J’ai beaucoup aimé Mister Big ou la glorification des amours toxiques d’India Desjardins. Pas parce qu’il m’a fait renoncer aux comédies romantiques — bien au contraire. Mais parce qu’il m’a donné envie de les revoir autrement.
Le livre part d’une question simple : quel regard portons-nous sur les histoires d’amour que la culture populaire nous raconte depuis des années? Qu’est-ce que ces films, ces séries et ces personnages nous apprennent, parfois sans qu’on s’en rende compte, sur l’amour, le couple et le bonheur?
Même s’il s’agit d’un essai, il se lit très facilement. India Desjardins adopte un ton accessible, personnel, jamais moralisateur. Elle ne propose pas une analyse froide ou universitaire des œuvres qu’elle aborde, mais une réflexion nourrie par ses recherches, ses observations et ses échanges avec plusieurs personnes. J’ai aimé les entrevues qui ponctuent le livre, notamment celle avec Jeannette Bertrand, qu’on aime toujours écouter, ainsi que les interventions d’autres personnes qui viennent enrichir sa réflexion.
Quand nos classiques romantiques nous dérangent un peu
Ce qui rend l’essai particulièrement intéressant, c’est qu’India Desjardins part de références que nous connaissons – du moins ma génération. Films, séries, personnages devenus presque familiers: elle nous invite à les regarder autrement.
Et ça fonctionne. Plusieurs fois, je me suis surprise à penser : « C’est vrai… je n’avais jamais vu ça comme ça. »
L’exemple central du livre, la relation entre Carrie Bradshaw et Mister Big dans Sex and the City, est particulièrement bien choisi. Avec nos yeux d’aujourd’hui, on voit mieux le caractère malsain de cette relation faite d’attente, d’incertitude et d’espoir – pour récolter des miettes la plupart du temps. Êtes-vous Big ou Aidan ? 😉
Ou prenons Pretty Woman, exemple plus évident. Une histoire qu’on a longtemps présentée comme un grand conte de fées moderne. Pourtant, quand on y repense avec un peu de recul, elle est assez troublante. Un homme riche, puissant et émotionnellement distant rencontre une jeune femme vulnérable, puis il contribue à la transformer selon ses propres codes : sa façon de s’habiller, de parler, de se comporter. La finale romantique nous laisse croire qu’ils vivront heureux pour toujours. Mais que se passe-t-il ensuite? Cette femme sera-t-elle réellement heureuse dans cette nouvelle vie où elle doit correspondre à l’image attendue par cet homme? Est-elle aimée pour qui elle est ou pour la personne qu’il a contribué à créer?
Mais ce que j’ai aussi beaucoup aimé dans l’approche d’India Desjardins, c’est qu’elle ne cherche pas à « détruire » ces œuvres, au contraire. Elle reconnaît aussi ce qu’elles ont apporté. Sex and the City, notamment, a participé à normaliser des femmes libres, célibataires, ambitieuses, qui parlent ouvertement de leur vie, de leur sexualité et de leurs choix. Elle souligne aussi l’habileté scénaristique de la série. On peut aimer une fiction tout en étant capable d’en questionner certains messages.
India Desjardins propose finalement quelque chose de positif : imaginer d’autres récits. Des histoires où les femmes ne trouvent pas leur bonheur uniquement dans l’amour. Des histoires où les relations saines peuvent aussi être passionnantes.
Des histoires qui « me » façonnent?
L’une des grandes réflexions qui ressort de l’essai est la suivante : dans beaucoup de romances, l’amour arrive après une transformation. La femme doit parfois renoncer à une partie d’elle-même, changer, devenir une autre version d’elle-même pour que l’histoire fonctionne. Quand ce n’est pas clairement une relation toxique, il reste parfois cette idée que la passion doit être compliquée, que l’amour doit se mériter ou que la souffrance est le signe d’une grande intensité.
Je ne pense pas avoir été complètement imperméable à ces histoires. Cette idée d’une passion intense, presque irrépressible, les montagnes russes émotionnelles, l’idée que plus c’est compliqué, plus c’est vrai… Les films, les séries et les romans n’ont certainement pas inventé cette vision de l’amour, mais ils ont contribué à l’entretenir.
Aujourd’hui, je comprends beaucoup mieux la différence entre la passion et un amour fondé sur la confiance, la complicité, le respect et la liberté d’être soi-même. Bien que parfois, entre le comprendre… et l’avoir complètement intégré, il reste encore quelques échos de cette adolescente romantique qui sommeille en moi. J’aime toujours les histoires romantiques, les grandes déclarations d’amour et les passions qui emportent tout sur leur passage.
Mais elles ne me font plus rêver de la même façon. Elles alimentent encore mon imaginaire, mais plus mes attentes. Aujourd’hui, ce j’aime encore davantage, c’est ma réalité : un amour construit dans l’équilibre, le respect, la complicité et la douceur. Où l’on voit l’autre tel qu’il est et où l’on peut être soi-même sans devoir constamment se battre pour trouver sa place. Un amour qui n’a pas besoin de faire mal pour être profond.
Je recommande cet essai autant aux femmes qu’aux hommes. Accessible, pertinent et rempli de références qui nous interpellent, il donne envie de revoir certains classiques avec un regard plus ouvert… mais aussi plus critique. La toxicité est parfois subtile et rarement dénoncée. Il n’est pas nécessaire d’avoir vu les films et les séries dont India Desjardins parle pour apprécier le livre, même si, pour ma part, j’ai beaucoup aimé revisiter des romances que j’avais vues — et parfois revues — avec un regard nouveau.
Disponible sur Ohdio.








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