Blessures autochtones et force tranquille

J’hésite souvent avant de me lancer dans un roman qui raconte l’histoire des Premières Nations. Non pas parce que le sujet ne m’intéresse pas, bien au contraire, mais parce que je sais à quel point ces récits peuvent être difficiles. Ils racontent des blessures bien réelles, et j’en ressors souvent le cœur lourd.

C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai commencé Des glaçons comme du verre, d’Isabelle Picard. Oui, le livre est bouleversant par moments. Mais, il m’a aussi laissé avec un sentiment auquel je ne m’attendais pas : une certaine paix. Une paix imparfaite, fragile, loin de tout effacer, mais bien différente du déchirement que j’avais ressenti en refermant Kukum.

Inspiré de l’histoire des ancêtres de l’autrice, le roman suit une famille du Village huron, aujourd’hui Wendake, des années 1950 jusqu’à aujourd’hui. À travers leur histoire, on découvre les répercussions des politiques d’assimilation, les blessures qui se transmettent d’une génération à l’autre, mais aussi toute la force des liens familiaux et de la résilience.

Le personnage qui m’a le plus touchée est sans contredit Liliane. Impossible de ne pas s’attacher à cette femme douce, généreuse et incroyablement forte. À certains moments, on pourrait presque trouver son courage exagéré… jusqu’à ce qu’on se rappelle que le récit est directement inspiré de l’histoire familiale d’Isabelle Picard. Cela donne encore plus de force à son personnage.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la façon dont l’histoire est racontée. Malgré la dureté des événements, Isabelle Picard écrit avec beaucoup d’humanité et de nuance. Le roman ne cherche pas à simplifier les choses ni à opposer les gens. Il montre plutôt toute la complexité des parcours, sans perdre de vue l’espoir.

J’ai pensé que le récit s’étirait un peu dans les derniers chapitres. À quelques reprises, j’ai cru que le livre touchait à sa fin, avant qu’il reparte pour une nouvelle étape. Je me demandais où l’autrice voulait nous amener. Puis est arrivée la conclusion. Sans rien dévoiler, j’ai compris pourquoi ces chapitres étaient nécessaires. Ils donnent tout leur sens au reste de l’histoire.

Des glaçons comme du verre est un roman qui fait mal, mais qui fait aussi du bien. Il rappelle que les blessures du passé continuent de marquer le présent, mais qu’il est aussi possible de transmettre autre chose : de la force, de l’amour et une identité dont on peut être fier. C’est une lecture que je recommande à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre cette réalité, à travers une histoire profondément humaine.

Écouté sur Ohdio.


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