Il y a des livres qu’on referme sans trop savoir quoi en penser. Presque vierge de Josée Blanchette en fait partie.
Le livre raconte la relation que l’autrice a vécue, à l’adolescence, avec un enseignant beaucoup plus âgé qu’elle. Grâce aux lettres, aux journaux et aux autres écrits qu’elle a conservés, elle reconstitue cette histoire de façon très vivante. On a vraiment l’impression d’être plongé dans ce qu’elle ressentait à l’époque.
La jeune Josée est un personnage étonnant. À la fois volontaire, influençable, déterminée et complètement emportée par ses émotions, elle ne ressemble pas à l’image qu’on se fait souvent d’une adolescente. On se demande d’où lui viennent cette audace, cette fougue, cette envie de vivre tout intensément. C’est d’ailleurs ce qui rend le récit si captivant, mais aussi troublant : on assiste à une relation où elle semble croire agir librement, alors qu’elle est progressivement façonnée par l’emprise de cet homme qu’elle admire et dont elle est éperdument amoureuse.
La lecture est parfois difficile. Les mots sont crus, certaines scènes sont choquantes, même si l’écriture est parfois très belle, presque poétique. Ce contraste m’a beaucoup déstabilisée.
Ce qui m’a surtout dérangée, c’est le regard porté sur cette histoire. Pendant une bonne partie du livre, j’avais l’impression qu’on me racontait une histoire d’amour, alors qu’il est pourtant évident qu’il s’agit d’une relation d’emprise entre un adulte en position d’autorité et une adolescente. J’ai souvent ressenti un malaise. Sans le recul de l’autrice – qui arrive dans les dernières pages, je crois que j’aurais refermé le livre avec un goût très amer.
Heureusement, la fin est venue réconcilier un peu ma lecture. Josée Blanchette revient sur cette relation avec les yeux de la femme qu’elle est aujourd’hui. Elle met enfin des mots sur l’abus et sur l’emprise, bien que peu sur les conséquences que cette histoire a eues dans sa vie. Dans la version audio, une courte entrevue après le récit ajoute encore à cette réflexion. C’est à ce moment-là que j’ai compris l’intention du livre : non pas raconter une grande histoire d’amour, mais montrer à quel point il est facile de confondre amour et manipulation quand on est si jeune.
Je trouve important que des histoires comme celle-là soient racontées. Les mentalités évoluent, mais lentement. Encore aujourd’hui, certaines relations entre un adulte et un adolescent sont banalisées ou romancées. Presque vierge rappelle justement à quel point l’emprise peut être difficile à reconnaître, surtout lorsqu’on la vit de l’intérieur.
Disponible sur Ohdio








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