Le vent qui souffle

Quelques réactions à ma lecture du Devoir de ce matin. La première concerne la position du bien-aimé parti conservateur quant à la participation canadienne au contingent des casques bleus qui sera déployé en République centrafriquaine en septembre prochain. Le ministre des Affaires étrangères ramène l’enjeu à des considérations de nature comptable. Faut-il rappeler que ce pays d’Afrique est à risque d’un génocide de l’ampleur de celui qu’a connu le Rwanda il y a une vingtaine d’années. Interrogé par Manon Cordelier, le général Dallaire s’est dit révolté par la position canadienne, contraire à la tradition du pays en matière d’aide internationale et de maintien de la paix. Je partage sa révolte. Quelle conception du monde pointe sous ces arguments comptables? Sous le règne des conservateurs, le Canada est en voie de devenir un «petit» pays, obtus et mesquin.

Dans un autre ordre d’idée, c’est la chronique de Francine Pelletier qui m’a fait sourciller. Elle porte sur le sujet de l’heure, soit l’annonce qu’une femme a accepté de jouer les mères porteuses des futurs enfants de la famille Legendre. En gros, Francine Pelletier ne s’offusque pas du désir d’enfant du couple gai, mais plutôt du recul que l’engagement de la mère porteuse fait vivre aux femmes. Ce qui m’a fait tiquer, c’est son argumentation pour démontrer son point de vue. Pour ce faire, elle fait un parallèle entre prostitution et mère porteuse. Je la cite: «La « marchandisation du corps » des femmes est, évidemment, en cause. Les femmes marchandent leur corps en se prostituant, me direz-vous, sans créer un haut-le-coeur collectif pour autant. Bien qu’il y ait un parallèle à faire entre louer ses parties intimes pour une heure et prêter ses parties viscérales pour neuf mois, il y a des considérations beaucoup plus profonde en ce qui a trait aux mères porteuses.» L’argument me semble fallacieux, réducteur. Comme si la prostitution n’engageait pas tout l’être. Et ces considérations plus profondes, quelles sont-elles? Elle n’en dit rien. Elles ne me sautent pas aux yeux. Les deux phénomènes me semblent profondément engager l’être de celles qui s’y prêtent. Cette question des mères porteuses est évidemment très importante. Comme société, nous devrons en discuter, prendre position et agir en conséquence. Il importera que ces discussions d’une très grande complexité soient empreintes d’honnêteté intellectuelle. Et qu’on évite, pour convaincre, de prendre de périlleux raccourcis comme il me semble en lire sous la plume de Madame Pelletier.

Enfin, les instances du parti québécois s’apprêtent à laver leur linge sale en famille. C’est désolant de constater que l’enjeu de leur débat semble vouloir se limiter à l’identification des coupables du dérapage de la campagne. La bonne vieille stratégie de trouver un coupable pour occulter les problèmes de fond. Dont le premier, à mon sens, est leur difficulté à porter le projet d’un pays du Québec qui constitue pourtant l’assise même de l’existence de ce parti.

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