D’un couvert à l’autre

Autrefois, au nord

Étonnant et très crédible ce magnifique roman qui met en scène une jeune femme inuite à l’époque pas si lointaine où les habitants du grand Nord américain n’avaient pas encore été arrachés à leur mode de vie ancestral, bien que la menace venue du Sud s’approchait sournoisement.

Un matin, la banquise se fracture et emporte la jeune femme. Séparée de sa famille, celle-ci nous raconte ses errances, ses rencontres, ses amours, sa quête d’identité. On partage son quotidien, ses croyances, les tâches traditionnelles dévolues aux femmes, mais également la chasse dont notre héroïne n’entend pas se faire exclure. On assiste à la construction des igloos tout comme de celles des campements d’été. On partage les moments d’abondance comme les famines. Une incursion passionnante dans un univers en grande partie disparue.

Bérengère Cournut, De pierre et d’os, Le Tripode, 2019, 220 pages

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L’homme et l’enfant

Dernier bouquin de mon fabuleux cadeau de Noël, Histoire d’enfant est une minuscule plaquette, oeuvre d’un des deux récipiendaires du prix Nobel de littérature 2019, Peter Handke. Le narrateur, c’est l’homme qui, séparé de sa femme, élève seul une petite fille nommée l’enfant, dont il avait instamment espéré la venue. Mais élever un enfant, et seul de surcroit, n’est pas chose aisée. L’homme expérimente, pêle-mêle, l’attachement, l’amour, la jalousie, la déprime. Un livre touchant écrit de main de maître.

Peter, Handke, Histoire d’enfant, Gallimard, 2019, 103 pages

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Ineffable Amérique

Philip Roth a tracé de l’Amérique un portrait lucide et sans compromis. Dans Indignation, nous suivons les pas de Marcus, fils d’un boucher kasher de Newark. Marcus a vécu une enfance et une adolescence heureuse dans sa famille jusqu’au jour où son père devient obsédé par la sécurité de ce fils unique et lui rend la vie infernale sous prétexte de le protéger. Pour échapper à cette tyrannie, Marcus part étudier dans une université du fin fond de l’Ohio. La volonté de réussir ses études, sa meilleure garantie de ne pas être enrôlé pour la guerre de Corée, sera confrontée à bien des obstacles et à cette sorte de schizophrénie qui caractérise l’Amérique profonde: la religion et la vertu ostentatoires comme bouclier aux pulsions humaines, lesquelles, ainsi refoulées ne peuvent que s’exprimer avec violence.

Philip Roth, Indignation, Gallimard, 2008, 196 pages

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Pour les inconditionnels de Nothomb

Ce tout dernier ouvrage de l’auteure belge est un court roman qu’on pourrait aussi qualifier de longue nouvelle. Avec son écriture ciselée dont aucun mot ne semble de trop, Nothomb explore l’intérêt de la lecture chez les adolescents. Engagée par un homme riche et mauvais père de famille pour guérir son fils de sa supposée dyslexie, une jeune étudiante oblige ce dernier à lire de grands classiques tels que l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Il semble bien que le brillant garçon souffre surtout de la vacuité d’un père qui, pour l’esbroufe, possède une quantité impressionnante de livres qu’il n’a jamais ouverts et d’une mère qui collectionne des porcelaines virtuelles. Nothomb semble vouloir faire la démonstration de l’importance de la lecture et de la capacité des jeunes à s’y intéresser. L’histoire racontée avec humour se termine de façon tragique ou heureuse, selon le point qu’on adopte.

Amélie Nothomb, Les aérostats, Albin Michel, 2020, 144 pages

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Une vie politique consacrée à une cause

La lecture de la biographie de Pauline Marois c’est le résumé des cinquante dernières années de vie politique du Québec depuis les balbutiements des souverainistes jusqu’à la fin abrupte de la carrière de celle qui avait enfin brisé le plafond de verre en devenant première ministre du Québec. J’ai revécu la fièvre qui animait ma génération à l’idée de se donner un pays, les désenchantements qui ont suivi l’échec des deux référendums, et l’affaiblissement, sinon la mort de ce grand projet. J’ai aussi découvert cette femme que je connaissais mal, cette croyante dans une grande cause, cette battante qui bien qu’inactive politiquement, n’a pas complètement renoncé au rêve d’un pays. Bien qu’écrit au je, la biographie a bénéficié de la plume de collaborateurs qui ont livré un bouquin bien écrit, sans inutiles effets de style. Agréable lecture.

Élyse-Andrée Héroux, Pauline Marois. Au-delà du pouvoir, Québec Amérique, 2020, 440 pages

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