Depuis toujours. Madeleine Gagnon. Un livre essentielđŸ©·
Unknown

C’est le genre de livre qu’on referme en soupirant. On le garde sur les genoux en contemplant la peinture de Rita Letendre, pulsation de lumiĂšre et de sang au cƓur d’une nuit traversĂ©e de blessures. On vit une sĂ©paration et la peur d’oublier. On se dit aussi qu’il faudrait que nos filles lisent cette Ɠuvre magistrale pour comprendre le parcours des femmes au QuĂ©bec, pour sentir de l’intĂ©rieur l’assujettissement dont elles ont dĂ» (et doivent encore) se dĂ©prendre pour exister, le fĂ©minisme vĂ©ritable qui n’est pas une guerre contre l’autre, mais une lutte solidaire pour advenir dans toutes ses possibilitĂ©s. C’est un hymne Ă  la parole aussi, qui donne envie de connaĂźtre davantage l’oeuvre de cette romanciĂšre, essayiste, poĂ©tesse, mĂȘme si on sait que cette parole est exigeante, difficile.

Ce rĂ©cit autobiographique n’a cependant rien de rĂ©barbatif. Ça se lit comme un roman. Celui d’une femme qui a traversĂ© le 20e siĂšcle, Ă  partir d’une enfance heureuse, en passant par les pensionnats, le cours classique et enfin l’universitĂ©, poussĂ©e par un pĂšre non conformiste Ă  dĂ©passer ses limites. C’est l’histoire d’une femme peu conventionnelle qui a couru la planĂšte Ă  la rencontre de l’autre et d’elle-mĂȘme, sĂ©journant Ă  Paris puis Ă  New York. On assiste Ă  la genĂšse d’une Ă©crivaine, gauchiste, fĂ©ministe, rĂ©voltĂ©e, passionnĂ©e, amoureuse, Depuis toujours. Une femme Ă©ternellement jeune dans sa tĂȘte et son cƓur. Et qui voudrait bien avoir encore les jambes pour marcher le printemps Ă©rable avec ces carrĂ©s rouges dont la fronde l’enchante.

« Jeune, j’avais rĂȘvĂ© de haute montagne, d’escalade et de campements sauvages oĂč nous mangerions du pain perdu trempĂ© dans des bols de lait de chĂšvre fumant. […] Nous nous levions parfois en pleine nuit, mes amies et moi, pour nous en aller voir, du haut des collines inhabitĂ©es entourant le village, les Ă©toiles briller, puis disparaĂźtre et apercevoir le soleil se lever Ă  la cime des arbres. […] Chacun de ces moments volĂ©s au temps de la vie normale des lits et des maisons me replongeait dans mon fou dĂ©sir de partir. Partir ailleurs dans le monde, partout oĂč la beautĂ© sera belle et grande, la grandeur. Partout oĂč la nature se rĂ©veillera toute fraĂźche du grand silence des nuits. Â» p. 398

Un livre magnifiquement écrit. Un témoignage essentiel.

 

Madeleine Gagnon, Depuis toujours, Boréal, 2013,426 pages


Laisser un commentaire

En savoir plus sur Au bonheur des mots

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accùs à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture