J’étais une fan finie de Wallender. J’ai aussi adorĂ© les livres dont le cĂ©lĂšbre inspecteur n’était pas le hĂ©ros. Les reportages et commentaires qui ont marquĂ© la mort de Henning Mnakell ont fait de moi une grande admiratrice de l’homme. La lecture du trĂšs touchant Sable mouvant a encore accru tout le bien que je pense de lui.

mankell

« Je me suis promenĂ© dans ma propre histoire », Ă©crit Mankell Ă  propos de ce rĂ©cit sous-titrĂ© Fragments de ma vie et entrepris aprĂšs qu’il eut reçu un diagnostic de cancer du poumon avec mĂ©tastases Ă  la nuque. Dans de courts chapitres, Mankell revisite des moments clĂ©s de sa vie, ceux qui lui ont laissĂ© des souvenirs indĂ©lĂ©biles, qui ont marquĂ© son imaginaire ou qui ont imprimĂ© Ă  son parcours une trajectoire inattendue. À la faveur de ces remĂ©morations, on dĂ©couvre le grand humaniste qui se cache derriĂšre l’auteur Ă  succĂšs. Qui ne s’y cache pas tant que ça en fait, car chaque roman de Mankell est l’occasion pour lui de mettre en scĂšne ses prĂ©occupations, celles de l’hĂ©ritage que les humains laisseront Ă  ceux qui viendront aprĂšs – dĂ©chets nuclĂ©aires enfouis, pollution de la mer, rĂ©chauffement climatique —, de la survivance de l’esclavage, des inĂ©galitĂ©s sociales, des injustices de toute nature.

Il aborde les grandes questions existentielles, telles que celle du temps, de la mort, de la continuité et de la transmission.

C’est lĂ  une des injustices les plus flagrantes du monde dans lequel nous vivons, que certains aient le temps de rĂ©flĂ©chir alors que d’autres n’en ont pas le loisir. Chercher le sens de la vie, cela devrait ĂȘtre inscrit dans les droits fondamentaux de l’homme.

Le ton, tout comme le style, est sobre, grave, sans jamais tomber dans l’amertume ou le dĂ©sespoir. Les innombrables questions qu’il formule et auxquelles il ne trouve pas de rĂ©ponse nous rĂ©vĂšlent un ĂȘtre d’une grande sensibilitĂ©, conscient, lucide. Sable mouvant n’est pas un traitĂ© philosophique ni scientifique, mais la rĂ©flexion tout Ă  fait accessible d’un homme dont la mort probable vient de se dresser devant lui, forçant l’arrĂȘt, le bilan, mais le bilan d’un vivant qui n’a pas dit son dernier mot.

MalgrĂ© l’espoir qu’il a voulu mettre dans la rĂ©ussite des traitements, Mankell n’a survĂ©cu que deux ans et demi Ă  l’annonce de son cancer. Il est mort le 5 octobre 2015 Ă  l’ñge de 67 ans, laissant derriĂšre lui une Ɠuvre considĂ©rable, soit plus ou moins 28 romans, dont 12 mettent en scĂšne l’inspecteur Wallender, 7 Ɠuvres jeunesse, 26 piĂšces de théùtre. Et tout un monde imaginaire qui lui survivra longtemps.

Henning Mankell, Sable mouvant, Éditions du Seuil, Collection Points, 2015, 374 pages


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