Une romance aux accents surannées

Écrire, en 1998, un roman aux accents victoriens, ça se peut. Je viens d’en terminer la lecture. Déjà, le proverbe japonais qui tient lieu de titre permet d’anticiper la flopée de réflexions sentencieuses dont regorge ce récit : Même un chemin de mille lieues commence par un pas.

En bref…

L’histoire se déroule dans la région de la Loire au début des années 60. Et bien que ce repère temporel nous soit donné très tôt, je me suis surprise, tout au long de ma lecture, à imaginer l’héroïne, Émy, dans des robes longues de fin 19e siècle. Émy travaille à la Clartière, une institution privée qui accueille des enfants autistes. Elle s’y attache démesurément à Toupie, le fils d’un pianiste, célèbre et veuf… qui se désintéresse de sa progéniture et espace ses visites le plus possible. Cette attitude révolte la jeune femme qui ne peut s’empêcher de confronter Raphaël Donetti, le traitant de père indigne. La colère de Donetti se transforme bientôt en remords et il convainc Émy de venir s’installer avec l’enfant à Rose Blanche, sa résidence sur la Loire.Émy s’y occupe donc de Toupie tout en continuant de fréquenter Raoul, le jardinier de la Clartière, qui tente de la convaincre de l’épouser. Cependant, Raoul affrontera de la concurrence lorsque Donetti déclarera son amour à Émy. De son côté, le pianiste aura comme pire ennemi le passé d’Émy, sa farouche volonté de cacher à tous l’existence de son père alcoolique et sa profonde conviction du démérite social de ses origines.

Citation…

Elle avait conscience, pour avoir beaucoup lu et forgé son esprit au dur métier de la vie, ainsi qu’on travaille le fer à force de le tordre et de la chauffer, qu’il y a à apprendre de tout être qui sait s’ouvrir aux autres avec sincérité. De même qu’un voyageur en informe un autre en l’avertissant des difficultés qu’il a rencontrées sur son chemin afin qu’il puisse parfaire sa connaissance des hommes, son tempérament la portait à livrer sans artifice ni pudeur le fond de son expérience. Mais ce n’était pas dans l’ensemble ce que recherchaient ces gens. La sincérité n’était pas une vertu propre à les séduire, elle s’offrait comme une femme sans fard.

Mes impressions…

Émy, pourtant attachante, à la fois spontanée et dissimulatrice, a quelque chose de caricatural. Tout comme les autres personnages, d’ailleurs. Quant à Toupie, je ne suis pas arrivée à me le représenter physiquement ni à saisir son âge biologique.

Tout au long de ma lecture, j’ai cru assister à un remake de La mélodie du bonheur ou de Pretty woman. Peut-être pas un hasard lorsqu’on sait que l’auteur, Alain Leblanc est cinéaste ?

Même un chemin de mille lieues commence par un pas m’afait l’effet d’une romance dégoulinante de bons sentiments, de morale facile, d’une philosophie de pacotille. Pourtant je n’ai pu le laisser tomber avant la fin, pas plus que je n’aurais pu laisser tomber Pretty Woman sans en connaître le dénouement malgré que je sois convaincue à l’avance de son happy end.

Alain Leblanc, Même un chemin de mille lieues commence par un pas, 1998, Libre expression, 405 pages

Un petit coup d’oeil à Wikipédia vous en apprendra un peu plus sur cet auteur prolifique.

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