La plage

Mais qu’est-ce qu’une plage? Une bande de sable cousue à la mer. Oui, mais encore… Du haut de mon nid, je suis captivée par les milliers de pas qui témoignent de la fascination qu’exerce ce grand carré de sable sur les bipèdes à peau et à plumes et dont les manifestations varient au gré du jour.

Dans le matin blond, à peine terminés le lissage et le nettoyage du rivage par la machinerie, se pointent les marcheurs méditatifs, rêveurs ou sportifs, quelques nageurs solitaires, des yogistes ou adeptes de grand-messe du soleil levant, les promeneurs à deux qui vont d’un pas lent. Même les joggeurs foulant le sable de leurs pas cadencés semblent participer à cette quiétude matinale. Les goélans et les mouettes, faisant front commun vers un point  invisible, remarquent à peine l’activité humaine qui s’ébranle en douceur. Et tout ça sent la mer.

À mesure que monte le soleil, l’endroit se peuple. Les chaises longues et les parasols meublent ce qui devient peu à peu le salon de la ville. Des corps luisant se vautrent au soleil, d’autres à l’ombre, comme si des centaines de personnes étaient soudain victimes d’épuisement (ce qui n’est peut-être pas très loin de la vérité). Si le temps est chaud, des enfants et des grands se jettent à la mer en criant et en riant comme des mouettes surexcitées. Les jeunes s’installent à même le sol avec leur musique. Des gars mettent en évidence leurs muscles et leurs tatoos en se lançant le ballon, sous le regard faussement détaché des filles. D’autres, nombreux, marchent au fil de l’eau ou sur le sable sec. Et tout au long de la frontière entre le solide et le liquide, des petites mains bâtissent  inlassablement châteaux et grands travaux d’ingénierie. Quant aux oiseaux, ils font la bagarre pour quelques miettes tombées des chaises longues. Le coeur du jour s’agite. Ça sent la mer et la crème solaire.

Puis le jour chavire. Les ombres des marcheurs ont changé de bord. Les chaises désertées sont rangées.  Quelques irréductibles méditent  face à la mer, dos au soleil. La nature revient petit à petit à son essentielle solitude. Ça sent le soir. Et bientôt dans la brunante, il ne reste plus, comme témoins de toute cette activité humaine et aviaire, que des empreintes de pas et de pattes, par millions, que la nuit dissimulera avant que ne les effacent définitivement, au petit matin, les tracteurs chargés de l’entretien de la plage. Comme si un maître passait une brosse géante sur le tableau blond. Gommées les traces de toutes ces vies qui s’écrivent en pas. Chaque matin est un écran vierge sur lequel des humains et des oiseaux dessineront l’arabesque indéchiffrable d’une fraction de leur existence. Tout ça sur fond sonore de l’inépuisable pulsation de la mer. Ça donne à s’interroger sur le sens de la vie…

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