Histoire de panache

Résumé du 4e de couverture

Pamina habite en montagne avec son compagnon Nils. Elle se sait entourée par un clan de cerfs. Ceux-ci lui sont restés mystérieux jusqu’à ce qu’un inconnu, Léo, photographe animalier, construise dans les parages une cabane d’affût. Tandis qu’elle s’initie à la vie du clan, affrontant la neige, le givre, la grêle, enveloppée d’un filet de camouflage, elle nous parle de la peur de la nuit, de la magie de l’inconnu, du plaisir à guetter l’apparition des cerfs, à les distinguer, à les nommer. Mais elle nous livre aussi ce qu’elle va découvrir, un monde plus cruel que celui du règne animal…

Prédation et anthropomorphisme

Ce livre plaira à quiconque s’oppose à toute domination de l’humain sur ses congénères animaux. Mais laissera perplexes ceux qui pensent que la prédation est inhérente à la nature animale, incluant l’homme. Bien sûr, il y a prédation et prédation. La deuxième catégorie de lecteurs rejette la prédation qui a pour but de satisfaire le désir de pouvoir et de domination, mais accepte que l’homme prélève dans la nature, avec respect, ce qui est nécessaire à sa subsistance. Tout comme le coyote ou le loup satisfont leur faim à même le cheptel à panache. Bien sûr, les organismes chargés de veiller sur la survie des espèces sauvages servent parfois d’autres intérêts, ce qui est fort regrettable. Les risques d’extinction de n’importe quelle espèce animale ou végétale doit être combattus. Mais que ceux qui chassent du gibier en consomment la chair me semble dans l’ordre des choses. Et la stupéfaction de la narratrice qui découvre les lieux d’abattage m’a laissée de glace. Le gaspillage de la ressource m’aurait autrement scandalisée.

Extrait

C’était devenu une obsession. Contempler des cerfs. J’aurais aimé approcher leurs présences, connaître leurs pensées, pénétrer leurs méditations, dormir dans leurs yeux, écouter dans leurs oreilles, me glisser dans leur mufle, être leur salive verdie du suc des herbes, frémir sous leur pelage, bondir dans leurs muscles, m’enfoncer profondément dans leurs sabots, dans leur fonds d’expérience, parcourir le temps qui existe et le temps qui n’existe pas, nager dans les vapeurs qui montent des prairies ou dans celles qui montent des grottes, cinq cerfs nageant dans la brume aux parois de Lascaux, porter le poids de leur couronne, connaître une seconde, une seule, leur souveraineté, la mêler aux branches des forêts traversées, ne plus savoir si je suis cerf ou forêt en train de nager, de bondir. D’exister. (p. 73)

Les descriptions lentes et méditatives m’ont parfois charmée, les velléités anthropomorphiques de l’auteure m’ont par contre ennuyée. Et je n’ai pas encore bien compris ce qui a valu le prix Décembre à cette œuvre.

Pour ceux que ce livre charmera, lisez cet article du journal Le Temps qui est allé à la rencontre de l’auteure pour parler de l’oeuvre.

Claudie Hunzinger, Les grands cerfs, Grasset, 2019, 191 pages

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