Il était une fois…

Un certain sentiment de ridicule m’escortait secrètement à cette sortie. Moi, la quasi-sexagénaire, j’allais entendre quatre septuagénaires entonner leur hymne à la nostalgie d’une époque révolue. J’anticipais avec gêne et plaisir le bain de souvenirs dans lequel je m’apprêtais à plonger avec volupté. Car cette musique, c’était toute ma jeunesse, que dis-je, toute ma vie!

D’entrée de jeu, le décor créait l’ambiance : filets de pêche, cage à homard, guitares en abondance, bougie plantée dans une bouteille de chianti. On ne se faisait pas d’illusions, la mémoire venait de reculer son horloge d’un demi-siècle… Ce qui ne dépoussiérait pas ces têtes grises qui détaillaient la mise en scène d’un regard amusé, goguenard ou railleur.

Puis ils sont arrivés, à tour de rôle, humblement, comme timidement, avec leur incontournable guitare et leurs airs impérissables. L’eau m’est montée aux yeux. Mon embarras s’est évanoui.

Bien sûr, la nostalgie était au rendez-vous. Bien sûr, je revivais une jeunesse esquintée sans pitié par le passage du temps. Mais les regrets comptaient pour peu dans les émotions intenses qui m’envahissaient.

Ces chansons qui avaient presque mon âge m’apparaissaient fraîches comme au premier jour, éternellement printanières, en elles, en nous. Et chacune soulevait les réminiscences de centaines d’autres qui résonnaient encore aux quatre coins de la mémoire.

Et ces ambassadeurs de la chanson, ces créateurs de parole, ces porteurs d’histoires, ces hommes sur qui le temps était passé sans les traverser, sans les terrasser, ces gars, eh bien! je les trouvais beaux. On comprenait par les étincelles aux coins des yeux le bonheur qu’ils avaient à être là. Encore. À faire de la musique entre copains. Encore. À partager cette joie avec un public qui avait pris feu. Encore.

Et puis, il y avait les hommes qu’on devinait derrière les artistes, les amitiés derrière les anecdotes, les images que leur complicité faisait lever. Des soirées, des femmes, des enfants, une table, du vin, des rires… et de la musique. Encore.

La boîte à chansons née dans les années cinquante avait posé ses filets de pêche sur toutes les saisons des années 60. Et leurs échos avaient défié un demi-siècle sans se taire, rappelant la fougue d’un peuple qui se levait, qui se disait soudain de mille manières, sur tous les tons, par tant de voix. Toute cette musique évoquait l’avènement de sa foi nouvelle, en soi, dans un pays à sa mesure.

Il y avait de quoi avoir les larmes aux yeux. Je trouvais bon me sentir humaine dans cette célébration d’une jeunesse qui, tout compte fait, survit toujours en moi et d’un pays qui s’entête à animer mes paysages intérieurs.

S’ils passent dans votre coin, ces Moreau, Calvé, Gauthier, Létourneau et tous les autres dont ils portent le flambeau, n’hésitez pas et allez voir, écouter et chanter Il était une fois… la boîte à chansons. Laissez-vous enchanter encore une fois.

 

3 réflexions sur « Il était une fois… »

  1. Wow! je suis vraiment impressionnée Carmen. C’est très poétique, si doux, on ressent vraiment l’émotion ,ça fait sourire ! bravo, continues

    je t’embrasse
    Nadine

  2. J’y étais! J’y étais! Et c’était grandiose. Un spectacle magique, d’émotions et de simplicité que je recommande à tous de savourer… entre amis!
    Traverser sa vie en une soirée, ça demande du soutien.

    Mais le plus beau c’est de découvrir toute la beauté de ces hommes septentenaires. La vie longue est belle et réjouissante quand le coeur, le corps et l’esprit suivent. La richesse de l’émotion partagée devient vertige.

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