Au Jardin du temps qui passe

Bonjour toi,

Au Jardin du temps qui passe (si lentement!), des musiciens jouent de leurs divers instruments (flûte, picolo, hautbois) des airs cristallins à rendre jaloux le chardonneret s’il avait l’idée saugrenue de se comparer. J’ai enlevé mes chaussures et posé mes pieds dans l’herbe fraîche. Et il m’est venu le goût de t’écrire. Une lettre, c’est si délicieusement démodé!

Tu l’as peut-être compris : je suis à Eastman. Oui, aux Correspondances. C’est mon initiation avec ce que ça comporte de confort et d’inconfort. La difficulté découle de ce que je suis seule et quelque peu embarrassée de ma solitude. Moins qu’hier, cependant. Je m’apprivoise à moi-même, à moi, seule parmi des inconnus, à moi, seule avec moi-même ailleurs que chez moi. Quant au reste, je n’y trouve que du plaisir et je te le recommande.

Mais encore, me diras-tu, que s’y passe-t-il qui mériterait le déplacement? Mille choses, mille mots. Des cafés littéraires avec des auteurs à découvrir ou à redécouvrir, des entrevues, avec des écrivains célèbres ou débutants, sans impératif de sensationnalisme, sans publicité, des sentiers ombragés, des jardins sereins ou écrire, lire, rêver, des spectacles dont le personnage

Dans le sentier le Portage des mots

principal est la parole, les mots, avec leur profondeur et leur musicalité. Oui, mille mots qui papillonnent, se posent, s’envolent, si légers et si forts à la fois qu’ils nous saisissent et nous élèvent avec eux. Par exemple, ce matin, Naïm Kattan a dit : « La mémoire, c’est le temps qui vit en nous. » Ne crois-tu pas qu’il y a matière à fermer les yeux de bonheur et à ressentir en soi la vie qui bruit de tous nos âges sédimentés?

D’accord, je me calme, je reviens sur terre, c’est-à-dire à mon jardin brodé de musique où il règne une atmosphère d’église sans bondieuserie. Juste le recueillement, espèce en voie d’extinction, s’il en est une.

Bon, je te laisse, car la pluie menace. Les mots font des miracles, mais ils n’ont pas encore réussi à conjurer le mauvais temps. Et penses-y, l’an prochain, tu pourrais peut-être m’accompagner…

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