Une belle découverte

Après deux Connelly riches en poursuites et en hémoglobines, j’étais due pour une lecture plus apaisante. Le hasard m’a bien servi en me faisant choisir, parmi les livres trouvés dans mon repère d’écrivaine, La maison du professeur, de Willa Cather.

maisonLe professeur St-Peter est un universitaire dont les travaux historiques lui ont valu la reconnaissance de ses pairs et une renommée internationale. Dès lors, la situation financière de la famille s’étant améliorée, elle déménage dans une nouvelle maison, laissant sans regret derrière elle la résidence dont les St- Peter étaient locataires et qui […] était presque aussi laide que peut l’être une maison […] Sans regret pour tous, sauf pour le professeur qui ne se résigne pas à abandonner son bureau, en réalité, dans le grenier, le local de la couturière qui venait confectionner les vêtements des femmes de la famille et dans lequel le professeur avait fait son nid. St. Peter est viscéralement attaché à ce lieu mal chauffé, inconfortable, où il a écrit toute son œuvre, où il trouve la solitude.

L’histoire, si on pense péripéties et rebondissements, se résume à très peu de choses. Il ne s’agit en fait que des petits événements qui font la trame d’une famille unie et heureuse : conflits mineurs, jalousies, incompréhension, mais également tendresse et admiration. Et pourtant…

Et pourtant, le livre de Willa Cather est dense. Tout se passe à la subtile marge des faits et gestes de chacun, là où ils prennent leur sens. Ça parle de l’être originel si souvent trahi par l’adulte, par les mille compromissions qu’entraînent la vie, le mariage, la famille, la carrière. Ça parle aussi de ce qui se monnaye et de ce qui ne se monnaye pas, de ce à quoi il faut renoncer pour sauver l’essentiel. La vieille maison que St. Peter ne peut se résigner à quitter en constitue la parfaite métaphore. Car c’est dans cette pièce, si affreuse aux yeux de l’entourage, que le professeur revisite sa vie, son enfance, les rencontres qui l’ont marqué, qu’il retrouve l’essentiel en lui-même. C’est l’ancrage physique où il renouera avec ses ancrages ontologiques dont il s’était éloigné.

Publié en 1925, mais traduit en français qu’en 1994, cet ouvrage est écrit avec l’élégance propre au début du 20esiècle.

En pyjama, le professeur n’offrait pas un spectacle désagréable : s’agissant de son apparence générale, moins il portait de vêtements, et mieux cela valait. Tout ce qui lui collait au corps le révélait charpenté d’une excellente et solide ossature, avec les hanches minces et les souples épaules d’un infatigable nageur.

Je lis dans Wikipedia qu’en son temps, Cather est un écrivain célèbre, encensé autant par le public que par les critiques, notamment durant l’entre-deux-guerres.William FaulknerSinclair Lewis et Henry Louis Mencken ont exprimé l’extrême admiration qu’ils avaient pour son œuvre ; le premier la citant parmi les quatre grands auteurs américains du siècle, le second disant qu’elle méritait plus que lui le prix Nobel de littérature.

Willa Cather, La maison du professeur, Rivages, 1997, 291 pages

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