Lecture de voyage (suite)

De Victoria à Vancouver, j’ai dévoré un John Grisham que des amis m’avaient chaudement recommandé: L’ombre de Gray Mountain. Si le titre évoque une aventure sentimentale dans un décor idyllique, le propos de l’auteur est tout autre. Pas de romance dans cette œuvre aussi noire que les poumons des travailleurs du charbon et que la conscience des magnats du charbonnage, du moins ceux que l’auteur met en scène. Lequel, soit dit en passant, aime faire œuvre utile en s’adonnant à la fiction et signe des romans engagés et très documentés.

Nous sommes en 2008. La crise des surprimes sévit. Samantha Kofer, jeune avocate brillante et ambitieuse, est remerciée de ses services par une grande firme d’avocats qui œuvre dans le domaine de l’immobilier. Le «deal» qu’on lui propose est de consacrer un an à faire du bénévolat comme avocate, le temps que la crise s’estompe et qu’on puisse la réengager. Sonnée, déboussolée, Samantha se retrouve dans un trou perdu des Appalaches où elle prend la mesure d’une sombre réalité de son pays, soit l’exploitation du charbon à ciel ouvert et ses dommages collatéraux – les victimes de la pneumoconiose du mineur de charbon, la contamination de la nappe phréatique, la destruction du paysage, pour n’en nommer que quelques uns. Samantha sera entraînée malgré elle dans la guerre que mènent quelques avocats locaux peu argentés mais plutôt téméraires contre les riches et invulnérables compagnies du charbonnage.

Dès qu’une compagnie minière a le feu vert, c’est de la folie. Elle ne pense qu’au charbon, rien d’autre ne compte. Ils détruisent tout sur leur passage: les forêts, le bois, la faune, la flore. Et ils éliminent quiconque se met en travers de leur chemin – les propriétaires, les habitants, les inspecteurs du travail, les politiciens, et surtout, bien sûr, les contestataires et les écologistes. C’est une véritable guerre et on ne peut pas être neutre.

Comme d’habitude, le style de Grisham est direct, précis, sans effet de robe. Son but est tout autant de raconter une bonne histoire que de révéler à ses concitoyens et au monde entier les dérives d’une industrie délétère. Et c’est pleinement réussi.

John Grisham, L’ombre de Gray Mountain, JCLattès, 2015.

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