Les vestiges du jour

(Article écrit fin janvier et oublié dans les Brouillons)

J’ai vu deux ou trois fois le magnifique film Les vestiges du jour, film réalisé par James Ivory, sorti en 1993, et mettant en vedette Anthony Hopkins et Emma Thompson. Je ne savais pas que ce film incomparable était inspiré du roman de Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature de 2017. Je savais encore moins que ce livre se retrouverait dans ma boîte cadeau de Noël et que j’en tirerais un tel bonheur de lecture.

vestigesStevens a passé sa vie à servir comme majordome à Darlington Hall y poussant son art jusqu’à la perfection. Il a atteint une parfaite maîtrise de ses fonctions lorsque Miss Kenton est engagée à titre de gouvernante. Ceux qui ont suivi la série Downton Abbey, sont bien au fait du rôle de ces deux personnages qui orchestrent les tâches du personnel d’une maison prestigieuse. Voici donc Miss Kenton qui fait irruption dans le quotidien de Stevens et en brouille la surface lisse par sa malheureuse propension a vouloir entrer en relation avec lui, égayer son bureau ou se montrer en désaccord avec l’une ou l’autre de ses opinions. Pourtant, le temps faisant son œuvre, Stevens s’habitue à la présence de cette gouvernante d’un aussi grand professionnalisme que lui. Leur relation semble avoir trouvé son rythme, notamment grâce à ce petit moment d’échange, à la fin de la journée, autour d’un chocolat chaud. Mais cette eau calme n’est qu’illusion. Des sentiments couvent, que ne sera pas capable d’affronter Stevens.

Le récit est le fait du majordome lui-même qui, à l’occasion d’un voyage, fait un retour sur sa vie à Darlington Hall, les événements politiques dont il fut témoin, la chute de son ancien maître dans l’opinion, l’adaptation au style du nouveau propriétaire du manoir, un désarçonnant Américain, mais surtout, sur sa relation à Miss Kenton qui a quitté le manoir depuis longtemps pour se marier. Ce voyage, elle en est le prétexte. Il a reçu d’elle une lettre qui lui laisse espérer un retour…

Toute la beauté de ce livre tient dans la capacité de l’auteur à peindre de la manière la plus subtile les sentiments violents qui tourmentent ces deux âmes, donnant lieu à des scènes tendres et touchantes, mais aussi à des instants de féroce sadisme de la part du majordome. Le tout, sous des dehors extrêmement policés. Stevens a fait de son rôle un sacerdoce, confondant l’habit et l’homme.

[…] tout majordome fier de son engagement professionnel, tout majordome qui aspire le moins du monde à posséder « une dignité conforme à la place qu’il occupe » […] ne saurait se laisser surprendre « au repos » par des personnes extérieures.

Or, tout comme l’eau entravée se creuse de nouveaux sillons, les sentiments refoulés trouvent toujours une voie pour s’exprimer.

Il se dégage des réflexions de Stevens, dans ce retour sur le passé, une poignante nostalgie bien servie par le titre même du livre, Les vestiges du jour. Un chef d’œuvre.

Le film est toujours disponible sur Tout.Tv. Je vous le recommande chaudement. Rarement j’ai vu un film aussi fidèle au texte comme à l’esprit du livre qui l’a inspiré. Poursuivez avec le livre et votre lecture en sera enrichie du décor et de l’inoubliable interprétation d’Hopkins.

Kazuo Ishiguro, Les vestiges du jour, Gallimard, 1989, 339 pages

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