Dans le silence du ventđŸ©·

Je me suis procurĂ© ce livre impulsivement. Tant son sujet que son auteur m’étaient parfaitement inconnus. C’était un coup de cƓur de la librairie Pantoute. J’y Ă©tais allĂ© pour un autre titre et soudain, j’ai eu le goĂ»t d’acheter un livre hors liste, celle que j’entretiens sur la suggestion des critiques ou des amis.

IMG_1517

Ma premiĂšre rĂ©action, chez moi, en lisant le quatriĂšme de couverture en a Ă©tĂ© une de gĂȘne. La mĂ©connaissance de Louise Erdrich souligne mon inculture (et la vĂŽtre aussi peut-ĂȘtre… s’cusez) puisque Dans le silence du vent a Ă©tĂ© « rĂ©compensĂ© par la plus prestigieuse distinction littĂ©raire amĂ©ricaine, le National Book Award Â» en 2012, et « Ă©lu meilleur livre de l’annĂ©e par les libraires amĂ©ricains Â», comme l’indique la notice au verso de la couverture. Un petit coup d’Ɠil sur WikipĂ©dia nous apprend de plus qu’elle est une Ă©crivaine prolifique et que certaines de ses Ɠuvres ont Ă©tĂ© plusieurs fois primĂ©es.

Dans ce nouveau roman, « Louise Erdrich explore avec une remarquable intelligence la notion de justice Ă  travers la voix d’un adolescent indien de treize ans. AprĂšs le viol brutal de sa mĂšre, Joe va devoir admettre que leur vie ne sera plus jamais comme avant. Il n’aura d’autre choix que de mener sa propre enquĂȘte. Elle marquera pour lui la fin de l’innocence Â» rĂ©sume l’éditeur. Mais n’allez pas imaginer une investigation comme en ferait un adulte et n’oubliez pas que Joe n’a que treize ans. Son enquĂȘte est faite d’audaces et d’effrois, d’avances et de reculs, de recherche d’indices et de retour au jeu. Il a nettement conscience d’outrepasser les limites normales de l’enfance en tentant de percer les secrets des adultes et de devancer ainsi des apprentissages trop lourds pour lui.

Cette quĂȘte se dĂ©roule sur fond de vie tribale contemporaine, celle du Dakota du Nord, amalgame de traditions sĂ©culaires et de modernitĂ©, d’enchantement et de dĂ©senchantement, de beautĂ© et de sordide. Aux problĂšmes d’alcool, de drogue et de violence conjugale s’opposent l’amour parental dont bĂ©nĂ©ficie Joe, le soin collectif des enfants par la communautĂ©, le sens de la fĂȘte qui anime la tribu. Et la puissance de l’amitiĂ© qui unit Joe, le fils de la victime, et Cappy, son meilleur copain, celui qui lui avait donnĂ© une pierre noire et qui lui avait racontĂ© « que la pierre Ă©tait de celles qu’on retrouve au pied d’un arbre foudroyĂ©, qu’elle Ă©tait sacrĂ©e. Il appelait ça un Ɠuf d’oiseau-tonnerre. Â» Ce Joe fait partie des personnages qui s’incrustent dans notre mĂ©moire et se joignent Ă  la petite fratrie virtuelle qui accompagne nos jours.

Dans le silence du vent, c’est enfin et surtout le procĂšs des limites de la justice tribale qui empĂȘche les AmĂ©rindiens de poursuivre un Blanc coupable d’un mĂ©fait sur leur territoire, notamment dans les affaires de viol. En postface, Louise Erdrich, elle-mĂȘme AmĂ©rindienne par sa mĂšre, rappelle les faits mis en lumiĂšre par Amnesty International : « une femme amĂ©rindienne sur trois sera violĂ©e au cours de sa vie (et ce chiffre est certainement supĂ©rieur car souvent les femmes amĂ©rindiennes ne signalent pas les viols); 86 pour cent des viols et des violences sexuelles dont sont victimes les femmes amĂ©rindiennes sont commis par des hommes non-amĂ©rindiens; peu d’entre eux sont poursuivis en justice. Â»

 

Louise Erdrich, Dans le silence du vent, Albin Michel, 2013, 462 pages.


Laisser un commentaire

En savoir plus sur Au bonheur des mots

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accùs à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture