Un polar intello

Philippe Kerr s’est notamment fait connaître avec La trilogie berlinoise, regroupement de trois polars historiques prenant pour fond d’écran la période pré et post nazi en Allemagne et mettant en scène l’imparable inspecteur Gunther.

kerrUne enquête philosophique est un livre déroutant pour qui, comme moi, était quelque peu devenue accro de ses romans policiers. L’action se situe en Grande-Bretagne, dans un futur plus ou moins prochain. Les problèmes sociaux semblent s’être exacerbés avec le temps: les réfugiés ont envahi les berges de la Tamise et certains quartiers de Londres, les transformant en lieux malfamés et dangereux. Les hôpitaux ont été pour la plupart privatisés et les derniers remparts de la médecine d’État grouillent de démunis plus ou moins violents. La technologie a poursuivi son irrésistible poussée, modifiant les us et coutumes du monde du travail et de la vie privée. Le téléphone sans image est chose du passé et a été remplacé par la Nicamvision.  La recherche de sécurité dans un monde de plus en plus violent a appesanti son emprise sur la société. La répression du crime a donné jour à des peines nouvelles, à mi-chemin entre la peine de mort abolie et l’emprisonnement à perpétuité aux coûts prohibitifs : le coma punitif réversible.

C’est cette quête de sécurité qui a justifié la création du programme Lambroso, mariage des technologies et de la recherche médicale. Lambroso, c’est un répertoire d’hommes présentant un profil génétique caractéristique des tueurs en série. Les hommes concernés, identifiés à partir des multiples données détenues par les institutions, ont été invités à une rencontre au cours de laquelle leur dangerosité leur était révélée, un pseudonyme leur était attribué et des services thérapeutiques leur étaient offerts. L’un d’eux réussira à pénétrer le système réputé inviolable, à voler la liste de ceux qu’il appelle ses «frères», et entreprendra de les éliminer systématiquement. S’enclenche alors une traque menée par l’inspecteur principal, Isadora Jacowicz, ou Jake, spécialiste des meurtres en série. Et une réflexion philosophique alimentée par les délires philosophiques de notre tueur, un homme d’une grande intelligence, répondant au pseudonyme de Wittgenstein, philosophe autrichien ayant vécu au 20e siècle.

Mon ignorance en matière philosophique et mon peu d’intérêt pour ces concepts (la première expliquant sans doute le second et vice versa) ont quelque peu limité le plaisir que j’ai pris à lire ce roman de Kerr, lequel m’avait par ailleurs été chaudement recommandé par un de mes amis. Quoique limité, mon plaisir n’en a pas été pour autant éliminé. L’inspecteur Jake a du chien. Si elle déteste les hommes en raison de sa relation à son défunt père, elle n’en est pas moins professionnelle et soucieuse de justice. Les bagarres qui ponctuent habituellement les polars de l’auteur prennent ici une autre tournure. L’affrontement est intellectuel. Les coups sont portés par le discours. La vision futuriste de Kerr est parfois amusante, souvent déprimante, mais non dénudée d’intérêt. L’ensemble donne une œuvre assez originale qui plaira particulièrement à toute personne qu’allume la philosophie mise au service d’une bonne intrigue policière. Ou serait-ce l’inverse?

Philipp Kerr, Une enquête philosophique, Éditions du masque, 2011 (1992 pour ce qui est de la première édition), 349 pages (en version numérique)

 

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