Les livres, essentiels dans la trousse de survie

Le mois d’août, c’est la saison des bleuets et des Correspondances d’Eastman. Là où se laisse cueillir la parole d’auteurs habités par la passion de l’écriture, de la transmission, de la poésie, de la fiction, du monde scruté à la loupe des mots.

Je suis venue y faire ma cueillette annuelle. Et la première tale rencontrée est, sans surprise aucune, d’une grande abondance. Abondance que je ne suis pas seule à anticiper, car à mon arrivée sous le chapiteau, je tombe sur une salle comble, ce qui n’est pas si fréquent.

David Goudreault autographiant mon exemplaire de La bête intégrale

Le surdoué

David Goudreault s’est d’abord fait connaître par le slam, poésie orale et rythmée, et par sa prouesse qui lui a fait gagner la Coupe du monde en poésie, en 2011, à Paris, rien de moins! Il est aussi connu pour ses chroniques dans les journaux et à Radio-Canada. À moins de 40 ans, il a publié quatre recueils de poésie, trois romans, une oeuvre déjà couverte de prix. Si David Goudreault a laissé tomber le slam, il n’a cependant pas tourné le dos à la scène et présente un spectacle très couru dont je ne peux malheureusement pas encore vous parler, ne l’ayant pas vu, mais brûlant d’y assister. Car ce virtuose de la plume est aussi une bête de scène, et ça, je le dis en toute connaissance de cause pour l’avoir entendu l’an dernier, aux Correspondances. C’est aussi un être profondément engagé sur le plan humain, travailleur social de formation et de pratique, visitant les écoles comme les pénitenciers pour parler littérature, offrir aux autres ce cadeau de la vie qu’est la parole des écrivains.

Les Correspondances d’Eastman ont donc choisi de l’inviter à l’une de ses Grandes entrevues. Jérémy Lanier qui l’a interviewé était presque en vacances tant l’auteur a la réponse généreuse. Une simple question et le brillant jeune homme est lancé, mariant réflexions, boutades, citations érudites.

Le passionné

Son message délivré avec passion et humour est un vibrant plaidoyer pour la littérature sous toutes ses formes: poésie, BD, polars, fiction et autofiction. Qu’on laisse traîner les livres dans la maison! N’importe lesquels. Mais la poésie surtout. Même si ces bouquins n’intéressent pas leur propriétaire, il pourraient intéresser quelqu’un d’autre. Et leur sauver la vie (ça, il l’a déjà dit sur une autre tribune). Il me donne envie de sortir de la bibliothèque mes Miron, Duguay, Lapointe, Dorion…

Sa passion est communicative et, dès la fin de l’entrevue, je cours à la librairie temporaire jouxtant le chapiteau pour acheter des livres, dont la trilogie, La bête intégrale, qui réunit ses trois premiers romans. J’avais déjà lu le premier tome, La bête à sa mère, et j’en avais été soufflée, comme en fait foi le billet publié l’an dernier.

J’ai aussi fait main basse sur un livre de poésie de Jean-Paul Daoust, Le fauve amoureux. Tango américain et sur l’essai d’Étienne Beaulieu, Splendeur au bois Beckett.

La longue marche

Je n’avais pas 30 pages de lues que j’étais déjà conquise. Je savais qu’une voix forte s’élevait pour dire des choses percutantes.

Les trois quarts du temps de Benoîte Groult m’a passionné, comme tout ce que je connais de cette auteure. 

Des femmes fortes

Ce roman met en scène trois générations de femmes observées avec une lucidité décapante par Louise Morvan, fille d’Hermine, qui à l’image de la bête du même nom ne cédait à personne, ne transigeait sur rien. Née Carteret en 1896, elle devint Mme Adrien Morvan le 23 mai 2013 et découvrit l’homme le soir même dans toute son horreur. Car elle était complètement ignorante, la jeune Hermine, ignorante mais prévenue qu’elle s’habituerait au pire sans avoir la moindre idée de la morphologie de ce « pire ». La première grande guerre, comme une bénédiction, éloigne le mari durant quelques années et laisse à la jeune femme le temps de retrouver son aplomb, de cultiver l’amour épistolaire et d’entrevoir un facette de l’amour encore plus improbable. Elle a compris la fantasque jeune femme que pour exister, elle doit accepter certaines contraintes sociales et mener sa guerre de tranchées en catimini.

Sa fille, Louise, la désespère. Elle est tout le contraire des attentes d’Hermine. La petite est docile, soumise, gourde. Malgré tous les efforts d’Hermine pour en faire une fille forte, Louise tombe en amour d’un jeune homme tuberculeux et plus tard, d’un séducteur invétéré. Car Louise rejette les stratégies maternelles. Simuler la soumission, elle n’en est pas capable. Elle croit plutôt à la coopération, à la bonne volonté, à la persévérance. L’amour lui semble plus important que tout.

La longue et lente marche

À travers ces deux personnages, et les filles de Louise, c’est l’évolution de la condition des femmes du 20e siècle qui est revisitée. D’abord avec Hermine, dans son désir très fort d’exister à une époque où la condition féminine était un corset lacé très serré, à la limite de l’asphyxie. Puis avec Louise, qui mettra beaucoup de temps à se trouver elle-même, et à laisser poindre l’être que sa puissante mère n’avait peut-être pas aidé à advenir. Enfin les filles de Louise dont la vie est à peine effleurée nous permettent d’entrevoir les mutations de la lutte toujours nécessaire dans les années 80 (comme en 2019 !) pour une réelle égalité.

Une grande écrivaine

La voix de l’auteure est puissante, sa plume alerte. Certains écrivent avec élégance. Benoîte Groult écrit dans l’urgence de dire. Elle mord aussi, mais avec un humour noir et jubilatoire.

Extrait

Bientôt Louise ne serait plus une jeune veuve mais une femme seule, de celle que l’on n’invite pas volontiers dans les ménages bourgeois ; puis elle basculerait, la trentaine venue, dans les limbes où sont reléguées les vieilles filles, véritable caste hindoue où avait végété toute sa vie celle que l’on n’appelait plus que « cette pauvre Jeanne », parmi les vierges flétries, marquées pour toujours par la honte de n’avoir pas été distinguées par un homme et qui ne servent désormais, sortes de bonnes sœurs sans Dieu, qu’à soigner les moribonds, enseigner le catéchisme et garder leurs neveux et leurs nièces. 

La difficile coexistence

Si ce roman examine la condition des femmes sous une multitude de facettes, la grande question me semble être celle de la coexistence. Comment concilier le désir d’aimer et d’être aimée tout en existant comme être libre ? Comment sortir des mille pièges qui guettent les femmes ayant, comme les hommes, le désir de s’exprimer, de réussir ? Comment déconstruire les réflexes si profondément ancrés qui en font d’éternels adversaires ?

Rien n’est définitivement gagné

On pourrait croire que ces considérations évoquées dans un roman vieux de près de 40 ans sont complètement dépassées, que plus rien n’entrave la marche en avant des filles d’aujourd’hui. Pourtant, bien des hommes sont encore démoralisés si leur femme connaît davantage de succès professionnel qu’eux et bien des filles instruites et volontaires peinent à dénicher un compagnon de vie. Et qu’une femme ose se différencier, parler haut et fort de ce qui dérange, et la haine se déchaîne sur les réseaux sociaux avec une virulence et une violence à faire frémir ! C’est pourquoi je dirais que ce roman n’a pas pris une ride.

Benoîte Groult, Les trois quarts du temps, Livre de poche, 1983, 542 pages.

Voyage dans les univers

Le travail, la pêche, le premier anniversaire de mon petit-fils, autant de bonnes raisons qui ne m’ont pas empêchée de lire, mais d’écrire mes comptes rendus, ça oui ! Voici donc un mot de mes quatre dernières lectures. Voyage dans les univers des auteurs.

Un étrange objet

Hanna Renström, poussée par sa mère, fuit le froid et la misère de sa Scandinavie natale en s’engageant comme cuisinière sur un bateau. Lors d’une escale en Afrique, elle débarque, se cache de l’équipage qui la recherche et laisse le navire repartir sans elle. Un paradis trompeur. Rien ne l’avait préparée à vivre au Mozambique en ce début de 20e siècle, et, deux fois veuve, à devenir riche à son corps défendant.

Cette œuvre de Mankell n’a pas su me conquérir totalement. Pourquoi ? Je n’en sais rien. L’histoire est insolite et surprenante. Le style est dépouillé, précis, un peu froid peut-être. Il y traite d’un de ces thèmes récurrents, l’arrogance des Européens à l’époque coloniale. Et du destin aussi, qui se joue à sa guise des rêves de chacun.

Pour en savoir davantage, je vous réfère à cet article du journal Le Monde.

Henning Mankell, Un paradis trompeur, Seuil, 2013

Un thriller tout en douceur

J’aime beaucoup Thomas H. Cook. Pour son écriture fine et classique, pour son talent à créer des atmosphères nostalgiques, mystérieuses. 

Les feuilles mortes nous transporte dans une famille américaine que le père, Eric Moore, croit heureuse et indestructible. Or la disparition d’une petite fille, la nuit même où Keith, son fils, la gardait, viendra en bouleverser chacun des membres. Soupçonné de l’avoir enlevé et probablement tué, le fils nie. Sans en être profondément convaincu, le père fera tout pour le défendre et protéger du même coup l’image idyllique et fausse qu’il se faisait de sa vie. 

Par petites touches habiles, l’auteur dépouille le père de ses illusions, redessine un tableau plus réel. L’enquête policière est surtout un prétexte pour explorer la relation père-fils.

Ce que d’autres en pensent.

Thomas H. Cook, Les feuilles mortes, Gallimard, 2008, 320 pages

Histoire et hémoglobine

Changement total de ton et d’univers : Vendetta du maître du polar, R. J. Ellory.

Cet opus met en scène un hitman, un tueur à gages, Ernesto Perez, qui aura réussi à survivre dans un monde sans pitié. Vendetta est le récit d’un homme vieillissant et d’une vengeance longuement mûrie. Son histoire est aussi celle de la mafia américaine, de La Nouvelle-Orléans en passant par Cuba, Miami, New York, Chicago. Ça saigne dans ces pages. Faut avoir le cœur bien accroché. Mais ça en vaut la peine.

Des commentaires de lecteurs.

R. J. Ellory, Vendetta [« A Quiet Vendetta, 2005 »] (trad. de l’anglais par Fabrice Pointeau), Paris, Sonatine Éditions, 2009, 651 p.

Histoire de famille

Enfin, retour à l’Amérique avec la radiographie d’une famille de la classe moyenne (des femmes de la famille, en fait). L’action se passe dans le Massachussetts et dans le Maine. L’auteure : J. Courtney Sullivan.

Ce livre hors norme est ma première rencontre avec cette auteure dont l’habileté à décortiquer les sentiments des unes et des autres m’a vraiment impressionnée. Maine a réussi à maintenir mon attention durant 594 pages dans lesquelles il ne se passe quasiment rien, du moins en termes de péripéties et de rebondissements. Non, il ne s’agit que des relations pour le moins difficiles entre une mère, ses filles et une de ses petites-filles, qui gravitent autour d’une maison de bord de mer, dans le Maine. Des conflits, des vacheries, des peines, des incompréhensions, un peu beaucoup d’alcool. Et les masques qui s’effritent.

Un commentaire étoffé d’une blogueuse de WordPress.

J’ai bien aimé. Pour amateurs d’histoires lentes et de dissections patientes.

J. Courtney Sullivan, Maine, Le livre de Poche, 2011, 594 pages 

Lecture de voyage (fin)

Grisham, encore. L’héritage de la haine (titre original : Le couloir de la mort), paru presque 20 ans avant L’ombre de Gray Mountain, partage cependant avec celui-ci quelques points communs. Un jeune juriste, Adam Hall, et une jeune avocate, Samantha Kofer, peu expérimentés, mais brillants et idéalistes, quittent pour des raisons différentes leur prestigieux employeur, dans un cas de New York, dans l’autre de Chicago, pour adopter une cause en rupture avec leur plan de carrière.  Alors que Samantha est happée par la dure réalité des victimes de l’industrie du charbonnage, Adam s’engage volontairement dans la défense d’un condamné à mort.

Le propos

Adam Hall quitte donc Chicago pour prendre en charge la défense de Sam Cayhall, ancien membre du Ku Klux Klan, reconnu coupable d’avoir fait sauter le bureau d’un avocat juif travaillant à la défense des Noirs et tuant du coup ses deux petits garçons. Le lecteur sait d’entrée de jeu que Cayhall n’était que l’assistant de l’artificier et que l’explosion devait se produire en pleine nuit. Dans les sales opérations racistes auxquelles il avait participé, aucune vie ne devait être mise en danger. Il s’agissait de menacer, d’intimider, non de tuer. Cependant, l’artificier avait un autre plan en tête et avait installé un retardateur sur la charge de dynamite. Étrangement, peut-être en raison d’un serment de loyauté, Sam Cayhall refusera toujours d’incriminer son complice et portera seul l’accusation qui lui vaudra une condamnation à mort. 

Ce qu’on apprend assez rapidement, c’est que Adam Hall s’appelait plutôt Alan Cayhall à la naissance, que Sam est son grand-père. À l’annonce du verdict, Eddie Cayhall, le père d’Adam, se suicide. Les funérailles sont l’occasion pour Lee, la sœur d’Eddie, de révéler la vérité à son neveu sur son identité. 

Extrait

Tante Lee, assise avec Adam au bout de la jetée, regardant le soleil s’enfoncer dans le Pacifique, finit par lui parler de son grand-père, Sam Cayhall. Comme les vagues déferlaient doucement en contrebas, Lee expliqua à Adam que, bébé, il avait vécu un certain temps dans une petite ville du Mississippi. Elle lui tenait la main et de temps en temps lui caressait le genou tandis qu’elle lui révélait la triste histoire de leur famille. Elle fit un rapide résumé des activités de Sam en tant que membre du KKK, de l’attentat du cabinet Kramer et des procès qui devaient envoyer son propre père dans le quartier des condamnés à mort. Son récit était loin d’être exhaustif, mais elle exposa les points forts avec énormément de délicatesse.

Toujours fidèle à lui-même et bien documenté, Grisham s’attaque à des questions épineuses de la société américaine : la peine de mort, le racisme militant à la fin des années 60, les progrès réalisés au début des années 80 à ce chapitre, les dérives dans la pratique du droit. Ce roman, c’est aussi la quête de l’identité d’un jeune homme qui a grandi dans l’ignorance de ses origines et le traumatisme des terribles révélations que lui feront sa tante et son grand-père. C’est enfin un roman sur le pardon. 

Cette histoire a été portée à l’écran, mais la bande-annonce me laisse l’impression de profondes modifications pour faire un film d’action hollywoodien alors que le récit de Grisham est tout en retenue.

John Grisham, L’Héritage de la haine, Robbert Laffont, 1995 pour la traduction française, 444 pages

Lecture de voyage (suite)

De Victoria à Vancouver, j’ai dévoré un John Grisham que des amis m’avaient chaudement recommandé: L’ombre de Gray Mountain. Si le titre évoque une aventure sentimentale dans un décor idyllique, le propos de l’auteur est tout autre. Pas de romance dans cette œuvre aussi noire que les poumons des travailleurs du charbon et que la conscience des magnats du charbonnage, du moins ceux que l’auteur met en scène. Lequel, soit dit en passant, aime faire œuvre utile en s’adonnant à la fiction et signe des romans engagés et très documentés.

Nous sommes en 2008. La crise des surprimes sévit. Samantha Kofer, jeune avocate brillante et ambitieuse, est remerciée de ses services par une grande firme d’avocats qui œuvre dans le domaine de l’immobilier. Le «deal» qu’on lui propose est de consacrer un an à faire du bénévolat comme avocate, le temps que la crise s’estompe et qu’on puisse la réengager. Sonnée, déboussolée, Samantha se retrouve dans un trou perdu des Appalaches où elle prend la mesure d’une sombre réalité de son pays, soit l’exploitation du charbon à ciel ouvert et ses dommages collatéraux – les victimes de la pneumoconiose du mineur de charbon, la contamination de la nappe phréatique, la destruction du paysage, pour n’en nommer que quelques uns. Samantha sera entraînée malgré elle dans la guerre que mènent quelques avocats locaux peu argentés mais plutôt téméraires contre les riches et invulnérables compagnies du charbonnage.

Dès qu’une compagnie minière a le feu vert, c’est de la folie. Elle ne pense qu’au charbon, rien d’autre ne compte. Ils détruisent tout sur leur passage: les forêts, le bois, la faune, la flore. Et ils éliminent quiconque se met en travers de leur chemin – les propriétaires, les habitants, les inspecteurs du travail, les politiciens, et surtout, bien sûr, les contestataires et les écologistes. C’est une véritable guerre et on ne peut pas être neutre.

Comme d’habitude, le style de Grisham est direct, précis, sans effet de robe. Son but est tout autant de raconter une bonne histoire que de révéler à ses concitoyens et au monde entier les dérives d’une industrie délétère. Et c’est pleinement réussi.

John Grisham, L’ombre de Gray Mountain, JCLattès, 2015.

Lectures de voyage

Un petit mot, en vitesse, depuis Victoria B.C., au sujet de mes lectures de voyage. En prévision d’un périple d’une quinzaine de jours dans l’Ouest canadien, j’avais téléchargé deux bouquins sur ma liseuse. J’ai commencé à lire le premier à l’aéroport de Québec et l’ai terminé au dessus du Manitoba. 😳

Il s’agit de Amsterdam de Ian McEwan, un auteur que j’aime beaucoup. Deux amis de longue date se retrouvent au décès de leur ex-maîtresse commune. Vernon Hallyday est rédacteur en chef d’un journal, Clive Linley, compositeur de musique. Chacun est ambitieux, imbu de lui-même, préoccupé de son succès au point de marcher sur ses propres valeurs morales tout en défendant à tout crin ses agissements. Or les circonstances les entraîneront à Amsterdam, dans un spirale infernale.

Comme à son habitude, McEwan prend son temps, préfère les détails aux rebondissements, construit avec minutie les rouages par lesquels ses personnages seront happés. Amsterdam n’est mon livre préféré de cet auteur, mais ça reste une lecture captivante.

Mon deuxième bouquin a duré un peu plus longtemps, mais pas assez pour agrémenter mon voyage de retour. Je n’avais jamais lu Liane Moriaty, mais j’avais son nom inscrit dans ma liste de livres. Un peu, beaucoup, à la folie met en scène trois couples, plus ou moins voisins et qui se retrouvent pour un barbecue qui bouleversera la vie de chacun des protagonistes. On sait d’entrée de jeu que les choses ont mal tournées lors de cette fatidique soirée. De chapitre en chapitre, d’un aller retour constant entre le présent et ce passé si récent, l’auteure décrit la journée depuis son début, du point de vue de chacun des personnages, ce qui inclue aussi une jeune fille de 10 ans, distillant les indices à la manière du supplice de la goutte d’eau.

La force de Moriaty, c’est la psychologie fouillée des personnages, leur caractère distinct, leur complexité, leurs ambiguïtés, leur colère et leur tendresse. Intéressant.

Pour ma dernière semaine, j’ai téléchargé L’ombre de Gray Mountain de John Grisham, qu’on m’a chaudement recommandé. Je vous en reparlerai.

Deux fruits de ma récolte

Du bonbon

Parmi ma récolte de livres, lors de la grande vente annuelle de la Bibliothèque de Québec, je suis tombée sur Les Dames de Rome de Françoise Chandernagor sans réaliser qu’il s’agissait de la suite d’un roman que j’avais beaucoup aimé : Les Enfants d’Alexandrie. Alors que ce premier tome nous faisait vivre la dernière année de gloire de Cléopâtre à travers le prisme de sa seule fille, Séléné, la suite nous plonge au cœur du règne d’Octave Auguste. Cléopâtre et Marc Antoine, vaincus, se sont donné la mort. Le frère aîné et futur époux de Séléné a été assassiné et les enfants survivants ont été amenés à Rome pour y être exhibés et exécutés. Mais c’est compter sans Octavie, la sœur d’Octave, qui convainc celui-ci de lui laisser les enfants. Celle qu’on appelle la première dame de Rome collectionne les marmots. C’est donc parmi une meute de frère, demi-sœurs, cousins, cousines, étrangers, que Séléné vivra de 10 à 20 ans, dans une sorte de captivité sans barreau, mais surtout sans avenir, elle, la fille de la reine maudite.

Encore une fois, l’auteure marie avec bonheur histoire et fiction.

À la fin du récit et presque aussi intéressantes que le roman, les notes de l’auteur, une trentaine de pages, départagent les faits historiques de la fiction. Entre deux ou plusieurs opinions des historiens, l’auteure explique ses choix. 

Pas de doute que je lirai le dernier tome de cette trilogie, L’homme de Césarée.

Françoise Chandernagor, Les dames de Rome, Albin Michel, 2012, 440 pages

Étonnante déception

Juste avant Les dames de Rome, j’ai lu, pardon, essayé de lire Un amant naïf et sentimental de John le Carré. Étonnant, mais pour la première fois, un roman de cet auteur que j’adore m’est tombé des mains après une centaine de pages. Juste pour votre bénéfice, des fois que ce genre de livre vous ferait saliver, en voici quelques bribes. Un riche industriel anglais visite, en cachette de sa femme, un manoir décrépit qu’il souhaite acquérir. La maison est squattée par un couple absolument étrange. Une relation improbable s’établit entre les trois protagonistes, donnant lieu à des échanges presque surréalistes. Et ça dure sur une centaine de pages… Je ne vous en dis pas davantage, sinon que même la couverture du livre me déplaît.

J’aurais aimé vous mettre un lien vers une critique littéraire plus instructive que ces quelques mots, mais elles ne sont pas légion.

John le Carré, Un amant naïf et sentimental, Seuil, 1972, 475 pages 

La promesse rompue

Antonine Maillet a rompu une promesse. Bien qu’elle avait juré de ne jamais entrer [elle]-même dans la galerie de [s]es créatures, la voilà qui publie ce récit de vie, ces récits plutôt, sous forme de 21 brefs chapitres qui peignent des expériences significatives, depuis la petite enfance jusqu’au grand âge. Ce Clin d’œil au Temps qui passe, c’est le cadeau qu’elle s’offre, et nous offre, pour souligner ses 90 ans. Pour notre plus grand bonheur !

C’est du Antonine Maillet pur jus, avec sa langue truculente et indomptée, sa poésie facétieuse, son regard unique sur les gens et les choses. Deux extraits pour vous mettre l’eau à la bouche.

Extrait

J’admets toutefois que ma propre vie galopait à vitesse excessive. Tout ce temps à rattraper, quelle chevauchée ! J’ai eu l’impression de vivre la décennie 1970 juchée sur un fougueux cheval de bataille. Plus le temps de couper les cheveux en quatre, ni d’attendre que le fer soit chaud avant de la battre, ni de remettre les bœufs devant la charrue. Trop de chats à fouetter, j’ai lâché les proverbes. Et j’ai fermé les yeux puis fouillé l’arrière de mon cerveau, comme en cet instant qui avait précédé la naissance de la Sagouine. Il était là, le Temps qui passe, le gong au bout du bras, prêt à sonner les heures, les minutes, les secondes, demi-secondes, le présent… le seul trésor que je possédais : l’instant présent. Et, encore un coup, j’ai arrêté le Temps qui m’a rendu sur l’heure trois syllabes : Pé-la-gie

On se souviendra (ou en apprendra) qu’Antonine Maillet a décroché le Goncourt avec ce roman : Pélagie-la-Charrette.

À propos de l’irruption de La Sagouine (un petit extrait pour le bonheur des oreilles) sur les planches du Rideau Vert…

Extrait

On a déjà amplement parlé de la suite. Mais ma suite à moi, mon moi-moi qui n’avait pas fini de sécher sur la corde à linge, qui ballottait aux vents de nordet et de suroît, se faufilait entre les souvenirs et les rêves, entre la prose et la poésie de l’existence, ce moi-là venait d’apercevoir de minuscules failles dans l’horizon. Les petits de taille ont d’ordinaire l’avantage de l’œil prime et de l’oreille bien pendue. Du nez surtout, le sens le plus aigu chez les gens de ma profession. Comment voudriez-vous qu’on puisse sentir autrement l’avenir du bon bord.

Voilà, je n’en révèle pas plus. Du bonbon.

Antonine Maillet, Clin d’oeil au Temps qui passe, Léméac, 2019, 171 pages

Profondeur du mal-être

Quand la sonde ne rencontre que de l’absence

De tous les romans d’Henning Mankell que j’ai eu le bonheur de lire, Profondeurs me semble le plus sombre. Le personnage principal, Lars Tobiasson-Svartman, hydrographe, est aussi glaçant que la Baltique qu’il sonde, à la recherche des routes maritimes où pourront se camoufler les navires suédois en cas d’urgence. Nous sommes en 2014. La guerre est imminente. La Russie et l’Allemagne jouent au chat et à la souris au large des côtes de la Suède qui vacille entre engagement et neutralité. Alors Lars plonge sa sonde, son objet fétiche, et mesure la profondeur des fonds marins, comme il mesure toute chose. Un véritable trouble obsessif compulsif, doublé d’une violence à peine contenue, d’une absence aux autres et à lui-même.

La plus grande distance à laquelle je dois me mesurer, c’est celle qui me sépare de moi-même. Où que je sois, la boussole pointe de toute part vers l’intérieur de moi-même.

Toute ma vie j’ai usé de faux-fuyants et de détours pour essayer d’éviter de me retrouver face à moi-même.

Je ne sais pas du tout qui je suis, et je ne veux pas le savoir.

Lars est marié à Kristina Tacker qu’il croit aimer, bien qu’il soit conscient de sa fragilité et de la précarité de leur union.

Sa vie est un lent naufrage, pensa-t-il. Un jour, elle m’entraînera avec elle vers le fond. Un jour, elle ne sera plus le couvercle posé sur le gouffre où je vacille.

Or, voilà qu’un jour, en sondant les échancrures de la côte, il aborde une petite île d’allure sauvage et y découvre une veuve, Sara Fredrika, qui y subsiste à la force de ses bras et de son désespoir. Lars devient obsédé par cette femme. Commence alors une relation épisodique qui entraîne tous les personnages dans une dangereuse spirale.

La marque des grands

Par son style limpide et efficace, par l’habile évocation de détails qui n’ont rien d’anodin, par l’attention portée au choix des mots, Mankell crée une atmosphère angoissante qui nous étreint du début à la fin du récit. Comment arrive-t-il malgré tout à nous inspirer une certaine sympathie pour ce personnage odieux à bien des égards ? Peut-être parce que l’auteur sait aussi nous en dévoiler l’extrême vulnérabilité et sa lutte intérieure contre la redoutable menace du monde extérieur.

Si vous aimez les romans faisant la part belle à l’intériorité des personnages plutôt qu’aux rebondissements, ce livre vous plaira.

Henning Mankell, Profondeurs, Seuil, 2008, 344 pages

D’autres critiques chez Télérama, chez Mediapart et Radio-Canada

Vaticanum

En bref

Un pape qui n’est pas nommé (mais on ne peut s’empêcher de penser à François) est enlevé par une cellule de la République islamique. Il n’en faut pas plus pour que beaucoup prêtent foi aux prophéties selon lesquelles le pape actuel serait le dernier. Il se trouve que l’historien et cryptanalyste, Tomás Noronha, bien connu des lecteurs de J. R. Dos Santos, venait tout juste de se voir confier par le Saint-Père une enquête informelle sur un vol de documents dans les locaux du Vatican. Tomas se plonge aussitôt, tête baissée, dans la recherche du pape, recherche ponctuée d’obstacles et de découvertes surprenantes sur la marche des affaires à la Banque du Vatican.

Haletant

Vaticanum, du prolifique Dos Santos, nous entraîne dans une course contre la montre véritablement haletante. Mais qui connaît cet auteur sait que son premier but est pédagogique. Mêlant fiction et réalité, il tente, dans ses romans, de faire le tour d’un dossier, ici les pratiques criminelles de certains grands argentiers de l’Église. La masse d’information que Dos Santos veut livrer à ses lecteurs a parfois pour effet de ralentir la cadence du récit et même de provoquer des invraisemblances, notamment sur le plan temporel. Ceci étant dit, j’ai dévoré cette histoire malgré les changements de rythme et quelques tics d’écriture un peu agaçants à la longue.

Extrait

Nous sommes devant une absence absolue de contrôle des dépenses, bon nombre desquelles n’ont d’ailleurs aucun sens pour une institution qui a vocation à aider les pauvres. Les cardinaux de la curie, par exemple, vivent confortablement dans des logements luxueux de quatre cents à six cents mètres carrés, dans les quartiers les plus chers de Rome. Leurs appartements ont des salles d’attente, des antichambres, des salles de réception, des salons de thé, des salles de prières, des bureaux, des bibliothèques…

Mise en garde

Le tableau que dresse Dos Santos de la gestion des finances du Vatican, tableau rigoureusement appuyé par une documentation exhaustive, achève de miner la crédibilité d’une Église dont les méfaits sexuels ne cessent de remonter à la surface. Avis aux lecteurs réticents à remettre en question leur estime de cette antique institution.

J. R. Dos Santos, Vaticanum, HC Éditions, coll. Pocket, 2017 pour l’édition en langue française, 740 pages

L’ignorance

Je ne sais plus d’où me vient ce petit livre de Kundera, L’ignorance. On me l’a sans doute donné… Pas certain que je l’aurais acheté, n’étant pas particulièrement entichée de cet auteur par ailleurs adulé par tant de lecteurs. Je me souviens d’avoir lu L’insoutenable légèreté de l’être sans pour autant avoir été conquise. La sensibilité des écrivains et des lecteurs n’est pas toujours compatible. Et c’est tant mieux ! 

En bref

Ceci étant dit, j’ai bien aimé L’ignorance, petit roman sur l’exil, sur la mémoire. Après la chute du communisme en Tchécoslovaquie, deux expatriés reviennent visiter leur famille et leurs amis, voyage qui les confronte à leur départ et au possible retour. Le récit est surtout le fait des réflexions intimes de l’un et de l’autre, de leur ambivalence, de leur compréhension des années d’exil revues à la lumière du présent. Il en résulte un texte d’une simplicité et d’une complexité extrêmes, tout ensemble concis et foisonnant, réduit à l’essentiel et cependant fourmillant de significations, de suggestions, de surprises et de digressions de toutes sortes […] écrit François Ricard, dans la postface.

Extrait

Depuis son séjour à l’hôpital de montagne, la viande lui rappelle que son corps peut être découpé et mangé aussi bien que le corps d’un veau. Bien sûr, les gens ne mangent pas de chair humaine, cela les effraierait. Mais cet effroi ne fait que confirmer qu’un homme peut être mangé, mastiqué, avalé, transmué en excréments. Et Milada sait que l’effroi d’être mangé n’est que la conséquence d’un autre effroi plus général et qui est au tréfonds de toute la vie : l’effroi d’être corps, d’exister sous la forme d’un corps.

L’expérience du lecteur

De la postface de Ricard, je retiens aussi cette réflexion qui a jeté une lumière bienvenue sur ma propre expérience de lectrice.

Ce tour de force formel que constituent les romans français de Kundera n’est pas seulement une grande innovation sur le plan esthétique. C’est aussi la solution nouvelle qu’apporte un artiste chevronné à ce qui constitue l’un des problèmes séculaires du roman : la mémoire limitée et défaillante du lecteur. Lire un roman, en effet, c’est toujours plus ou moins le « dévorer », c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, oublier ce qu’on lit à mesure qu’on le lit, négliger le détail des phrases, des scènes et des pensées, si frappantes qu’elles nous paraissent sur le coup, pour n’en retenir qu’un pâle résumé permettant la poursuite de notre lecture. De sorte que, malgré la meilleure volonté du monde, nous sommes fatalement des lecteurs myopes et distraits. Et nous le sommes d’autant plus que le temps de notre lecture s’allonge et que le contenu du roman que nous lisons est riche et varié.

Kundera, L’ignorance, Gallimard, coll. Folio, 2003 pour l’édition française, 237 pages

Le lauréat, le maître et la star

Le lauréat

Dernier opus de mon merveilleux cadeau de Noël, Sept vies, dix-sept morts est un recueil de nouvelles auréolé du Prix du livre d’Ottawa. Alain Bernard Marchand y conjugue la filiation et la mort en plusieurs temps et divers lieux.

Je ne suis pas particulièrement amatrice de nouvelles, heurtée par la disparition trop rapide de personnages auxquels j’aurais aimé m’attacher. Agréable à lire, ce bouquin ne me laissera pas un souvenir impérissable malgré le soin que son auteur a mis à l’écrire.

Extrait

La chambre chaulée louée chez le tavernier, les volets percés d’ancres de la petite fenêtre par où elle voyait partir et revenir les bateaux, les draps qui sentaient le thym sauvage entre lesquels s’était glissé le garçon de café à côté d’elle. Les fous rires qu’ils avaient quand le pope à barbiche passait les mains dans le dos devant les bustes de marbre de l’échoppe de souvenirs. Les poèmes de Theodorakis qu’il lisait à plat ventre dans le sable chaud en élevant et baissant la voix. Les baignades tout de suite après dans une eau indiscernable du ciel. Ces images, comme la jeunesse, n’avaient duré qu’une saison, mais s’étaient gravées dans sa mémoire.

Alain Bernard Marchand, Sept vies, dix-sept morts, Les herbes rouges, 2018, 201 pages

Le maître

Philip Roth. J’avoue que j’éprouvais une certaine appréhension à me frotter à l’œuvre de ce maître, et pour cause. Car elle est complexe et exigeante. Mais quel bonheur de lecture tout de même ! La tache est ma première incursion dans le corpus de ce grand écrivain américain mort en mai 2018, laissant derrière lui un recueil de nouvelles et 22 romans.

En bref

La tache raconte l’histoire de Coleman Silk, professeur et doyen d’université d’une petite ville américaine, poussé à la démission par des accusations de racisme basées sur une mésinterprétation des faits. Après une période de révolte intense, le septuagénaire tombe en amour avec une femme de ménage de l’université, de moitié son âge, offrant ainsi à ses détracteurs une autre bonne raison de le dénigrer. Cet amour sera aussi l’occasion pour lui de partager un secret sur sa véritable identité…

Peu de suspense dans ce long récit aux nombreuses digressions. Mais un portrait sans concession de ce que Roth appelle la tyrannie des convenances.

Extrait

En ce milieu d’année 1998, lui-même demeurait incrédule devant le pouvoir et la longévité des convenances américaines ; et il considérait qu’elles lui faisaient violence ; le frein qu’elles imposent toujours à la rhétorique officielle ; l’inspiration qu’elles procurent à l’imposture personnelle ; la persistance presque partout de ces sermons moralisateurs dévirilisants […] 

Philip Roth, La tache, Gallimard, coll. Folio, 2002 pour la traduction française, 480 pages

La star…

… n’est nul autre que Guillaume Musso, l’auteur actuellement le plus lu par les Français. Un écrivain que sa trop grande popularité me faisait considérer avec méfiance et auquel je ne m’étais jamais intéressé avant la sortie de son dernier roman : La vie secrète des écrivains. Ce n’est cependant pas ce titre intrigant qui me l’a fait acheter, mais l’étonnement admiratif de François Busnel, animateur de La grande librairie, étonnement qui laissait percer un déficit d’estime pour cet auteur. Ceci étant dit, je me suis laissée influencer et je ne l’ai pas regretté.

En bref

Le très mystérieux Nathan Fawles a abruptement cessé d’écrire vingt ans plus tôt après que ces trois premiers romans lui aient apporté la gloire. Il vit retiré dans une maison peu accessible, sur une île de la Méditerranée, et reçoit les importuns à coups de fusil. Cependant, le meurtre sordide d’une femme retrouvée sur une des plages de l’île obligera l’écrivain à sortir de sa réserve et à faire face à son destin.

La vie secrète des écrivains constitue un tour de force nous offrant à la fois un polar implacable, au récit serré et nerveux, et une démonstration plus que brillante des mécanismes de l’inspiration qui préside à l’écriture d’un roman, et ce, sans lourdeur aucune. Les réflexions de l’auteur sur les vertus de la lecture et sur les exigences de l’écriture courent tout au long du livre et en lient les composantes. Chaque chapitre s’ouvre sur la citation d’un auteur célèbre pour ensuite en faire la démonstration, mine de rien. Les références littéraires foisonnent sans nuire jamais à la tension montante du drame. 

Ce roman de Musso est jouissif tant pour l’adrénaline qu’il nous injecte, nous incitant à sauter des mots, voire des bouts de phrases au complet, que pour l’agilité avec laquelle l’auteur s’amuse à démonter devant nous les rouages de la fiction. Très fort.

Extrait

Soudain, une nuit polaire s’abattit sur Fawles. Alors il comprit tout et se sentit en très grand danger.

Très vite, il se leva pour rejoindre le salon. Au fond de la pièce, à côté des racks métalliques qui servaient de porte-bûches, se trouvait le meuble taillé dans du bois d’olivier dans lequel il rangeait son fusil. Il ouvrit le placard et constata que l’arme n’était plus à sa place. Quelqu’un s’était emparé du fusil orné du Kuçedra. L’arme maudite, celle de tous les outrages, celle qui était à la source de tous ses malheurs. Il se rappela alors cette vieille règle d’écriture : si un romancier mentionne l’existence d’une arme au début de son récit, alors un coup de feu sera obligatoirement tiré et l’un des protagonistes mourra à la fin de l’histoire.

Comme il croyait aux règles de la fiction, Fawles eut la certitude qu’il allait mourir. Aujourd’hui même.

Une seule critique : le roman est trop court. 

Guillaume Musso, La vie secrète des écrivains, Calmann Levy, 2019, 348 pages

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