Mon Halloween

Ce matin, le doux soleil de novembre m’a tiré par le bras jusque dehors. Tiens, je me suis dit, je vais aller faire un tour au jardin Jeanne d’Arc pour admirer le magnifique décor d’Halloween. Tout en déambulant, j’imaginais les petits qui devaient, hier soir, fourmiller dans le sombre lieu à peine éclairé par quelques lueurs et reflets suspects, sur fond de soupirs et de bruissements, d’exclamations et de pépiements. Je me disais encore que les bambins sont chez eux dans cet envers du monde. Aucune coupure entre le visible et l’invisible, le tangible et l’intemporel. Ils sont prêts à croire réel ce que nous avons depuis longtemps étiqueté de fiction. Ils perçoivent certainement des sons inaudibles pour nous, des bruits subtils couverts par celui de la monnaie que nous brassons au fond de notre poche.

Surprise! Le soleil sans doute avait mis la plupart des revenants, spectres et morts-vivants en déroute. Les citrouilles avaient disparu. Ne s’attardaient sur le site que la Dame Blanche qui s’ennuyait visiblement, le Grand sorcier qui touillait sa potion maléfique, la Corriveau qui se desséchait dans son carcan de fer et une fort belle dame, toute de tulle noir vêtue, robe et ombrelle. Et quelques fantômes accrochés aux arbres poussant silencieusement leur cri de Munch. Tout cela battait au vent, déserté. Où pouvaient-ils tous se terrer l’année durant? Je réalisais bien que les quelques formes qu’il m’était donné de voir n’étaient que l’image persistante d’esprits en allés, images qui s’effaceraient d’elles-mêmes dans les prochaines heures, anéanties par la gaîté du temps et par le boucan des souffleuses et aspirateurs en guerre contre les feuilles mortes.

Bon, j’en ai pris mon parti et j’ai poursuivi ma route tout en réalisant qu’avec les citrouilles, était parti l’orange. Un examen attentif du paysage m’a permis de constater que les couleurs dominantes étaient maintenant le vert, le jaune et le brun. Pour être plus précise, disons que les feuilles qui sont encore vertes tirent sur le jaune et que les jaunes tendent à devenir rouille, bronze ou cuivre. La nature entre dans ses rousseurs de novembre. Enfin, les troncs d’arbres que l’ont prétend bruns sont plutôt veinés de vert, de gris et même de bleu, tachetés de mousses kaki et moutarde.

Toutes ces savantes considérations sur la palette de novembre m’ont conduite sur le rond des plaines où je suis tombée nez à nez avec un personnage tout droit échappé du jardin Jeanne d’Arc. La femme âgée était grande, maigre et assez mal fagotée. Sa longue tignasse de cheveux blancs tremblotait sur ses épaules et dans son dos. J’en suis restée bouche bée. En passant près d’elle, j’ai résisté à la tentation de lorgner son nez que j’imaginais long et crochu. Et moi qui me demandais justement où ils étaient tous passés…

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