Mère féroce en action

Preuves d’amour est le premier tome d’une trilogie mettant en vedette Tessa Leoni. Dans le deuxième, Famille parfaite, le passé de Tessa était parfois évoqué. On comprenait que l’assassinat de son mari, Brian Darby, lui avait, dans un premier temps, été imputé et lui avait coûté sa carrière de policière durement gagnée. Je n’ai pu résister longtemps à y aller voir de plus près. 

En gros…

Tessa avoue être l’auteure du meurtre de son mari abattu avec son arme de service de trois balles au cœur et plaide la légitime défense contre un mari violent. On ne tarde pas à l’accuser aussi du meurtre de sa fille Sophie, dont la disparition se prolonge anormalement. Tessa réfute cette allégation, clamant son amour pour sa fille et soutenant que le lit de Sophie était vide lorsqu’elle est rentrée de sa ronde de nuit. D.D. Warren est chargée de l’enquête. Curieusement, la détective éprouve une antipathie immédiate pour Tessa et s’acharne à démontrer sa culpabilité. Tout nouvel indice pouvant disculper Tessa est interprété pour appuyer la thèse inverse. En fait, les choses sont beaucoup moins claires que ne le croit D.D. Warren au départ et l’affaire s’épaissit au fur et à mesure de la progression du récit.

Extrait

« Bon, reprenons. Voilà nos hypothèses : Tessa Leoni aurait tué mari et enfant, sans doute dans la soirée de vendredi ou la matinée de samedi. Elle aurait congelé le corps de son mari dans le garage. Elle se serait débarrassée de sa fille pendant le trajet en voiture du samedi après-midi. Ensuite elle aurait pris son service (très probablement après avoir mis le corps de son mari à décongeler dans la cuisine) et quand elle serait rentrée chez elle, elle aurait laissé son amant la tabasser avant d’appeler ses collègues. Ça se tiendrait. Maintenant, sortez d’ici et trouvez-moi des faits. Je veux des courriels et des messages téléphoniques entre elle et son amant. Je veux un voisin qui l’aurait vue décharger de la glace ou pelleter de la neige. Je veux savoir exactement où s’est rendue la Denali blanche de Brian Darby le samedi après-midi. Je veux le corps de Sophie. Et, si c’est bien ce qui s’est passé, je veux que Tessa Leoni passe le restant de ses jours derrière les barreaux. Des questions ?

Lisa Gardner ne fait pas dans la dentelle dans ce roman. Tessa devra faire preuve d’ingéniosité et de cruauté pour se sortir du guêpier dans lequel on l’a mise et retrouver sa fille saine et sauve. Des têtes vont tomber, le sang va couler. Ce récit est aussi une réflexion sur la maternité et sur la conciliation travail – maternité. L’action qui démarre en trombe dès la première page, la dissémination des informations et des indices modifiant en continu notre compréhension du drame, l’absence de temps morts sont autant d’ingrédients qui font de Preuves d’amour un roman absolument haletant.  

Lisa Gardner, Preuves d’amour, Albin Michel, 2013, 539 pages

L’autre, cet éternel inconnu

Première rencontre pour moi avec Lisa Gardner, prolifique écrivaine de romans policiers. Et sans doute pas la dernière. 

Résumé

Famille parfaite, c’est celle de Justin Danbe, Libby et Ashlyn. Justin est le propriétaire, à Boston, d’une entreprise de construction, Danbe Construction, qui fait dans l’institutionnel – hôpitaux, prisons, bureaux. C’est son père qui lui a légué l’entreprise qui vaut maintenant dans les 100 millions de dollars. Libby, issue d’un milieu modeste est femme au foyer, créatrice de bijoux en argent et veille sur son adolescente rebelle, Ashlyn.

À l’ouverture du roman, le couple vacille sur ses fondations. Justin est infidèle, Libby est toxicomane et leur fille se referme sur elle-même. Au retour d’un souper d’amoureux visant à reconstruire leur couple, toute la famille est enlevée par trois hommes, anciens soldats ou anciens prisonniers, chose certaine, des professionnels, qui les amènent au New Hampshire et les enferment dans une prison toute neuve, construite par Danbe Construction, mais encore inoccupée. Tessa Leoni, enquêtrice privée, dont Danbe Construction a retenu les services, est mandatée par la compagnie pour mener une investigation parallèle. Elle aura à travailler avec des agents du FBI et avec Wyatt, shérif du New Hampshire, qui tous mettront beaucoup d’effort pour retrouver la famille disparue et démasquer l’auteur de la machination. Durant ce temps, la famille vivra des jours difficiles et longs dont elle ne sortira pas indemne. 

Pas de doute, Lisa Gardner sait raconter une histoire. À l’intérêt de l’enquête complexe menée par les forces de l’ordre s’ajoute celui de la réflexion sur la famille, le couple, la parentalité, alimentée par Libby, dans des chapitres écrits à la première personne. Par la voix de l’épouse et de la mère, l’auteure soulève différents thèmes, dont ceux de l’amour, de l’usure du couple, de l’imperfection des parents, de la fidélité et de l’infidélité, de la méconnaissance de ses proches.

Extrait

Une famille ne se décompose pas comme ça du jour au lendemain. Même à cause d’une infidélité. Il fallait qu’il ait eu des fissures, des défauts dans les fondations. Mais je ne les avais pas vus, ou alors je n’avais pas voulu les voir. Ashlyn avait raison sur un point : je me mettais en quatre pour être parfaite et conciliante. Je voulais que mon mari soit heureux. Que ma fille soit heureuse. Et je ne comprenais pas ce qu’il y a de mal à faire ça. (p. 260)

Famille parfaite est un roman qu’on ne peut plus lâcher sitôt qu’on a ouvert la première page, soit-elle de papier ou numérique (mon cas).

Lisa Gardner, Famille parfaite, Albin Michel, 2015, 607 pages