Un temps pour souffler

Tout l’auteur est dans le titre : son sens de l’humour, son imagination débridée, sa passion de l’histoire, ses dons de conteurs, son attention à l’insolite, sa poésie, sa légèreté et sa profondeur : C’était au temps des mammouths laineux. Savoureux!

Serge Bouchard a beaucoup écrit, seul ou avec le regretté Bernard Arcand. Comme à son habitude, il s’agit de courts textes (6 à 12 pages), percutants, fascinants, drôles et graves à la fois. Cette dernière œuvre est peut-être sa plus personnelle. Il s’y raconte ouvertement : l’enfance, le choix de l’anthropologie, les difficultés de sa carrière, la mort de sa première femme, ses croyances, ses passions.

Ses sujets dédaignent les sentiers battus, préfèrent « les chemins de travers », s’inspirent souvent des petits riens qui passent inaperçus, des « remarquables oubliés » par l’histoire, s’alimentent à l’originalité de son regard sur le monde et se traduisent dans des formules qui font nos délices.

« Les légendes […] le radotage universel de notre poésie originelle. » p. 130

Se désolant du peu d’intérêt des gens pour l’histoire :

« Il en va des nations comme des personnes : le vieux est hors sujet, le passé est inutile et “l’instant même” est tout ce qu’il nous reste. » p. 145

Sur le même sujet :

« En perdant la mémoire, nous avons perdu le fil du temps. » p. 150

Et cette poésie…

«…les courbes longues et calmes des sourdes vagues du temps. » p. 184

Je m’arrête, je le retranscrirais en entier. J’ajouterai seulement que si vous avez le goût ou le besoin d’une pause de sens, si le rythme du quotidien vous fait perdre haleine, si l’actualité vous chagrine ou vous irrite, si vous avez l’impression de courir après votre queue et que cette queue est coincée dans les mâchoires des obligations, ouvrez un livre de Serge Bouchard, celui-ci ou n’importe quel autre. Vous échapperez au temps et votre âme prendra un bain de Jouvence. Prenant son souffle, votre corps en découvrira un second, de ces seconds souffles qui toujours nous mènent plus loin que nous croyions pouvoir aller. Comme ça fait du bien!

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