Quand la conscience se fait lourde

C’est toujours déroutant de lire un écrivain pour la première fois et d’apprendre par une recherche sur le web qu’on a affaire à un auteur prolifique et reconnu. C’est le cas de Thomas H. Cook qui a publié plus de trente polars, dont une vingtaine traduits en français. La recherche nous apprend aussi que «ses romans, réputés pour leur finesse psychologique, privilégient les thèmes des secrets de famille, de la culpabilité et de la rédemption»*, ce à quoi correspond parfaitement ce livre que m’avait suggéré une amie : Au lieu-dit Noir-Étang…Unknown

Henry, fils du directeur du Chatham School, est le narrateur de l’histoire tragique dont il témoin et acteur au terme de ses études secondaires. C’est un homme d’âge mûr, vieillissant même, qui se remémore les événements qui marquèrent cette petite ville de la Nouvelle-Angleterre alors qu’il n’était encore qu’un adolescent, au cours de l’année scolaire 1926-1927. Dès le début, on sait qu’une tragédie a autrefois frappé la petite communauté de cap Cod et que le narrateur en fut à tout jamais marqué. On sait également que la jolie institutrice qui débarque à Chatham pour donner le cours d’art plastique sera au cœur de ce drame. Tout au long du roman, des fragments de vérité nous sont dévoilés et c’est comme si on observait un artiste peignant sa toile en y apposant, de temps à autre, une petite touche de couleur. Au début, tout est trouble et peu à peu tout s’éclaire.

«Prenez garde à vos actes», proclamait toujours le directeur d’école aux élèves le jour de la rentrée, citant Milton, «car le mal contre lui-même se retourne». Henry comprendra un jour à quel point son père avait raison.

Je n’en dis pas davantage sur l’intrigue qui est en définitive assez simple. Tout l’intérêt de ce roman réside dans la manière dont les éléments d’information nous sont transmis, permettant au lecteur de se construire une opinion sur ce qui s’est vraiment passé dans ce lieu au nom prédestiné, le Noir-Étang, et tout en cultivant chez lui le doute sur l’interprétation de ces faits. Mais encore davantage que la construction du roman, c’est la profondeur des personnages, leur subtilité, leur ambivalence, leur imprévisibilité qui m’ont charmée. Ça parle de liberté entravée, de passion illégitime, de compréhension et d’intolérance, du poids terrible du secret et de la culpabilité. Le tout dans un style au charme suranné qui colle à la perfection à cet entre-deux guerre.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_H._Cook

Ci-dessous, un article du journal Le Monde.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/01/12/au-lieu-dit-noir-etang-de-thomas-h-cook_1628615_3260.html

Thomas H. Cook, Au lieu-dit Noir-Étang, Éditions du Seuil, 2012, 274 pages

Une réflexion sur « Quand la conscience se fait lourde »

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