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Archive for the ‘à propos d’un livre’ Category

C’est toujours sous le choc qu’on referme un roman de Monique Proulx. Ici, Homme invisible à la fenêtre. Couronné de nombreux prix et porté à l’écran par Jean Beaudin sous le titre Souvenirs intime, scénarisé par l’auteure.

hommeMax est peintre. Confiné à un fauteuil roulant depuis 20 ans à la suite d’un accident de voiture, il se cloître dans un appartement miteux, seul locataire d’un immeuble insalubre. Malgré tout, sa porte est ouverte à tout venant, propriétaire obèse, femmes en peine d’amour, jeune amant de femmes en peine d’amour. Ça entre et ça sort à toute heure du jour et de la nuit. Ça se confie sans retenue. Max écoute. Et dessine et peint. Comme si l’un ou l’une de ces paumés pouvait lui restituer ce qu’il a perdu. Il dessine des corps, des morceaux de corps, en fait. Les jambes de l’une, les bras ou le torse de l’autre. Maison ouverte à tous sauf aux témoins du passé, dont sa mère Julienne qui le poursuit de ses attentions. L’équilibre précaire de sa vie de reclus se maintient plus ou moins jusqu’au jour où Lady, son amour de jeunesse, loue l’appartement d’en face et entreprend de le reconquérir, ignorant tout de sa condition physique. Il y est question d’amour, d’amitié, mais surtout du corps, de la relation au corps, au sien propre et à celui des autres, du corps comme véhicule ou réceptacle plus ou moins bringuebalant de tout le reste, comme fondation de soi et du rapport aux autres.

Oubliez les histoires à rebondissements et à péripéties. L’action se déroule lentement. L’auteure, par la main de l’artiste, peint le tableau de chacun des protagonistes, tableaux éparpillés qui finiront par former une grande fresque révélatrice de l’univers de Max. Une action lente, mais une œuvre puissante au souffle haletant qui ne laisse au lecteur aucun moment de répit. Un ton d’urgence, un cri de détresse non exempt d’une salvatrice dose d’autodérision et d’humour noir. Une écriture poétique, singulière, magnifique. Du Proulx, quoi!

Monique Proulx, Homme invisible à la fenêtre, Boréal/Seuil, 1993, 239 pages

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Au moment de vous livrer mes commentaires sur ma dernière lecture, je me suis interrogée sur le sens du titre, Armadillo, dont je ne me souviens pas avoir rencontré une seule occurrence dans ce roman. Voici ce que j’ai trouvé sur le Net : Nom usuel commun au tatou et à un cloporte, capables de se rouler en boule en cas de danger.

Se rouler en boule en cas de danger, voilà bien ce qui caractérise le singulier personnage de cet excellent roman de William Boyd.

UnknownLorimer Black (nom d’emprunt de celui qui est né Milomre Blocj, Milo pour sa famille) est expert en sinistre pour une compagnie dont l’objectif est bien entendu d’échapper le plus souvent possible à l’obligation d’indemniser les victimes de sinistres. Lorimer, beau garçon, bon garçon surtout, applique avec sérieux et sans états d’âme les lignes de conduite de l’entreprise, habile à débusquer les fraudeurs et à conclure des arrangements profitables pour son employeur et pour ses bonis. Mais si Lorimer excelle dans son métier, c’est bien davantage en raison d’une sorte de naïveté que du cynisme qui anime ses patrons. Tout baigne dans l’huile jusqu’à ce jour où il arrive chez un client avec l’intention de régler un litige en espèces sonnantes et découvre celui-ci qui se balance au bout d’une corde. Or, si Lorimer est chargé d’apporter à l’homme en question les liasses supposées clore le dossier, c’est Hogg, son colérique patron, qui en a négocié les termes. La vue du macchabée cause un choc à notre jeune expert, choc qui provoque lui-même une fissure dans sa fausse assurance. À partir de là, c’est toute la vie de Lorimer qui va se lézarder. En bon armadillo, il tentera bien de se rouler en boule pour se protéger du danger, mais sa stratégie se révélera totalement inefficace. Poussé dans les cordes, menacé de tout perdre, notre héros sera bien forcé d’improviser…

Au-delà du milieu crapuleux auquel nous initie l’auteur, l’intérêt du roman tient surtout au personnage de Lorimer pour lequel on se prend petit à petit d’affection, à mesure qu’on découvre sa sensibilité et son indécision, voire sa pusillanimité, mais aussi cette sorte de pureté que rien ne semble entamer, son besoin d’être aimé, son empathie, son amour des fleurs et des masques, ses insomnies. C’est avec tendresse et impatience qu’on le regarde faire le dos rond face à l’adversité, face à ceux (patrons, famille) qui exploitent sa bonne foi, son désir de plaire. Mais bondieu, va-t-il enfin se mettre en colère et tous les envoyer paître!

Boyd est un magicien. Un maître de la nuance, de la subtilité. Et un maître du style. Pas de giclée de sang ni de coups de feu. Juste le destin d’un jeune homme ordinaire qui se construit devant nous, par petites touches qui laissent au lecteur une part de création, d’imagination. De même pour la conclusion, dont je ne dirai rien sinon qu’elle est aussi peu spectaculaire que le récit. Une conclusion cohérente qui fait sourire par sa subtilité. Un vrai bonheur de lecture.

William Boyd, Armadillo, Éditions du Seuil, collection Points, 1998, 367 pages.

 

 

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Ma critique de Rose de La Tuque n’avait rien de dithyrambique, et si ce n’est que j’avais acheté les deux livres de Jacques Allard dans un même élan, je ne serais pas en mesure de vous faire part de mes commentaires sur Sarah Zweig, la suite indépendante du précédent roman. Mais voilà, cela m’aura permis de donner une deuxième chance à cet auteur venu à la fiction à un âge vénérable.

sarahSarah Zweig m’a plu davantage que son premier roman. On y suit l’amie de Rose, une Autrichienne entrée illégalement au Canada grâce à sa riche protectrice américaine qui l’emploie comme gouvernante dans son domaine québécois. L’action s’installe rapidement. L’éclatement de la guerre a pour résultat de mettre la GRC sur les traces des indésirables, dont Sarah, autrichienne mais juive aussi. Deux tares dans le Canada de l’époque. Sarah pense d’abord au suicide et l’annonce à ses amis avant de disparaître chez les Attikameks. Malheureusement, de retour à La Tuque avec les membres de la tribu qui veulent assister à la messe de minuit, Sarah est dénoncée, arrêtée, emprisonnée, longuement interrogée. C’est qu’Ottawa traque d’éventuels espions. Ayant finalement convaincu ses limiers de son innocence, Sarah sera libérée à la condition de mettre sa connaissance de nombreuses langues au service du renseignement canadien en Angleterre. Tout cela on l’apprend rapidement, au début du récit. Puis l’action retombe. Employée sous une fausse identité et un statut fictif à la Maison du Canada à Londres, Sarah patiente tranquillement entre l’ennui de son amoureux, Hugues, le frère de Rose, engagé dans la RAF et qu’elle espère retrouver à Londres, et les journées plus ou moins monotones qui constituent son quotidien. À peine si l’on sent la guerre planer. Dans les quelque deux cents pages consacrées à son séjour dans la capitale anglaise, seule nous distrait quelque peu son escapade avec son pilote enfin retrouvé. Puis tout se bouscule, bascule. Les dernières péripéties de l’aventure sont malheureusement tout juste évoquées par Hugues dans des lettres à Rose.

Si le compte rendu des activités du renseignement à Londres durant la guerre a capté mon intérêt, je n’ai pu m’attacher à ce personnage qui s’exprime par la voie du journal intime. D’autre part, mis à part les dialogues (peu nombreux) qui manquent de naturel, le style d’Allard m’a semblé plus alerte, imagé, parfois même inventif, se dépassant dans les descriptions de scènes sensuelles. Comme dans celle-ci où Sarah imagine les retrouvailles avec Hugues :

Alors oui, allongés l’un contre l’autre, encore à demi vêtus vous blablaterons, ferons patienter le pressant désir, nous racontant moult riens avec petits mots tendres, alors oui sa main emprisonnera la mienne, me plaquera, renversera, me saisira toute de sa bouche, rongera mes seins délivrés… puis ah! seras pris dans la guêpière noire, dans la soie rose échancrée sur l’origine du monde, la pulpe tendre de mes cuisses où mordre, ah oui me voudra toute, partiront ces jarretelles mauves, ces nylons noirs à couture, ah oui me libérera de tous les artifices de Soho de toutes phrases de tous mots toutes virgules m’abandonnerai nue comme maya comme lagune au soleil lui sera chaud chaud ah oui me dardera jusqu’au cœur au plus creux de mon âme le retournerai trônerai sur le pivot du monde et voguerons vaguerons cousus d’amour confondus aux confins de l’Univers.

L’impression générale que me laisse cette lecture est celle d’un sujet prometteur mais d’un récit qui s’emballe et passe trop vite sur les événements pour rapidement s’enliser dans l’absence d’action.

Jacques Allard, Sarah Zweig, Hurtubise, 2017, 410 pages

 

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Le 12 août, les Québécois étaient invités à se procurer un livre québécois. Ce jour-là, j’étais aux Correspondances d’Eastman et j’écoutais Jacques Allard nous faire la lecture d’un extrait de son dernier roman. Le ton m’a plu et je l’ai acheté, de même que le précédent, Rose de La Tuque.

Jacques Allard n’est pas le premier venu dans le monde des lettres québécoises. Il y a principalement fait sa marque comme enseignant de littérature à l’UQAM ainsi qu’à titre d’auteur d’une imposante bibliographie d’essais et d’ouvrages critiques et théoriques. Enfin, il est le Président fondateur de ce merveilleux festival littéraire que sont Les correspondances d’Eastman. En 2011, le septuagénaire se lance dans la fiction avec Rose de La Tuque, qui lui vaut en 2012 le prix Alfred-DesRochers.

roseRose de La Tuque, c’est l’histoire d’une jeune femme tombée amoureuse d’une sorte de Survenant qui repart comme il est venu, en lui laissant toutefois au ventre une petite vie qui se fiche bien des conventions étroites de la société québécoise d’avant-guerre. La pauvre Rose confie ses espoirs et ses tourments à son journal durant les quelques mois qui courent trop vite entre la malencontreuse conception et l’heureuse conclusion de l’aventure.

D’emblée, le sujet m’intéressait car très lié à des périodes que couvriront mes prochains romans. Et j’aime bien d’habitude ce genre de récit intimiste et poétique. Même si j’ai tenu bon jusqu’au bout, je dois avouer que je me suis ennuyée à plusieurs moments durant cette lecture. J’y ai trouvé mon compte sur le plan de la description d’une époque, mais les personnages me sont apparus trop peu développés. L’héroïne a une vision simpliste de la vie et des gens, les rares colères qui surviennent tombent à plat. Je ne suis pas arrivée à m’attacher à cette Rose. En bref, l’exercice m’a semblé didactique, comme si l’auteur cherchait plus à nous faire part de ses recherches sur les us et coutumes, les événements de la petite et de la grande histoire, qu’à se mettre dans la peau de cette femme coincée dans le carcan d’une société dominée par le clergé et une religion infantilisante et tatillonne et dont le salut passe par le retour du géniteur.

Son deuxième roman paru récemment nous entraîne dans les aventures de Sarah Zweig, l’amie de Rose, Autrichienne de naissance, nièce fictive de Stefán Zweig. J’ose espérer qu’il me plaira davantage.

Jacques Allard, Rose de La Tuque, Hurtubise, 2011, 323 pages

 

 

 

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Me voilà de retour dans l’univers de John le Carré avec Single & Single, un polar sociopolitique dont il est réputé être un maître incontesté. J’ai pris moins de temps que lors de ma première lecture de cet auteur (Le chant de la Mission) à me faire à son ton dont l’ironie omniprésente contrebalance la tendresse pour ses personnages, leurs faiblesses surtout, me semble-t-il.

UnknownCe livre met en scène les grands malfrats de la société, ceux qui vivent dans des palaces, qui se pavanent richement vêtus, qui ne fréquentent que des huiles, qui ont des amis bien placés. Ceux qui hantent rarement les prisons : ils réussissent généralement à passer à travers les mailles du filet, plus rarement ils meurent prématurément d’une balle entre les deux yeux. On parle ici des rois du commerce et des affaires, soutenus par les barons de la finance. La finance, c’est le business de Single & Single qui facilite avec profits à la carte de somptueux projets immobiliers, d’import-export ou de toute autre nature. Single père (Tiger) mène l’entreprise fort rentable de main de maître et fait de son avocat de fils, Single junior (Oliver), son associé minoritaire. L’histoire commence quatre ans après cette nomination, alors qu’Oliver se cache sous une fausse identité et collabore avec la police pour traquer un gang impliqué dans de très sales, et auxquels Tiger, attiré par l’appât des millions de retombées, a décidé de contribuer, provoquant une crise de conscience chez son fils à la moralité trop chatouilleuse. Ces activités mettent en cause des hommes d’affaires géorgiens, proches du gouvernement russe, également accointés avec un haut gradé de la police anglaise. Un nid de vipère, quoi! Sauf que la prise de pouvoir par Eltsine chambarde les équilibres, oblige l’exil en Turquie de nos bandits à cravate qui commencent à s’entredévorer entre eux, entraînant les Single dans la tourmente. Cette toile de fond assez sombre n’empêche pas l’auteur de faire voir en contrepartie la beauté du monde, le côté humain, tendre ou vulnérable, de tout un chacun. C’est aussi l’histoire d’un homme qui cherche à se déprendre de l’emprise de son père au piédestal démesuré. Tout cela avec cette palette colorée dont on ne se lasse pas.

Au firmament étoilé brillait une lune rose lacérée par des barbelés tranchants qui hérissaient le mur de la cour, remarqua Oliver avant que la porte se referme sur eux. Deux hommes étaient assis à une table de réunion derrière la baie vitrée du bureau de Toogoog, deux hommes au problèmes capillaires évidents. Pode, petit mais haut placé dans la banque, tout de tweed vêtu, portait des doubles foyers sans monture et de maigres mèches partant toutes du même côté dessinaient des lignes de tramway sur son crâne. Lanxon, le costaud, ancien élève d’école privée avec oreilles en chou-fleur et clubs de golf sur la cravate, arborait une moumoute brune en paille de fer digne d’un présentateur de télévision.

John le Carré, Single & Single, Éditions du Seuil, 1999, 392 pages

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Nos années rouges d’Anne-Sophie Stefanini nous plonge au cœur d’une époque et d’une réalité qui nous sont relativement étrangères, à nous, Québécois. Notre coin de pays a peu connu cette ferveur communiste, ce rêve de révolution, la libération du joug des puissants sur le peuple. Cette utopie (je ne connais aucun exemple de victoire des petits sur les gros) est fascinante et l’auteur nous en livre toutes les ardeurs et toutes les contradictions.

rougeCatherine est née en France d’un père et d’une mère pour qui la lutte des classes passait avant tout, avant le couple, avant l’amour, avant leur fille aussi.

L’amour n’a aucune importance. On se rencontre, on s’aime, on fait un enfant, on se quitte, tout cela passe. On t’a élevée pour autre chose. Tu étais venue ici pour autre chose. Un jour ou l’autre, vous n’aurez plus les mêmes envies, tu réaliseras combien tout cela était vain.

De la mère patrie, elle a combattu avec d’autres pour l’indépendance de l’Algérie. Après la guerre, elle décide de s’y rendre pour aider le peuple algérien, enfin libéré de la France, à se libérer plus largement encore, à accéder à la souveraineté du peuple, à la justice sociale, à l’égalité de tous, ces valeurs si âprement défendues par ses parents. Elle espère y trouver aussi son amoureux, Vincent, qui a fait la guerre au côté des Algériens, et dont on a perdu la trace. Trois ans plus tard, c’est le coup d’État de Boumédiène, les amis fuient, meurent ou disparaissent. Catherine est emprisonnée, avant d’être expulsée du pays auquel elle s’est si fortement attachée.

C’est depuis la prison que la voix mélancolique de la narratrice nous raconte son arrivée au pays, ses amis, ses amours, son aveuglement, le naufrage du rêve révolutionnaire, qui sonne aussi la fin de la jeunesse et de ses idéaux. Des hommes l’interrogent, mais avec moins d’insistance qu’elle ne le fait elle-même, déchirée entre la recherche du bonheur collectif et celle du bonheur individuel qui se présentent comme des objectifs antagonistes et irréconciliables. Elle apprend combien il est difficile d’être vraie, honnête, pure.

On protège ses amours, les mots entêtants et souvent tristes, les envies de fuir, d’être seule, on tait les joies immenses, les phrases apprises comme des poèmes et qui donnent un sens lumineux et sacré au moindre geste, on cache les rencontres, un visage nouveau qui nous a souri. À ceux qu’on aime le plus on ment, on ne dit pas la femme que l’on est, la femme que l’on devient et les moments de vérités sont rares, comme des ancres.

Ce court roman, très bien écrit, sera une agréable lecture pour toute personne appréciant le ton introspectif d’un récit dont l’intérêt tient moins dans les péripéties, peu nombreuses, que dans les questions existentielles soulevées par les événements charnières de nos vies.

Anne-Sophie Stefanini, Nos années rouges, Gallimard, 2017, 154 pages

 

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Vous trouvez l’Amérique de Trump violente? Dennis Lehane, auteur d’Un pays à l’aube, nous en livre un portrait encore plus sauvage. Nous sommes en 1919, à Boston. Les rescapés de la Grande Guerre reviennent au pays, dans certains cas pour y mourir de la grippe espagnole, sinon, pour reprendre des emplois aux femmes et aux Noirs qui avaient fait tourner la machine durant leur absence. Ces Noirs qui ont fui le Sud pour tenter d’échapper au risque d’être tué pour un oui ou pour un non, mais qui retrouvent dans le Nord-Est un racisme encore très présent. Cet après-guerre, c’est aussi la laborieuse naissance de la syndicalisation avec ses grèves durement réprimées, les velléités d’instauration du communisme, les groupuscules de toutes allégeances, ses attentats. Ce sont les groupes ethniques — Italiens, Irlandais, Juifs et les autres — en train de créer le grand melting pot qui décrit souvent ce pays d’immigration. Ce sont encore les soubresauts d’un peuple qui ouvre les yeux sur les inégalités sociales et qui lève le poing.

aubeOn suit plus particulièrement Danny Coughlin, policier, fils de policier, amoureux de son métier et pourtant anticonformiste, idéaliste. Il fera la connaissance de Luther, un Noir en fuite avec qui il nouera une solide amitié. Danny deviendra à son corps défendant le leader qui mènera les troupes vers la grève et portera l’odieux du chaos qui en découlera. Par le biais de leur destinée, Lehane nous brosse une grande fresque d’un pays en train de se faire.

L’écriture est précise, efficace, sans lyrisme. Comme dans cet extrait où Danny visite son collègue frappé par la grippe espagnole.

À son arrivée, Danny avait reçu un masque et des gants; les gants se trouvaient dans la poche de sa pèlerine, le masque pendait devant son cou. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à ôter le rempart de mousseline entre Steve et lui. Pas par peur de la contagion; au cours des quelques semaines écoulées, si on n’avait pas fait la paix avec son créateur, c’est qu’on pensait ne pas en avoir. Mais voir la maladie ronger Steve, c’était une autre histoire, et Danny aurait volontiers passé son tour. L’idée de la mort ne l’effrayait pas; le spectacle de l’agonie, si.

Un pays à l’aube est un excellent roman, captivant, bien écrit, instructif.

Dennis Lehane, Un pays à l’aube, Éditions Payot et Rivages, 2009, 651 pages

 

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