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Posts Tagged ‘Correspondances d’Eastman’

Tel était le thème du concours d’écriture de la dernière édition du festival littéraire, Les correspondances d’Eastman. Voici donc ma lettre fictive à Thérèse, un des nombreux visages qui nous étaient propo

sés pour stimuler notre imagination, lettre qui m’a valu l’honneur d’être finaliste.

Chère Thérèse,

Therese

Je suis de retour à la maison après mon séjour chez toi, où tu m’as accueillie avec tant de chaleur et de gentillesse. J’avais déjà trop tardé à faire la rencon

tre de mes lointaines cousines d’Alberta. Ce voyage est devenu pressant lorsque j’ai appris la grave maladie de ta sœur cadette.

Merci donc de m’avoir ouvert ta porte toute grande, de m’avoir guidée dans ta ville, d’avoir organisé un souper avec tes sœurs. Merci surtout de m’avoir ouvert ton cœur, d’avoir partagé avec moi tes peines et tes joies comme si j’étais une amie de longue date. J’en ai été profondément touchée.

Les propos que tu m’as tenus au sujet de ta piètre maîtrise du français m’ont particulièrement bouleversée. Tu ne t’exprimes correctement dans aucune langue, ni en français ni en anglais, m’as-tu dit avec dépit, les larmes aux yeux. La chance que tu as de parler deux langues ne te console pas de l’érosion de celle qu’on dit maternelle.

Tu m’as informée que, des six filles de la famille, seules les quatre aînées peuvent encore parler le français, mais, m’as-tu avoué, aucune ne peut le lire couramment. Elles se sont jointes à nous pour un souper de cousines. Encore là, j’ai été consternée d’apprendre qu’elles avaient hésité à accepter l’invitation, embarrassées en ma présence par leur niveau de langage. C’était à pleurer. Moi qui n’avais qu’un désir, créer des liens avec les filles de mon oncle, le frère adoré de mon père, et dont nous avions tant entendu parler. Malgré mon enthousiasme et mes efforts pour les mettre à l’aise, tes sœurs ont été peu loquaces. La conversation est demeurée malaisée, et elles sont rentrées chez elles très tôt.

Sur le vol de retour vers le Québec, j’ai beaucoup songé à tout cela. À cette désolation qui est la vôtre. Je crois que mon oncle et ma tante tenaient à vous transmettre le français en héritage. Or, après le primaire, vous avez dû fréquenter l’école anglaise et ce fut ardu. Toutes ont par la suite épousé un anglophone, toutes ont travaillé en anglais. Comme quoi, on peut être exilé à l’intérieur de ses propres frontières. En soi-même aussi lorsque ses limites érigent un mur infranchissable entre soi et les autres. Comme les îles que ne relierait aucun pont. Pourtant, quoi que vous en disiez, votre français a tenu bon et a permis des échanges intimes entre nous deux.

J’aimerais tant te consoler. Je sens bien cependant que la blessure est profonde, de l’ordre d’une amputation que ma visite a eu pour effet de mettre en évidence. Malgré tout, j’espère que nous saurons cultiver ce lien encore fragile, cette ébauche de passerelle que nous venons de créer. Après tout, nous habitons le même archipel, celui de la francophonie menacée.  

Avec toute mon affection,

Ta cousine du Québec

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Juste un mot pour vous dire que finaliste je fus et finaliste je suis restée. Il s’agit toujours du concours de l’Interlettre dans le cadre des Correspondances d’Eastman. C’est déjà ça et j’en suis bien heureuse. Merci pour vos encouragements.

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Et voilà, c'est reparti pour nous en mettre plein la gueule! Des émotions, je veux dire. Quand c'est signé Marie-Thérèse Fortin, on sait que ça va être bon. Et pourtant, on reste estomaqué que ça le soit autant, meilleur encore que ce à quoi on s'attendait. Je parle du spectacle Ils ne demandaient qu'à brûler, au Cabaret d'Eastman, en cette première journée des Correspondances. Un florilège sur fond musical des poèmes de Gérald Godin et des chanson écrites ou interprétées (c'est pareil, car en les chantant, elle les recréait) par l'inoubliable Pauline Julien. Des mots qui nous rentrent dedans, portés par la voix magnifique et l'intensité poignante de Christian Vézina, par celle chaude et pleine de Marie-Thérèse Fortin et par le jeu inspiré d'Yves Léveillé. La puissance des mots lorsque la parole est incarnée, ancrée dans l'expérience pleine et entière, avec ses joies délirantes, ses peines sans fond, ses angoisses déraisonnables, ses colères noires, ses espoirs fous. Tout l'humain en synthèse dans Une sorcière comme les autres ou dans les Cantouques bien sentis de Godin. Et l'engagement, et l'espoir d'un pays. Les larmes aux yeux que j'ai encaissé tout ça. Touchée à l'os. Nostalgique aussi de cette époque où on a bien cru qu'on se le donnerait, ce pays. Faudra peut-être le faire autrement, me dit une amie, au sortir du spectacle. Oui, sans doute… Une chose est certaine, la parole est notre seul espoir, la parole et ce qu'elle permet de sauver ce qu'il y a d'humain dans la bête humaine.

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fullsizeoutput_43c2Chaque année, j’assiste avec beaucoup de bonheur aux Correspondances d’Eastman. Cette fois-ci, j’ai eu envie de participer au concours. Il s’agissait d’écrire une lettre à un personnage imaginaire de la francophonie en choisissant parmi les quelques figures qui nous étaient proposées. On m’a informée cette semaine que j’étais finaliste. La conclusion dimanche prochain lors de la cérémonie de clôture des Correspondances…

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Grande rencontre ce matin sur la scène de la Terrasse Québecor! Sur le thème de L’enfance, au risque de la mémoire, Michael Delisle et Herménégilde Chiasson ont rivé l’auditoire à leur propos orchestré de main de maitre par Marie-Andrée Lamontagne, écrivaine, éditrice, journaliste et traductrice.

Les deux auteurs ont en commun le fait d’avoir connu une enfance qu’on pourrait qualifier de tout, sauf d’ydillique. Milieu défavorisé, parents désunis, violence familiale, etc. Ils ne sont pas les seuls, bien sûr. Mais ils font partie de ceux qui arrivent  à en tirer une oeuvre de haute volée. Delisle, dans Le feu de mon père, et Chiasson dans Autoportrait, une oeuvre multiformes et multi publications réunies dans un même coffret.

Après un début assez théorique portant sur la forme des oeuvres en question et sur l’influence réciproque de la forme et du fond, le propos se resserre autour du thème : le rique de la mémoire. Ce risque est celui de l’aveu. Mettre à nu, sur la place publique, ses origines indigentes. Ce n’est pas rien. Le risque, c’est encore, me semble-t-il, que le lecteur reste accroché à l’aspect anecdotique de l’oeuvre et oublie la démarche esthétique qui la porte et dont c’est le but premier. Michael Delisle explique bien comment ses relations parentales sont liées au fait qu’il soit devenu écrivain, comment aussi l’histoire familiale fonde l’être et comment enfin le travail de relecture de ce passé singulier concoure à la maturation de l’identité, au processus sans fin du devenir de l’être humain. Les deux poètes ont également expliqué en quoi l’indigence originelle de leur enfance pouvait devenir le moteur de leur processus de création

Les lectures d’extraits étaient éclairantes et touchantes, particulièrement celle émue et émouvante de Chiasson relatant le jour ou il a commencé à lire.

Un grand moment vraiment!

À l’heure du lunch, nous nous sommes régalés d’un croque-monsieur à l’effiloché de canard sur la terrasse de la Bicoque après une attente, il faut cependant le dire, exagérément longue. 

Maurice sur la terrasse du restaurant La Bicoque

Puis nous avons regagné la Terrasse Québecor en vitesse pour ne pas rater la rencontre avec le seul Immortel que compte le Québec, Dany Laferrière. Rencontre qui m’a cependant laissée sur mon appétit. Pour avoir assisté, l’an dernier, à sa classe de maître, j’avais des attentes assez élevées. Le thème de la nostalgie de l’enfance me tenait beaucoup à coeur. Or tant l’animateur que son invité semblait d’humeur à folâtrer. Mis à part quelques envolées sur l’embrigadement des enfants et l’excessive surveillance qui briment leur créativité, j’ai assisté plutôt dépitée au show de l’illustre écrivain, racheté en partie cependant par la magnifique lecture qu’a fait Marie-Thérèse Fortin de son oeuvre. 

Dany Laferrière

Et voilà! C’est fini! Nous avons repris le chemin du nid, tous deux remplis de paroles à méditer, à prolonger de nos propres mots, dans nos propres écrits. J’en étais à mes quatrième Correspondances. Je crois qu’ils ont gagné un fidèle de plus dans la personne de mon homme qui a adoré l’expérience.

 

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La brume matinale nous l’annonçait : le soleil serait de la fête. Le ciel cessait de bouder. La chaleur du soleil sur la peau, les bras nus, le lunch sur une terrasse, vous vous souvenez? 

Et il semble même avoir projeté ses rayons jusque sur la scène de la Terrasse Québecor. Trois femmes resplendissantes et en verve nous ont comblés de leurs réflexions, pensées, émotions. Hélène Dorion, Kim Thuy et la lumineuse Sarah Rocheville. Leur thème : L’enfance ailleurs. Revenant sur les lieux de leur enfance, ces écrivaines me convainquent plus que jamais que l’enfance est un pays dont chacun est exilé et dont on demeure à jamais nostalgique. Parmi ces nombreuses considérations, je retiens aussi qu’il est un héritage (pas toujours facile) à accepter. L’enfance n’existe comme période de vie qu’une fois qu’elle est terminée et que l’adulte se retourne pour la considérer, pour la recréer.

Après un lunch délicieux sur la terrasse du Cabaret d’Eastman, nous sommes de retour sous le chapiteau pour écouter, que dis-je, pour nous repaître des propos à la fois truculents, profonds et sages de Serge Bouchard, lequel defendra enfin la légitimité du sentiment de nostalgie, «ce regard sur la temporalité». Comme dirait mon homme, on en aurait pris toute une demi-journée de réflexions de cet homme.

N’empêche qu’il devra tout de même céder la place aux panellistes du dernier café littéraire, lequel, sur le thème de Encore le roman familial, réunira Patrick Nicol, Nicolas Lévesque et Perrine Leblanc qui me laisseront avec quelques questions: Est-ce que l’enfant trouve que le monde des adultes est mystérieux? L’écriture sur fond familial est-il un rituel de séparation ou une manière de se rapprocher de ce qui nous fait défaut?  

 C’est avec ces questions en tête que nous avons pris le chemin de la chambre d’écriture La Petite Autriche, hier désertée, aujourd’hui peuplée de correspondants heureux et recueillis. Nous y avons passé un moment à écrire avant de rentrer chez ma fille, à Sherbrooke

Je compose ce billet depuis la jolie terrasse de ma fille pendant que Maurice écrit près de moi. Oui, une journée parfaite!

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…Robert Lalonde partage avec nous ses réflexions sur le métier d’écrivain. Le petit groupe entassé dans la salle du Spa d’Eastman n’avait aucune pensée pour le ciel couvert et le temps trop frais pour la saison. Chacune (y avait-il un homme dans le local? peut-être…) écoutait avec la plus grande attention ce grand homme au visage griffé, à la mèche rebelle et à l’oeil Mohawk nous prodiguer les fruits de plus de 40 ans de métier comme écrivain. Sa verve et sa voix d’homme de théâtre servaient bien sa passion pour l’écriture.

Ah! les innombrables défis de ce métier solitaire! Désapprendre à écrire joliment pour écrire vrai, se surprendre soi-même pour surprendre les autres, montrer plutôt que dire, témoigner de l’expérience humaine sans être en mesure de l’expliquer, instaurer une discipline de travail qui convienne à chacun et trouver le temps d’écrire. Et tout ça en doutant constamment de la valeur de son travail. Beau programme! Malgré tout irrésistible.

Après le repas du midi, nous avons visité une jolie chambre d’écriture appelée La petite Autriche, malheusement désertée en raison du temps chagrin. Nous y reviendrons peut-être dimanche pour terminer une lettre. 

Chambre d’écriture la Petite Autriche, sur le lac d’Argent

 

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