C’est le coeur qui meurt en dernierđŸ©·
Unknown

Je savais d’avance que je serais touchĂ©e Ă  l’os. Par le thĂšme, par le style, par la façon unique qu’a Robert Lalonde de dire les choses. Et je ne me suis pas trompĂ©e. Dernier opus d’une Ɠuvre trĂšs riche, c’est dans ce livre qu’il nous donne le mieux Ă  voir son immense talent qui n’est pas fait que de maĂźtrise technique du langage, mais surtout de prĂ©sence au monde et Ă  soi, et du courage de tĂ©moigner de cette expĂ©rience. 

C’est le cƓur qui meurt en dernier est un rĂ©cit. Celui de la mĂšre de l’auteur. Un personnage plus grand que nature, comme l’est peut-ĂȘtre toute mĂšre, en rĂ©alitĂ©. C’est de ce lien fondamental dont nous parle Lalonde. De l’extrĂȘme complexitĂ© de ce lien, de ce cordon insĂ©cable fait de tous les paradoxes et dont ne peuvent attester que les mots Ă  deux tranchants tels que tendre fĂ©rocitĂ© ou haine amoureuse. SĂ©ductrice, manipulatrice, imprĂ©visible, maĂźtre chanteur, mais aussi vulnĂ©rable, touchante, Ă©blouissante, tels sont quelques-uns des traits de celle qui est l’objet de cet hommage-rĂšglement de compte enchevĂȘtrĂ©. Volontairement aveugle aux abus du pĂšre, comme le narrateur le dĂ©couvrira dans un dĂ©lire de fin de vie de sa mĂšre qui, croyant parler Ă  son mari dĂ©cĂ©dĂ© depuis longtemps, exigera de celui-ci qu’il demande pardon Ă  son fils. Car elle savait la mĂšre. Comme toute mĂšre d’agresseur. Et Ă  ce fils qu’elle prend pour son mari, elle confie son chagrin, sa honte et son remord du malheur « qu’il avait introduit dans la maison, comme on ouvre la porte au loup. Â»

Certains livres nous font passer un bon moment, nous amusent, nous font rigoler ou trembler de peur. Celui-ci nous prodigue une grande goulĂ©e de vie, un surplus d’ñme. Notre existence est plus vraie, plus large, plus vibrante, enrichie de cette expĂ©rience humaine livrĂ©e avec une authenticitĂ© bouleversante et une grande pudeur Ă  la fois, dans une langue qui ne cesse de crĂ©er et de nous ravir :

« Tu Ă©tais tranquille, dĂ©barrassĂ©e, lĂ©gĂšre, offerte au bienheureux assombrissement des choses. Â»

« Le soir tombait, un jeune soir de trĂšs vieil automne, violet tendre et bleu aile de sarcelle. Â»

« Au fond, peut-ĂȘtre est-ce Ă  la fois fatal et tout simple et chacun doit faire comme ça : aimer, dĂ©tester, fuir, faire sa vie au loin et, Ă  la brunante, revenir, moitiĂ© attachĂ© moitiĂ© libre, moitiĂ© guĂ©ri moitiĂ© vengeur, sur les lieux du beau carnage. Â»

Heureux homme qui, parvenu Ă  cet Ăąge oĂč le pardon est parfois possible, possĂšde ce don des mots qui permettent de rendre compte de l’incohĂ©rence des sentiments — fidĂ©litĂ© et infidĂ©litĂ©, amour et dĂ©samour, gaĂźtĂ© et dĂ©senchantement, luciditĂ© et folie — et de leur rendre leur cohĂ©rence qui est de n’avoir pu ĂȘtre diffĂ©rents.


3 rĂ©ponses Ă  « C’est le coeur qui meurt en dernierđŸ©·Â Â»

  1. Avatar de Programme de lecture floridienne | Le site de Carmen Robertson

    […] moi-mĂȘme dĂ©posĂ© sur le dessus de la boite C’est le coeur qui meurt en dernier de Robert Lalonde, Prix toutes catĂ©gories de mon […]

  2. Avatar de Le 12 aoĂ»t, j’achĂšte un livre d’un auteur quĂ©bĂ©cois | Le site de Carmen Robertson

    […] Lalonde, C’est le cƓur qui meurt en dernier, « Robert Lalonde Ă©voque de façon bouleversante celle qui fut sa mĂšre, femme piĂ©gĂ©e par le […]

  3. Avatar de Trop sage plaisir | Le site de Carmen Robertson

    […] J’ai lu et aimĂ© presque tout ce qu’il a publiĂ©, avec une Ă©motion particuliĂšre pour C’est le cƓur qui meurt en dernier, son magnifique rĂ©cit portant sur sa relation Ă  sa mĂšre. Le petit voleur, c’est autre chose. […]

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