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Archive for the ‘à propos d’un livre’ Category

Mon mois de réclusion s’achève et aura été productif. Mon manuscrit a pris forme. La muse a été mise sur la touche et le moine a été invité à faire son boulot. Et Dieu sait qu’il en reste à faire !

Les deux derniers livres à m’avoir accompagnée ont été trouvés, comme les précédents, dans ce repaire de lecteurs invétérés que je remercie, en passant, du fond du cœur, pour m’avoir offert un si douillet refuge.

partenairesJohn Grisham, Les partenaires, est un excellent livre que je ne terminerai pas. Je m’explique. Grisham est un pro du suspense judiciaire, ayant lui-même pratiqué l’art du prétoire durant un certain nombre d’années, et un des plus gros vendeurs américains. Il est célèbre, entre autres, pour La firme, un succès planétaire porté à l’écran comme plusieurs autres de ses romans d’ailleurs.

D’entrée de jeu, j’ai aimé le style alerte et très vivant de sa plume qui met en scène un jeune avocat, diplômé d’Harvard, ma chère ! David Zinc travaille dans une gigantesque firme d’avocats de Chicago. Or un matin, il craque, s’enfuit et passe sa journée dans un bar à se souler la gueule. À la fin de la journée, chassé par le barman, il se retrouve par hasard dans le local miteux d’un petit bureau d’avocat auquel il se joint. Et le voilà lancé avec un associé dans une poursuite contre un laboratoire pharmaceutique qui pourrait leur rapporter des millions.

Après 147 pages, j’ai calé. L’univers juridique américain, grossi par la loupe de Grisham, a quelque chose de sordide. Le style quelque peu rabelaisien de l’auteur en rajoute une couche. Imaginez ces avocats véreux, courant les scènes d’accidents ou les salons funéraires, à la chasse à la clientèle. Grisham décrit un monde sans morale, sans éthique, pour qui seul l’argent compte. La nausée m’a fait refermer le livre.

carnets
Marcel Mathiot, Carnets d’un vieil amoureux, Philippe Rey, 2008, 382 pages

Ici, on ne change pas seulement d’univers, on change de planète. Les carnets ont été ma lecture de chevet, le genre que j’aime juste avant d’éteindre, pour finir la journée sur une note de calme et de sérénité.

Marcel Mathiot est né en 1910 et, à compter de son adolescence, il a pris l’habitude d’écrire une page tous les jours dans ses carnets. Cette activité s’est poursuivie sans relâche, à l’exception d’une courte éclipse durant la Deuxième Guerre mondiale, jusqu’à sa mort à l’âge de 93 ans. Les carnets, davantage journal de bord que journal intime, n’ont pas été écrits pour être publiés. L’éditeur a choisi les carnets des trois dernières années de la vie du diariste. Marcel a 90 ans. Il perd sa femme avec qui il a vécu 70 ans ! Et le voilà qui retrouve du fait même une liberté d’expression longtemps retenue. En effet, il n’aurait pas voulu que sa femme connaisse tous les secrets de ses nombreuses infidélités.

Marcel est un homme qui aime les femmes. Toutes. À 90 ans, il entretient toujours des liaisons téléphoniques avec certaines (Lili, Hélène) et torride avec une autre, sa Mado, sa vieille maîtresse depuis 40 ans, maintenant âgée de 82 ans que malgré sa verdeur, Marcel peine à satisfaire !

Ça ne peut plus durer comme ça ! Je vais me tuer ! Nous avons fait l’amour avec voracité samedi après-midi et soir, dimanche matin, après-midi et soir, lundi matin. Six fois dans ce week-end ! Rien à faire, dès que nos chairs nues se touchent, un irrépressible désir monte en nous. Il faut que je réagisse, je vais en crever.

Durant ces trois dernières années, l’auteur revisite les carnets de sa jeunesse, dans les années 20 et 30, nous offrant ainsi une savoureuse chronique d’époque, de sa vie d’instituteur, de la guerre. Cet homme avait un talent littéraire certain, que n’a pas manqué de remarquer Philippe Delerm, le maître du fragment, qui signe la préface.

Visite de dame Hilly, notre inspectrice. Elle est arrivée en coup de vent, s’est enquis des aptitudes du Boissou et de la santé de Minet. Tout ceci avec des gesticulations extraordinaires et des expressions de physionomie effarantes.

C’est une grande dame, toute de noir vêtue, coiffée d’un chapeau genre « caballero ». Le bras largement arrondi, la main perpendiculaire, le coude levé, elle s’avance vers vous à larges enjambées pour vous en serrer cinq. Quand elle parle, ses sourcils remontent très haut en demi-cercles, ses paupières bleues s’abaissent et découvrent, entre l’œil demi-clos et le front, un accordéon, une vaste étendue violette. Sa bouche avance, s’arrondit. Et brusquement, le visage se détend d’un bloc et un sourire grimaçant élargit sa bouche et déplie l’accordéon. Quelques exclamations et la voilà repartie, arpentant, la serviette haut sous le bras, le chapeau rond aplati sur la tête.

 

 

 

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Après deux Connelly riches en poursuites et en hémoglobines, j’étais due pour une lecture plus apaisante. Le hasard m’a bien servi en me faisant choisir, parmi les livres trouvés dans mon repère d’écrivaine, La maison du professeur, de Willa Cather.

maisonLe professeur St-Peter est un universitaire dont les travaux historiques lui ont valu la reconnaissance de ses pairs et une renommée internationale. Dès lors, la situation financière de la famille s’étant améliorée, elle déménage dans une nouvelle maison, laissant sans regret derrière elle la résidence dont les St- Peter étaient locataires et qui […] était presque aussi laide que peut l’être une maison […] Sans regret pour tous, sauf pour le professeur qui ne se résigne pas à abandonner son bureau, en réalité, dans le grenier, le local de la couturière qui venait confectionner les vêtements des femmes de la famille et dans lequel le professeur avait fait son nid. St. Peter est viscéralement attaché à ce lieu mal chauffé, inconfortable, où il a écrit toute son œuvre, où il trouve la solitude.

L’histoire, si on pense péripéties et rebondissements, se résume à très peu de choses. Il ne s’agit en fait que des petits événements qui font la trame d’une famille unie et heureuse : conflits mineurs, jalousies, incompréhension, mais également tendresse et admiration. Et pourtant…

Et pourtant, le livre de Willa Cather est dense. Tout se passe à la subtile marge des faits et gestes de chacun, là où ils prennent leur sens. Ça parle de l’être originel si souvent trahi par l’adulte, par les mille compromissions qu’entraînent la vie, le mariage, la famille, la carrière. Ça parle aussi de ce qui se monnaye et de ce qui ne se monnaye pas, de ce à quoi il faut renoncer pour sauver l’essentiel. La vieille maison que St. Peter ne peut se résigner à quitter en constitue la parfaite métaphore. Car c’est dans cette pièce, si affreuse aux yeux de l’entourage, que le professeur revisite sa vie, son enfance, les rencontres qui l’ont marqué, qu’il retrouve l’essentiel en lui-même. C’est l’ancrage physique où il renouera avec ses ancrages ontologiques dont il s’était éloigné.

Publié en 1925, mais traduit en français qu’en 1994, cet ouvrage est écrit avec l’élégance propre au début du 20esiècle.

En pyjama, le professeur n’offrait pas un spectacle désagréable : s’agissant de son apparence générale, moins il portait de vêtements, et mieux cela valait. Tout ce qui lui collait au corps le révélait charpenté d’une excellente et solide ossature, avec les hanches minces et les souples épaules d’un infatigable nageur.

Je lis dans Wikipedia qu’en son temps, Cather est un écrivain célèbre, encensé autant par le public que par les critiques, notamment durant l’entre-deux-guerres.William FaulknerSinclair Lewis et Henry Louis Mencken ont exprimé l’extrême admiration qu’ils avaient pour son œuvre ; le premier la citant parmi les quatre grands auteurs américains du siècle, le second disant qu’elle méritait plus que lui le prix Nobel de littérature.

Willa Cather, La maison du professeur, Rivages, 1997, 291 pages

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Il est démontré que le cerveau n’a pas besoin de lire chacune des lettres d’un mot pour le reconnaître. Mais le cerveau peut faire encore mieux. Il peut comprendre un texte en sautant carrément par-dessus des mots. On appelle ça la lecture rapide. Des gens paient pour apprendre cette méthode. Bien, moi, je n’ai pas payé un sou pour vivre cette expérience, j’ai simplement ouvert un Connelly. L’adrénaline au plancher, j’ai survolé plusieurs pages sans pouvoir m’astreindre à m’arrêter aux mots. Mon regard planait, hors de tout contrôle. Essayez, vous verrez.

dragonCe Connelly a pour titre Les neuf dragons. Un marchand d’origine chinoise de L.A. est abattu derrière le comptoir de son commerce. Le meurtre porte la signature des triades, cette mafia chinoise qui sévit à Hong Kong, mais également dans les communautés chinoises de l’Amérique du Nord, particulièrement sur la côte ouest. Harry Bosch, l’inspecteur tête-brûlée qui menaient l’enquête du bouquin dont je vous ai parlé dans mon précédent billet, À genoux, est aussi chargé de celle-ci. Rapidement, un membre d’une triade est arrêté. Au même moment, sa fille, Madeline, qui vit à Hong Kong avec sa mère depuis quelques années, est enlevée et envoie à son père une vidéo la montrant ficelée sur une chaise. Les kidnappeurs semblent vouloir dissuader Bosch de maintenir ses accusations contre le suspect sous verrous. Il n’en faudra pas plus pour que Bosch saute dans le premier avion pour aller délivrer sa fille. Dès lors, le lecteur est sous une tension insoutenable. Les morts s’accumulent. Le succès de son entreprise n’est pas évident. Je ne peux vous en dire davantage, bien entendu, sans gâcher votre futur plaisir de lecture.

Si vous êtes amateur de polar, celui-là est pour vous. L’histoire est complexe à souhait, tordue, mais brillamment ficelée. Voyage à Hong Kong en prime.

Quant à moi, je vais prendre une pause et me choisir une prochaine lecture plus zen 😉

Michael Connelly, Les neuf dragons, Seuil, Policiers, 2011, 404 pages.

 

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J’adore Connelly et j’adore Harry Bosch. Connelly est un maître du polar et Bosch, la tête brûlée qui mène ses enquêtes.

genouxDans celle-ci, l’affaire commence par le meurtre du Dr Stanley Kent, spécialiste des substances radioactives utilisées dans le traitement du cancer. Bosch réalise rapidement que le médecin a fait main basse sur un stock important de césium et qu’il a été tué au moment de la livraison de la marchandise. Quelques indices aidant, l’affaire se retrouve bientôt au FBI qui y voient clairement une menace terroriste. Le conflit éclate entre Bosch de la section des Homicide Spécial, chargé de l’enquête sur le meurtre du médecin et Rachel Walling et son coéquipier, qui tentent d’écarter Bosch. Pour le FBI, seul compte l’objectif de retracer le césium alors que Bosch prétend que la prise des assassins les mènera au césium. Bosch ne se gênera pas pour utiliser des méthodes peu orthodoxes pour poursuivre son investigation malgré les entraves du FBI. D’ailleurs, ce n’est pas d’hier que le feu couve entre les agents fédéraux et ceux du Département de police de Los Angeles.

L’enquête menée à un rythme effréné est pleine de rebondissements, crédible et jouissive. Bosch est un personnage à la fois détestable et adorable. Un baveux qui a des principes, un cow-boy lâché loose dans les rues d’Hollywood, vous voyez le genre.

Aussitôt terminé À genoux, j’ai enchaîné avec le suivant, Les neuf dragons.

Michael Connelly, À genoux, Seuil Policiers, 2008, 238 pages

 

 

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Je ne crois pas avoir eu, à ce jour, l’occasion de lire un roman portant sur le drame terrible que fut l’esclavage des Noirs. C’est la plume d’Isabel Allende qui m’a guidée dans cette approche d’une tragédie sans nom dont la cicatrice est encore si sensible aux États-Unis.

merLîle sous la mer, titre poétique et évocateur, réfère à l’au-delà pour les esclaves noirs. L’action commence en 1770. Zarité est vendue à l’âge de neuf ans à un propriétaire terrien d’origine française, Toulouse Valmorain, exploitant d’une vaste plantation de canne à sucre. S’il prétend rejeter la cruauté envers les esclaves, il n’en garde pas moins à son service un gérant sanguinaire qui les traite comme du bétail remplaçable à l’envie. C’est la loi du fouet, des amputations, de la torture et des pendaisons publiques.

Cependant, Isabel Allende ne place pas sa caméra au cœur de la plantation, mais davantage dans la résidence du propriétaire. De ce fait, c’est toujours un peu de loin et de biais qu’on assiste à ces horreurs autrement intenables. Même lorsque c’est Zarité qui subit les brutalités du maître, viols et autres sévices, c’est en différé qu’on l’apprend. L’auteur montre tout, mais avec une sorte de pudeur qui lui permet d’éviter les pièges du sensationnalisme et du voyeurisme sadique tout en faisant grande œuvre d’éducation.

On suit le parcours sinueux et accidenté de Zarité, ses amours, ses deuils, ses faits d’armes et ses défaites. L’action s’étend sur 40 ans, de Saint-Domingue à La Nouvelle-Orléans où Valmorain s’établit après avoir échappé à la révolte des Noirs de son île. On y sent monter en douce le mouvement abolitionniste qui donnera lieu à la meurtrière guerre civile américaine.

Zarité, femme fière, forte et courageuse, est une héroïne centrale de ce roman. Cependant, les esclaves et leur soif de liberté en sont sans contredit le personnage principal.

Sans être à mon sens un grand roman sur le plan strictement littéraire, L’île sous la mer reste un récit captivant et instructif.

Isabel Allende, L’île sous la mer, Livre de poche, 2009, 615 pages.

 

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C’est chaque fois la même chose ! Quand je me retire pour travailler sur un roman, j’emporte bien sûr avec moi des livres, mais jamais en quantité suffisante. Heureusement, les gens qui me laissent squatter leur nid sont souvent des amoureux de la lecture, comme c’est le cas pour les amis très chers qui me prêtent actuellement leur condo pendant qu’ils sont en voyage. J’y suis entre autres tombée sur un John le Carré que je n’avais pas lu : Notre jeu.

UnknownLe prolifique auteur de romans d’espionnage se prête ici à une très brillante illustration du classique triangle amoureux, lequel n’est pas une fin en soi, mais un subtil décor pour la mise en scène d’affrontements autrement plus tragiques, le conflit armé entre Moscou et une minorité ethnique, celle des Ingouches, tribu musulmane du Caucase, réprimée de l’époque des tsars à celle d’Eltsine.

Timothy Cranmer ayant fait carrière dans le Service de renseignement britannique coule une retraite tranquille dans un petit manoir, assorti d’une vigne, qu’il a hérité d’un oncle fortuné. Tranquille jusqu’à ce soir où deux policiers sonnent à sa porte à une heure trop tardive pour être une visite anodine. On apprendra assez rapidement que son ami Larry, qui a travaillé sous ses ordres durant plus de 20 ans comme agent double pour le compte de la Grande-Bretagne et de la Russie, est disparu et qu’il est soupçonné d’avoir détourné quelque 130 millions de livres au trésor russe. Timothy comprendra également qu’il est lui-même soupçonné d’être son complice, non seulement par la police, mais également par le Service de renseignement.

Timothy éprouve pour Larry des sentiments ambigus : il est sa chose puisqu’il lui a tout appris du métier d’espion, il est l’ami avec qui il a partagé tant d’aventures, il est l’ennemi depuis qu’il a séduit Emma, son grand amour. Lorsqu’Emma disparaît à son tour, des forces sombres et insoupçonnées se déchaîneront en lui.

Déterminé à échapper à la traque dont il fait l’objet et à retrouver Emma, Timothy mettra en oeuvre sa fine connaissance des stratagèmes de l’espionnage pour couvrir sa poursuite des deux fugitifs. Cela le mènera très loin, à un point de vérité et de non-retour.

Enlevant dès les premières pages, Notre jeu est une histoire multidimensionnelle et complexe qui s’éclaire petit à petit au gré des réminiscences du narrateur. Rien jamais n’est simpliste avec John le Carré. Les personnages tout comme le récit font appel à l’intelligence du lecteur. Mais on est si rarement (jamais?) déçus.

John le Carré, Notre jeu, Seuil,1996, 365 pages

 

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Brazzaville Plage. C’est là que Hope Clearwater attend, dans une vieille maison de plage, que cesse la retombée des cendres provoquée pas les événements qui ont bouleversé sa vie. Joli nom, Hope, plein d’espoir.

Hope épouse John Clearwater, un mathématicien qu’elle a connu au cours de ses études universitaires. Chercheur de génie, John a aussi le génie troublé par le syndrome maniaco-dépressif qui entraînera son lot de péripéties et de drames.

plageWilliam Boyd, l’auteur, raconte en parallèle un épisode ultérieur de la vie de Hope. Recrutée au Congo pour participer à des recherches sur les chimpanzés, Hope y fait une découverte bouleversante sur la capacité de violence de nos proches cousins. Or, le directeur de ce centre de recherche, qui y a consacré ses vingt dernières années et qui s’apprête à publier un livre sur le sujet, oppose un refus farouche à ces révélations.

Les circonstances entraîneront, par la suite, Hope dans la guerre qui fait rage au Congo entre les factions rivales.

Sans en révéler davantage, disons que notre héroïne sera bousculée et ébranlée par tous ces événements et d’autres encore et qu’elle a besoin d’intégrer ces leçons de vie pour que celle-ci retrouve un sens.

William Boyd a le don de nous plonger dans des univers chaque fois différents, bien documentés — ici, entre autres, les comportements des chimpanzés — tout en nous racontant une histoire fascinante portée par des personnages attachants, contrastés, imparfaits et souvent ambivalents. Il sait aussi assembler les épisodes de chacune des périodes pour nous faire cheminer vers leur conclusion, sans nous perdre, aiguisant notre attente tout en ménageant ses effets. Très très habile.

Un très bon livre d’un grand auteur.

William Boyd, Brazzaville Plage, Éditions du seuil, 1991, 352 pages

 

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