Les déracinés

Tiohtiá:keMontréal en langue innue. Kukum, de Michel Jean, paru en 2019, a été un immense succès de librairie faisant connaître à un plus large public l’écrivain qui publiait déjà depuis 2008. Kukum est un livre qui m’a marquée, me faisant vivre de l’intérieur le basculement tragique du mode de vie des Innus tel que vécu par la grand-mère de l’auteur. Le dur mode de vie traditionnel d’un peuple semi-nomade est abruptement cassé par l’invasion de leurs territoires de chasse par les compagnies forestières. S’en suit la sédentarité forcée combinée au rapt des enfants envoyés dans les pensionnats, ingrédients d’un génocide culturel dont les ravages se répercutent sur toutes les Premières Nations et expliquent en partie le drame des sans-abris autochtones dans les rues de Montréal. 

Tel est le propos de Tiohtiá:ke. Élie Mestanapeo, natif de Nutashkuan (Pointe Parent pour les francophones de Natashquan), est arrêté pour le meurtre de son père et écroué durant dix ans dans le centre à sécurité maximale de Port-Cartier. Pire, il est banni à vie de sa communauté. À sa sortie de prison, il gagne Montréal où il viendra grossir le contingent des autochtones déracinés. Il y fera la connaissance d’êtres marqués, mais pourvus du sens de la communauté. Il s’y battra contre ses démons hérités de son lourd passé. Pourtant, ces rencontres lui offriront les conditions d’une rédemption.

On peut comprendre cette œuvre comme une suite logique à Kukum. De ce point de vue, cette histoire est intéressante, instructive. Elle permet de confronter nos préjugés quant aux raisons qui expliquent la présence d’autochtones parmi les sans-abris des grandes villes. Mais malgré cet intérêt, quelque chose m’a empêchée de me laisser happer par ce livre comme je l’avais été par Kukum. Est-ce le fait que les protagonistes s’expriment dans un langage châtié alors qu’on s’attendrait au langage de la rue ? Ou à une impression de candeur dans la description des personnages, et ce, malgré quelques événements violents ? 

Reste que le roman vaut le détour pour le précieux point de vue que nous offre l’auteur sur la compréhension de l’univers autochtone qui nous est encore aujourd’hui tellement étranger. 

Pour un autre avis, lire la critique du Devoir.

Michel Jean, Tiohtiá:ke, Libre Expression, 2021, 234 pages

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