À Gilles

Tu as atteint ce qu’on appelle le grand âge et pourtant tu es resté jeune, si être jeune veut dire aimer et dire, chercher et questionner, avancer malgré la lourdeur du temps qui passe. Tu es fort et fragile. Ton âme n’a pas pris une ride, mais ton corps semble si fatigué par moment. Je ne peux m’empêcher de penser qu’un jour, une foule orpheline suivra ta tombe et je voudrais être de ceux-là, de ce peuple en marche derrière un père qu’il laisse partir à regret.

Je nous regarde, toi dans la lumière, moi dans l’ombre, toi dans l’ombre du personnage dans lequel je t’enferme et moi dans la lumière de tes mots qui me disent. Nous sommes seuls et ensemble, comme dans la vie, dans la cage de nos personnages respectifs. Tu n’es pour moi que ce grand oiseau qui apporte la parole. Ta vie n’existe pas, elle appartient à une autre dimension à laquelle je n’ai pas accès. Et c’est sans doute bien comme ça. Tu fais ton métier qui en est un d’avidité et de générosité, je fais le mien qui est un peu le même. Nous nous rencontrons dans cet espace de lumière. Tu ne me vois pas dans la salle, mais tu sais que j’écoute. Tu entends mes vibrations, mon souffle comme une marée qui gonfle. Moi, je te regarde sans te voir vraiment. Je reçois tes mots, tes personnages, tes espoirs, tes rêves, j’entrevois le monde que tu me dessines. J’applaudis, je t’ai entendu. C’est dans ce curieux échange vibratoire que nous nous rencontrons, que nous nous reconnaissons sans nous connaître.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s