L’énigme tirebouchonnée

On ne peut reprocher à Joël Dicker de manquer d’imagination. Peut-être d’en avoir trop ?

J’avais vraiment été éblouie par sa créativité dans La vérité sur l’affaire Harry Québert. J’avais aussi beaucoup aimé Les Baltimore. L’énigme de la chambre 622 me laisse par contre un peu plus froide. Mais que raconte ce dernier opus du jeune romancier suisse ?

Le propos

Un écrivain, surnommé l’Écrivain par tous les personnages au fil du roman, prend des vacances dans un village suisse à la suite d’une rupture amoureuse. Il y rencontre Scarlett, sa voisine de chambre, une femme d’une grande curiosité, qui s’étonnera avec lui du fait que sa chambre porte le numéro 621 bis, le numéro 622 étant absent de l’étage. À demi-mots, le personnel de l’hôtel leur apprend qu’un meurtre non élucidé y a été commis quelques années plus tôt. Il n’en faut pas plus pour que Scarlett convainque l’Écrivain de faire enquête, de résoudre l’énigme et d’en faire un livre. Dès lors, on se promène entre diverses époques, celle de cette enquête en cours, celle où le meurtre fut commis et celle, quinze ans plus tôt, où se produisent des événements qui seront à la racine du drame. En parallèle de l’histoire, l’Écrivain, alter ego de Dicker lui-même, fait l’éloge de Bernard de Fallois, éditeur de Dicker, récemment décédé. Aucun lien entre ces éléments tirés de la réalité et la fiction qui nous est racontée. 

Trop c’est trop

Contrairement aux deux autres romans cités plus haut, les personnages mis en scène m’ont peu émue, leur caractère me paraissant trop unidimensionnel et leurs relations peu crédibles. De même, plusieurs des innombrables rebondissements dont Dicker nous gave m’ont paru invraisemblables, tirés par les cheveux. Considérant que Dicker n’est pas ce que j’appelle une grande plume, le résultat laisse, à mon avis, à désirer. Ce qui n’empêche que je n’ai jamais eu la tentation de jeter l’éponge, tout de même intriguée par l’énigme de cette fameuse chambre 622.

Extrait

Il sortit de la penderie le costume qu’il avait fait faire pour son accession à la présidence. Il le revêtit. Il appliqua ses boutons de manchettes en or. Il enfila à son poignet l’une de ses plus précieuses montres, apportée pour l’occasion. Il noua sa cravate avec application et referma par-dessus un gilet particulièrement élégant. À l’intérieur du veston, il avait fait broder : M.E., Président. Il contempla l’inscription avec tristesse. Il se regarda encore dans le miroir. Il ne s’était jamais trouvé aussi beau. Il se contempla encore. C’est ainsi qu’il aurait dû devenir président. C’est ainsi qu’il mourrait. Et c’est ainsi qu’on le retrouverait. Demain, une femme de chambre tomberait sur son corps étendu sur la moquette toute tachée de son sang coagulé. (p. 335)

À lire l’intéressante critique de Caroline Montpetit dans le Devoir

Joël Dicker, L’énigme de la chambre 622, Éditions de Fallois, 2020, 574 pages

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