Au temps des fausses folles

Quelle histoire! Elle n’est pas toute neuve, mais n’en est pas moins excellente pour autant. Pas toute neuve parce que le livre est sorti en 2006, mais pas toute neuve aussi parce que le récit se fonde sur une facette affligeante de l’histoire des femmes. Laquelle? À une certaine époque, en Europe comme de ce côté-ci de l’Atlantique, il n’était pas rare que des femmes saines d’esprit soient internées dans des hôpitaux psychiatriques sur ordre d’un père ou d’un mari, sans autre forme de procès. Jusqu’à tout récemment, ne l’oublions pas, le statut de la femme était celui de mineur. Elle passait de l’autorité du père à celui du mari.Unknown

L’action se déroule principalement en Écosse, dans une famille de la bourgeoisie. Esme Lennox a croupi plus de 60 ans en asile au moment où l’institution ferme ses portes et cherche à reloger les pensionnaires jugées aptes à s’intégrer à un autre milieu. Ce qui est le cas d’Esme qui n’a jamais souffert de maladie mentale. On s’attache d’emblée à Esme, enfant curieuse, jeune fille délurée, peu respectueuse des codes sociaux de la bonne société dont elle fait partie. Son originalité et sa différence lui coûteront cependant très cher. La réclusion et pire encore. Sa libération remettra en marche le mécanisme de la remémoration, tant chez Esme qui veut plus que tout se souvenir que chez sa sœur, atteinte d’Alzheimer, et que le retour inattendu d’Esme plonge dans l’angoisse.

D’une plume concise et expressive, l’auteur, Maggie O’Farrell nous fait découvrir la tragédie d’Esme Lennox par d’habiles aller-retour entre le passé et le présent. Une lecture à vous faire négliger vos responsabilités!

 

Maggie O’Farrell, L’étrange disparition d’Esme Lennox, Belfond, Paris, 2006, 232 pages

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