie, celle du fils de Rick Pym, un escroc de grande envergure, et d’une mère fragile qui abandonne son enfant à l’âge de 5 ans. Ce qui correspond en tous points à l’histoire de David Crownwell, nom véritable de John le Carré. L’enfance et l’adolescence de Magnus sont tissées de périodes au sein du foyer où se succèdent les femmes, que l’auteur nomme indistinctement les mères ou les Beautés, où gravite toute une cour de crapules dont certaines seront éternellement fidèles au roi régnant, et de passages dans des écoles de styles carcérales, où le fouet est quotidien. Pour survivre, Magnus-David met toute son énergie à plaire avec chaque fibre de son être, apprend à dissimuler, à fouiner, à être lisse, aimable, policée.

Magnus a donc tout ce qu’il faut pour devenir espion et pratiquera son art avec la naïveté et l’idéalisme qui le caractérisent. Mais alors même que son mentor de la Firme, Jack Brotherwood, le découvre et le met à l’essai, Magnus se lie d’amitié avec un mystérieux réfugié d’origine tchèque, Axel. Trahi par Magnus, Axel est arrêté. Quelques années plus tard, la vie les remet face à face. S’il nie sa trahison, Magnus n’aura de cesse de se racheter auprès de celui-ci et s’engagera ainsi dans la dangereuse carrière d’agent double.

La manière dont le récit est structuré laisse pantois. L’agilité des aller-retour entre différents moments du passé et du présent, la multiplicité des lieux, la véracité et la profondeur des personnages : du grand art. Quant au style, il atteint des sommets.

Herr Ollinger paraissait sans âge, mais je sais aujourd’hui qu’il devait avoir la cinquantaine. Il avait le teint terreux, le sourire empreint de regrets et les joues pendantes et plissées comme les fesses d’un vieillard. Même lorsqu’il eut enfin accepté que son siège ne soit pas occupé par quelque être supérieur, il entreprit d’y installer son corps rond avec tant de précautions qu’il semblait attendre d’en être délogé à tout moment par quelqu’un de plus méritant.

Un pur espion est un grand roman et une fenêtre entrouverte sur les circonstances qui ont façonné l’homme derrière l’œuvre.

John le Carré, Un pur espion, Éditions du Seuil, 1986 pour la traduction française, 632 pages.

 

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Tout en assistant, impuissante, aux tentatives désespérées de survie de Charles Juliet (voir mon précédent billet), j’ai lu avec beaucoup d’intérêt « l’autobiographie » de David Cornwell, alias John le Carré, Le tunnel aux pigeons. Histoires de ma vie. Les guillemets ont tout à voir avec le « s » d’Histoires de ma vie. En effet, il ne s’agit pas d’une autobiographie, mais d’une collection d’anecdotes significatives pour l’auteur et qui éclairent parfois un personnage ou le thème d’un roman. Il y est naturellement question d’espionnage, d’écriture, de cinéma (de nombreux romans de le Carré ont été transposés au cinéma), par le biais de rencontres marquantes avec d’obscurs inconnus ou de grandes figures politiques ou cinématographiques. Le tout dresse, dans l’ensemble, un tableau intéressant, bien servi par la plume alerte de l’auteur, mais très peu intime. Ce n’est qu’à la fin du livre qu’il nous parle de son escroc de père qui aura pourtant influencé toute sa vie. Personnellement, je préfère la visite des jardins secrets au récit d’une rencontre avec Arafat. Je suis donc restée sur mon appétit.

tunnelEt j’adore écrire. J’adore faire ce que je suis en train de faire en ce moment, noircir du papier comme un homme traqué, assis à mon petit bureau en cette aube nuageuse de mai, avec la pluie des montagnes qui ruisselle sur les carreaux et sans la moindre excuse pour descendre jusqu’à la gare protégé par un parapluie parce que l’International New York Times n’arrive pas avant l’heure du déjeuner.

John le Carré, Le tunnel aux pigeons. Histoires de ma vie, Le seuil, 2016, 338 pages

 

codeAutre incursion dans le monde de l’espionnage. Parce que je manque de lecture en cette fin de séjour sous le soleil et parce que ma fille m’a prêté ce livre qu’elle n’arrivait pas à poursuivre, je me suis à nouveau laissé cahoter par Ken Follet. Le code Rebecca est une histoire d’espionnage et d’amour qui se passe en Égypte alors que Rommel, le renard du désert, menace de prendre Le Caire. Alex Wolff (Achmed de son nom d’adoption) est né en Allemagne mais a été élevé au Caire par une mère remariée à un Égyptien. Comme bien des compatriotes, il a développé un fort ressentiment envers l’occupant anglais et deviendra un agent à la solde de l’Allemagne avec pour mission de mettre la main sur les stratégies d’offensives anglaises et de les transmettre à Rommel. Il fera cependant l’objet d’une traque sans merci de la part d’un officier anglais du renseignement, William Vandam, secondé par la belle Elene, jeune juive prête à tout pour aider Vandam à contrer l’avancée nazie.

Comme toujours, Follett sait séquestrer son lecteur et j’ai dévoré cette aventure en moins de 24 heures.

Ken Follett, Le code Rebecca, Robert Laffont, Le livre de poche, 1981, 472 pages

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nuitQuelques mots sur mes lectures récentes et en cours. J’ai enfilé deux Follett à la suite d’Apocalypse sur commande. La nuit de tous les dangersnous fait voyager sur le Clipper, un de ces hydravions de luxe qui furent mis en service avant le début de la Deuxième Guerre mondiale. Ce paquebot volant nous prend en Angleterre pour nous mener à Boston après trois escales: à Foynes, Irlande, à Botwood, Terre-Neuve et à Shédiac, Nouveau-Brunswick. Nous y côtoyons le genre de monde qui peut se payer une telle traversée : des aristocrates sur le déclin, des gens d’affaires, des mafieux. Pour nous, le voyage est gratuite, bien sûr. Et heureusement, car elle ne sera pas de tout repos. Il y aura des drames familiaux, d’effrayantes turbulences, du piratage, un mort…

triangleEncore toute frémissante de plaisir et de peur, j’ai poursuivi avec Triangle. En 1977, on avait pu lire dans le Daily Télégraph qu’Israël était soupçonné de s’être emparé d’un navire chargé d’uranium quelque neuf ans plus tôt, une aventure tout à fait digne de « James Bond ». C’est cet article qui est à l’origine du roman d’espionnage que nous sert ici le maître du page turner, une histoire d’une complexité à l’égale d’un John Le Carré, sans sa virtuosité stylistique toutefois.

ténèbresFatiguée de me faire secouer comme un prunier par Follett, j’ai attaqué, en parallèle le premier tome du journal de Charles Juliet. Outch! Ténèbres en terre froide n’a rien d’un divertissement. Juliet, âgé de 25 ans, se débat au jour le jour avec la tentation du suicide. C’est noir! Ça parle aussi beaucoup du métier d’écrivain, de ses exigences et c’est d’une profondeur étonnante. L’aventure du journal commencée en 1957, Juliet la poursuit encore aujourd’hui alors qu’il est maintenant âgé de 84 ans et toujours bien vivant!

pigeonEnfin, comme ce journal ne peut se lire qu’à petites goulées, j’ai entrepris l’autobiographie de ce cher John Le Carré, Le tunnel aux pigeons. Je vous en reparlerai.

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John Le Carré, c’est notoire, est un écrivain très doué. Du souffle, du style, des personnages peu banals, des sujets fouillés. Comme un collégien ne fait pas exception à la règle. Mais ses œuvres ne sont pas du genre facile. Ce roman, le deuxième au cœur de La trilogie de Karla m’est apparu particulièrement ardu à suivre. Et ce, malgré les quelques notes que je prends sur les nombreux personnages qui peuplent le monde sinistre décrit par l’auteur. Celui de l’espionnage, du crime international, de tout ce qu’il y a de répugnant et qui grouille dans les bas-fonds de l’humanité.

UnknownDerrière les trois livres, un être obscur tire les ficelles. Il s’appelle Karla et travaille à la solde de l’URSS. On n’en sait pas beaucoup plus sur lui. Dans La taupe, Karla avait installé son homme, la taupe, à l’intérieur même du Cirque, le siège du renseignement britannique. Dans ce second tome, son homme de paille, Drake Ko, est chinois et rêve d’inonder le continent communiste d’opium. Sur presque 700 pages, on suit les efforts de George Smiley, aux commendes du Cirque depuis la chute de la taupe, et de ses hommes sur le terrain, dont l’ingouvernable Jerry Westerby, pour coincer ces criminels. Or Drake Ko a une maîtresse dont Jerry tombe amoureux. Et quand l’amour s’en mêle! De plus, la quête pour piéger Ko, laborieuse, dangereuse, se mène sur fond de guerre de pouvoir entre les services de renseignements anglais et américains et au cœur même du Cirque. Plusieurs rêvent d’écarter le vieux Georges Smiley et de prendre possession du trône.

L’écriture de John Le Carré est toujours éblouissante, précise, imagée, inventive. À titre d’exemple cette description :

Sa fille était avec eux; trente à quarante ans, blonde, avec une jupe jaune, de la poudre, mais pas de rouge aux lèvres. On avait l’impression que depuis son adolescence rien n’était arrivé à son visage, à part une constante érosion de ses espoirs. Elle rougissait lorsqu’elle parlait, mais parlait rarement. Elle avait fait de la pâtisserie, des sandwiches minces comme des mouchoirs et du gâteau à l’anis posé sur un petit napperon. Pour préparer le thé, elle utilisait une mousseline alourdie par des perles cousues autour du bord. Du plafond pendait un abat-jour en parchemin découpé en forme d’étoile. Un piano droit était disposé contre un mur avec la partition du Montre-nous la lumière, Seigneur ouverte sur le pupitre. Le poème de Kipling, If, en tapisserie, était accroché au-dessus de la cheminée vide, et les rideaux de velours de chaque côté de la grande baie vitrée étaient si lourds qu’ils auraient pu être là pour masquer une partie inutilisée de la vie. Il n’y avait pas un livre, même pas une bible. Mais il y avait un très grand poste de télévision couleur et une longue ligne de cartes de Noël accrochées à un fil, comme des oiseaux abattus à mi-chemin du sol.

L’art de créer une atmosphère!

Quoique touffu, parfois ardu à comprendre en raison du style imagé de l’auteur et des événements historiques qui servent de toile de fond à l’aventure, Comme un collégien est sans contredit un roman fascinant, et tout, sauf un jeu d’enfant.

John Le Carré, Comme un collégien, Éditions du Seuil, coll. Points, 1977, 677 pages

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C’est ce que fait avec une infinie patience et une grande intelligence George Smiley, ancien cadre des services secrets britanniques, mis à la retraite dans la foulée de la crise qui a secoué ce service du Foreing Office et communément appelé le Cirque. Plus qu’une crise, un effondrement. Bien des têtes sont alors tombées avec la sienne. Cette crise fut la résultante du travail de sape d’une taupe. Dans le jargon du métier, un membre de l’équipe qui, en fait, bosse pour l’ennemi. En l’occurrence les Russes que les services secrets espionnaient intensément durant la guerre froide. Il faut savoir que ce livre a été publié en 1974, bien avant la chute du mur de Berlin et de l’éboulis que celle-ci a provoqué sur le plan des alliances des pays de l’Est.

taupeL’intrigue concoctée par John le Carré dans ce premier tome de La trilogie de Karla est d’une complexité certaine. L’auteur ne nous donne pas tout cuit dans le bec et fait appel à notre intelligence. À notre patience aussi. Elle prend la forme d’une longue enquête menée par Smiley qui accumule les noms et les faits. On cherche avec lui les failles qui permettront de coincer la sacrée taupe qui bousille les missions de l’équipe. Taupe dont, bien sûr, on ne devinera pas l’identité avant Smiley lui-même. J’ai dévoré ce roman en trois jours, autant en raison de l’intérêt du récit par peur de perdre le fil si je laissais passer trop de temps entre les périodes de lecture. Par moment, on se dit qu’on va se perdre dans les dédales des histoires et des personnages. J’ai d’ailleurs pris soin de noter les principaux noms et leurs fonctions sur une feuille qui me suivait dans ma lecture. D’autant plus que certains reviendront probablement dans les autres tomes de la trilogie que je compte lire rapidement.

Comme d’habitude, le Carré éblouit. Chacun de ses personnages est bien campé, nuancé, crédible. Smiley est particulièrement attachant. Et toujours ces multiples identités qu’ils transportent avec eux, comme une métaphore de leur personnalité complexe impossible à réduire à quelques traits de caractère simplistes. L’auteur nous initie également à ce monde underground, glauque, ces guerres secrètes et parfois meurtrières que se font les pays sous prétexte de sécurité et dont l’argent et le pouvoir sont comme toujours le carburant.

Jim Prideaux arriva un vendredi sous la pluie battante. La pluie déferlait comme la fumée d’une canonnade sur les combes brunes des Quantocks (des collines anglaises), puis balayait les terrains de cricket déserts pour fouetter le grès des vieilles façades. Il arriva juste après le déjeuner, au volant d’une vieille Alvis rouge, avec en remorque une caravane d’occasion qui jadis avait été bleue. Les débuts d’après-midi au collège Thursgood sont une période tranquille, une courte trêve interrompant le combat incessant qu’est chaque jour de classe. On envoie les élèves faire la sieste dans leurs dortoirs, les professeurs prennent le café dans la salle commune en lisant les journaux ou en corrigeant les devoirs. Thursgood lit un roman à sa mère. De tout l’établissement, donc seul le petit Bill Roach assista en fait à l’arrivée de Jim, vit la vapeur qui jaillissait du capot de l’Alvis tandis qu’il dévalait en hoquetant l’allée du gravier, les essuie-glaces fonctionnant à toute vitesse et la caravane frémissant à sa poursuite en franchissant les flaques.

La taupe a donné lieu à deux adaptations cinématographiques (Wikipedia).

John le Carré, La taupe, premier tome de La trilogie de Karla, Éditions du Seuil, 1974, 380 pages

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Je sors de chacun des romans de John le Carré abasourdie par le talent de cet homme. Tout y est maîtrisé : le style, les personnages, l’intrigue, la construction du récit.

Celui-ci nous entraîne une fois de plus dans les obscurs souterrains des services secrets britanniques et américains.

imagesLors d’un salon du livre, à Moscou, une très belle Russe, Katia, confie à un éditeur, Niki Landau, des cahiers manuscrits qu’elle lui demande de remettre en mains propres à son voisin de kiosque, monsieur Blair, malheureusement absent. À l’occasion d’un de ses voyages en Russie, Bartholomew Scott Blair, Barley pour les intimes, avait fait la connaissance d’un étrange personnage, Goethe, un savant un peu fou, physicien travaillant au développement de l’arsenal atomique du pays. Au terme d’une soirée très arrosée, Goethe, séduit par le discours humaniste de l’éditeur, avait supplié celui-ci de publier un livre en cours d’écriture et qu’il lui remettrait à son prochain passage en Russie. Sans en dévoiler le contenu, Goethe avait fait comprendre à Barley qu’il faisait appel à son courage et son humanisme. Ce dernier avait réussi de peine et de misère à se défaire de cet illuminé. C’est ce document que Landau rapporte en Angleterre. Incapable de trouver Barley Blair, paniqué par ce qu’il saisit du contenu, Landau s’empresse de remettre cette patate chaude au Renseignement britannique. Une bombe! Les cahiers du savant font la démonstration de la faiblesse des Soviétiques en matière d’armes nucléaires et de leur incapacité à soutenir un conflit. Est-ce réel? Goethe est-il véritablement un savant repentant ou un agent à la solde du pays? Veut-il vraiment dénoncer les mensonges du régime ou le régime essaie-t-il de tromper l’Occident sur les capacités nucléaires de l’URSS?

Tout le reste du roman est une tentative pour répondre à cette question. Transformé tant bien que mal en espion, Barley, cet insoumis, est renvoyé en Russie avec une mission : authentifier la sincérité de la source. Pour l’atteindre, il devra passer par Katia. Dont il tombera amoureux, ce qui rendra encore plus hasardeuse la confiance que ses patrons et leurs homologues américains ont placée en lui. Amoureux, mais pas à la manière cavalière d’un James Bond. D’un sentiment altruiste qui lui fera mettre la sécurité de Katia et de ses enfants au-dessus de tout.

Ce qui est fascinant dans ce roman, c’est l’habileté de le Carré à nous faire ressentir l’angoisse de ne plus savoir où se trouve la vérité. Tout n’est que mensonges, fausses identités, stratégies tordues. Si bien que la plupart des protagonistes en perdent leurs repères et font des erreurs de jugement. À l’exception de Ned, un des « patrons » de Barley, tous sont aveugles aux indices permettant de comprendre que la mission de Barley est en train de déraper. Lorsqu’ils ouvriront les yeux, il sera trop tard et quelqu’un devra payer.

La maison Russie est une passionnante histoire d’espionnage, sans coup de feu, sans hémoglobine, entièrement construite sur la psychologie des personnages et sur les rouages infernaux des services secrets. Du grand art.

John le Carré, La maison Russie, Robert Laffont, 1989, 382 pages

 

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