L’horreur d’un passé qui perdure

Les Filles tombées. À l’heure de la dénonciation publique des abus sexuels, des #MoiAussi et #MeToo, ce roman historique de Micheline Lachance nous ramène à l’autre bout du spectre, celui où les femmes étaient les coupables absolues. Même victimes de viol ou d’inceste, la grossesse qui en résultait mettait en lumière la faute originelle inscrite dans son essence de femme. Dans la fable du paradis terrestre, Ève et le serpent ne faisaient qu’un. De même dans le Québec du 19e siècle que l’historienne-écrivaine nous restitue avec talent.

les-filles-tombees-tome-1Rose, née dans une maison créée par Rosalie Jetté (personnage ayant existé) pour accueillir les filles enceintes soumises au total opprobre d’une société puritaine, a été élevée à l’orphelinat. Au seuil de sa vie d’adulte, Rose, obsédée par ses origines, entreprend avec naïveté et courage, voire témérité, la recherche de l’identité de sa mère. Quatre pénitentessont susceptibles de lui avoir donné naissance. Or il se trouve que son arrivée coïncide avec le meurtre d’un médecin ivre qui a accouché (ou charcuté) une femme qui mourra des suites de ses mauvais traitements. Il ne fait pas de doute que le praticien a été trucidé par une des quatre jeunes femmes qui assistaient, impuissantes et révoltées, à cet acte de barbarie. Qui est l’empoisonneuse ? Pourrait-elle être la mère de Rose ? Sa quête nous fait découvrir l’histoire singulière de chacune d’elles et divers éléments du contexte qui conditionnent son sort.

L’intrigue est bien ficelée et nous tient en haleine du début à la fin. Bien qu’on pense avoir élucidé le mystère, l’auteure réussit quand même à nous surprendre. Mais l’intérêt du roman réside aussi et surtout dans cette fresque d’une époque pas si lointaine qui ne peut aujourd’hui que nous faire horreur et qui est encore la réalité de tant de femmes dans le monde.

Micheline Lachance, Les Filles tombées, Québec Amérique, 2008, 439 pages

Quand le destin d’un peuple bascule

Rue des Remparts. Le général Montcalm y logeait. Et ce fut sa dernière résidence malgré le désir qu’il avait de retrouver sa France, son Midi, sa femme. Il mourra d’une blessure subie durant la célèbre bataille des Plaines d’Abraham, à Québec, en 1759.

rempartsJ’ai lu avec intérêt ce roman de Micheline Lachance, un intérêt qui doit peu au style, tout au sujet. L’auteure relate ici une des pages les plus tragiques de notre histoire, la conquête de la Nouvelle-France par les Anglais. Un peuple s’entêtait à faire un pays de ces «quelques arpents de neige» qu’on regardait de haut du côté de ma mère patrie. L’histoire du naufrage de la Nouvelle-France.

En ce milieu de 18e siècle, la petite aristocratie du Canada s’amuse, reproduisant tant bien que mal la vie de cour. Bigot, l’intendant, s’enrichit en saignant la colonie, Vaudreuil (premier gouverneur né en Nouvelle-France) et Montcalm se crêpent le chignon. La guerre de Sept Ans qui sévit en Europe étend ses tentacules outre-mer. Et personne ou presque, à la cour du roi de France, ne voit l’intérêt de sauver la colonie menacée. Histoire de naufrage, d’abandon, de désillusion.

La rigueur d’historienne de Micheline Lachance, son souci du détail et de vérité compensent pour un style qui ne m’a pas particulièrement séduite, bien que je reconnaisse à l’auteure un talent de conteuse indéniable. Rue des Remparts reste un livre intéressant pour toute personne curieuse de connaître ou de se remémorer cette triste défaite qui a contribué à forger le peuple que nous sommes aujourd’hui, sa résilience et ses faiblesses.

Micheline Lachance, Rue des Remparts, Québec Amérique, 2017, 507 pages