L’impossible consentement

Le Consentement de Vanessa Springora ayant déjà fait couler beaucoup d’encre, je ménagerai la mienne.

 Rappelons qu’il s’agit du récit par l’auteure de sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff alors qu’elle n’était âgée que de quatorze ans et que son séducteur était quinquagénaire.

Vanessa Springora a, me semble-t-il, trouvé le ton juste pour évoquer ce passé trouble qui a longtemps miné ses relations aux hommes. La description factuelle des événements, de ses émotions, de ses ambivalences, mieux que toute charge accusatrice, permet de comprendre en quoi cet apparent consentement ne peut excuser les actes du prédateur. 

L’auteure cherche à cerner ce qui chez elle explique cette relation qui deviendra si dévastatrice. 

Le manque, le manque d’amour comme une soif qui boit tout, une soif de junkie qui ne regarde pas à la qualité du produit qu’on lui fournit et s’injecte sa dose létale avec la certitude de se faire du bien. Avec soulagement, reconnaissance et béatitude. ( p.88)

Sa réflexion porte aussi sur les caractéristiques de la société de l’époque qui ont permis que ce crime se déroule en toute impunité, au vu et au su de tous, puisque l’auteur en tirait profit en publiant son journal.

Le Consentement est le premier livre de Vanessa, éditrice. Ce récit se lit le cœur battant tant on sent bien dans quel filet s’empêtre et se blesse la jeune fille abandonnée par ceux, père et mère, qui avaient charge de la protéger. 

À lire aussi un intéressant article dans le journal La Presse au sujet du pouvoir de l’écriture.

Vanessa Springora, Le Consentement, Grasset, 2020, 206 pages

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